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    L’âge d’or du voyage

    Les gens font du tourisme de plus en plus vieux : l’industrie et les assureurs doivent s’ajuster à cette nouvelle réalité

    21 octobre 2017 | Benoît Legault - Collaborateur | Voyage
    Des bungalows hôteliers sur pilotis dans l’île de Bora-Bora, en Polynésie française
    Photo: Marcel Mochet Agence France-Presse Des bungalows hôteliers sur pilotis dans l’île de Bora-Bora, en Polynésie française

    Les Québécois de 50 à 70 ans achètent 80 % des voyages de luxe qui font tourner notre industrie du voyage. Mais quand ces personnes ont déjà des problèmes de santé, les primes d’assurance deviennent prohibitives. En outre, les aéroports et les avions sont exigeants physiquement pour les aînés. Peut-on voyager avec sérénité quand l’âge restreint nos capacités ? Et quel est l’avenir de ce secteur pour les personnes de 75 ans ou plus ?


    Imaginons une personne de 80 ans qui revient d’un très long voyage. L’aire des arrivées de l’aéroport est bondée ; il lui faudra alors trottiner dans un long serpentin menant aux douanes. Elle a chaud, le décalage horaire et la fatigue du voyage l’assaillent. Ses minces réserves d’énergie lui permettront-elles de continuer ? Il y a tous ces gens autour d’elle, énergiques et bruyants.

     

    Et si un retour de voyage peut être difficile, le départ est souvent pire, notamment à cause des mesures de sécurité toujours plus imposantes, particulièrement pénibles si l’on se rend aux États-Unis. Voilà pourquoi, entre autres choses, peu de gens voyagent après 75 ans.

     

    Mais cela va bientôt changer, selon Philippe Bergeron, président d’Uniktour, une agence spécialisée dans l’organisation de voyages sur mesure. « L’âge moyen de nos clients augmente de près d’un an par année depuis cinq ans. C’est extraordinaire. Les gens qui ont 65 ou 70 ans aujourd’hui vont vouloir continuer de voyager. Nous, on commence à s’y préparer. Mais il faudrait que les aéroports et les autres infrastructures du tourisme le fassent aussi. »

    Photo: Aéroports de Montréal À l’aéroport Montréal-Trudeau, un mur multimédia présente un plan de l’aérogare, facilitant l’orientation des voyageurs et leur épargnant des pas inutiles. Le stress des aérogares constitue l’un des principaux obstacles aux déplacements des aînés.
     

    Les plus vieux baby-boomers, nés en 1946, ont 71 ans cette année. La plus influente génération de tous les temps arrivera donc bientôt au « quatrième âge ».

     

    Mais si les aéroports aident activement les personnes à mobilité réduite dans leurs déplacements, rien n’est encore prévu spécifiquement pour les personnes âgées.

     

    « Nos installations sont adaptées à tous et nous offrons des services pour les voyageurs à mobilité réduite, comme l’accompagnement, par exemple,explique Anne-Sophie Hamel-Lontin, directrice aux affaires publiques chez Aéroports de Montréal. Nous avons aussi des préposés proactifs qui observent les voyageurs et les aident au premier signe de difficulté. »

    L’âge moyen de nos clients augmente de près d’un an par année depuis cinq ans. C’est extraordinaire. Les gens qui ont 65 ou 70 ans aujourd’hui vont vouloir continuer à voyager.
    Philippe Bergeron, président d’Uniktour, une agence spécialisée dans l’organisation de voyages sur mesure
     

    Il faut dire que Montréal-Trudeau est un bon élève dans la classe mondiale des aéroports. Sa salle d’hygiène pour les personnes handicapées n’a des équivalents qu’en Allemagne et en Angleterre. Soit. Il n’existe toutefois aucun plan pour faciliter particulièrement le voyage des aînés.

     

    Des files d’attente spéciales ?

     

    Une idée qui circule serait d’aménager des aires d’attente spéciales pour les gens de 75 ans et plus ou de leur accorder un traitement prioritaire. D’autre part, il faudrait aussi s’assurer que les services d’accompagnement ne comportent aucune zone grise, c’est-à-dire aucun moment où la personne âgée est laissée à elle-même, notamment durant les transferts d’un aéroport à un autre.

     

    Le réseau FADOQ (auparavant connu sous le nom de Fédération de l’âge d’or du Québec), un regroupement de personnes de 50 ans et plus, ne recense pas de plaintes pour le moment.

     

    Son porte-parole, Bernard Blanchard, indique que les gens très âgés semblent accepter simplement de ne pas pouvoir voyager, que ce soit pour des raisons de santé ou d’assurance voyage.

     

    Il faut dire que la génération précédant celle des baby-boomers a été qualifiée de silencieuse et de peu revendicatrice. Mais on peut supposer que la situation va changer avec l’arrivée des plus vieux baby-boomers, davantage rompus aux voyages et plus enclins à réclamer des services.

