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    Chronique

    La femme de l’hôtel

    Depuis 30 ans, Christiane Germain capte avec brio l’air du temps hôtelier et innove

    Carolyne Parent
    23 septembre 2017 |Carolyne Parent | Voyage | Chroniques

    Cofondatrice et coprésidente du Groupe Germain Hôtels, Christiane Germain est une femme d’affaires particulièrement inspirante. Depuis 30 ans, elle capte avec brio l’air du temps hôtelier et innove. Pour mémoire, c’est en 1988 qu’elle inaugurait, avec son frère Jean-