     

    « L’âge médian de nos clients est maintenant de 60 ans. Ce sont en général des gens qui ont déjà beaucoup voyagé, qui veulent des expériences uniques et plus complexes à organiser », explique Véronique Capra, directrice de Passion Monde, la filiale de Voyages Bergeron qui organise des voyages de groupe dans des pays inhabituels, comme l’Iran. « À partir de 70 ans, notre clientèle est plus rare, même si les voyages en groupe pallient beaucoup le stress des aéroports et des déplacements. »

     

    Des solutions

     

    Puisque les aéroports constituent l’un des principaux obstacles aux déplacements des aînés, on peut penser à des modes de transport qui en réduisent le stress. Pourquoi pas une croisière depuis New York ou Boston ? Pour ces personnes, traverser la frontière états-unienne en voiture est moins angoissant que depuis un aéroport canadien.

     

    Il y a aussi des croisières au départ de Québec ou de Montréal, comme celle vers les îles de la Madeleine qui ne requiert ni passage douanier ni assurance voyage et qui est très intéressante. On peut aussi se rendre aux Îles en avion à partir du petit aéroport de Saint-Hubert, au sud de Montréal. Là, c’est zéro stress.

     

    Voyager en train s’avère également d’une grande simplicité pour les aînés. De cette façon, confortable, on peut aller à Vancouver, à Los Angeles ou à Miami depuis Montréal.

     

    Et si fuir l’hiver est la priorité, il est possible également de minimiser les tensions en traversant la frontière américaine en voiture pour aller prendre un vol direct vers Myrtle Beach (Caroline du Sud), par exemple, avec Spirit Airlines, depuis l’aéroport de Plattsburgh. Les douanes en auto et deux mini-aéroports, ce sera très zen !


     

    Une vraie aventure

     

    La couverture des soins médicaux par les compagnies d’assurance voyage est actuellement complexe, et très dispendieuse pour les personnes âgées, surtout celles qui souffrent de conditions médicales préexistantes. Des coûts qui empêchent bien de ces personnes de voyager.

     

    L’âge, la médication et la situation médicale (et sa stabilité) sont les facteurs déterminants d’une prime, qui augmente d’ailleurs à partir de 55 ans, en fonction de questionnaires médicaux visant à protéger les assureurs contre ce qu’ils considèrent comme de « mauvais » risques.

     

    Une police comporte souvent une vingtaine de pages, une cinquantaine d’exclusions et une trentaine de définitions de termes. Si les publicités sont alléchantes, les réclamations, elles, sont moins évidentes si le contrat n’a pas été évalué avec soin avant l’achat.

     

    « Le tarif d’une assurance voyage est une barrière pour les gens de plus de 70 ans, entre autres. Mais les compagnies vont devoir s’adapter au fait que les personnes veulent de plus en plus continuer de voyager à l’étranger au-delà de cet âge, explique Philippe Bergeron, du voyagiste Uniktour. En France, une telle assurance coûte environ 4 % du prix d’un voyage pour toutes les catégories d’âge. C’est une piste de solution pour le Canada, où chaque segment fait l’objet d’une prime différente. Pour les aînés, c’est un véritable problème. »

     

    À 75 ans, par exemple, une assurance voyage de soins médicaux d’urgence de la Croix-Bleue, pour 10 jours aux États-Unis en décembre prochain, coûte 13,05 $ par jour, alors que la même protection sera de 4,23 $ par jour pour une personne de 25 ans. C’est trois fois moins, et même sans conditions médicales préexistantes.

     

    Exclusions ou franchises

     

    Ce qui fait augmenter de façon vertigineuse le coût des assurances voyage pour les plus vieux, ce sont ces fameuses conditions médicales préexistantes. On peut en réduire les primes avec des exclusions ou des franchises (jusqu’à 10 000 $), mais il s’agit alors d’un fort risque financier. Les voyages aux États-Unis peuvent aussi s’avérer plus chers à assurer. Et certaines compagnies exigent des montants plus élevés pour les hommes aînés que pour leur pendant féminin.

     

    Il y a des courtiers, comme SécuriGlobe, qui sont spécialisés dans l’assurance voyage. « Les conditions médicales préexistantes peuvent être couvertes si elles répondent aux critères de stabilité définis par l’assureur, explique le vice-président Patrick Lavoie. Certaines compagnies offrent une tarification individuelle personnalisée afin de couvrir une condition médicale non stable ; d’autres proposent des options, ou avenants de stabilité, moyennant une surprime, afin de couvrir des conditions non stables. » Un langage qui illustre bien la complexité de l’assurance voyage pour les personnes âgées !

     

    D’ailleurs, l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP) recommande aux voyageurs, notamment âgés, de faire appel à un cabinet de services financiers pour les aider à choisir une assurance voyage. Selon Suzie Pellerin, il faut également se méfier des protections fournies aux détenteurs de certaines cartes de crédit. « Ces assurances ne sont pas personnalisées. Ainsi, on peut partir en croyant jouir d’une protection alors que notre cas particulier ne sera peut-être pas couvert. »

     

    Une chose à savoir, et qui vaut autant pour les jeunes que pour les aînés : un voyageur ne sera pas couvert par l’assurance si un accident survient alors qu’il y a eu abus d’alcool. Encore faut-il définir à quel taux on considère qu’il y a eu abus…

     

    L’âge d’or du voyage. Les gens font du tourisme de plus en plus vieux : voyagistes et assureurs devront s’ajuster à cette réalité.













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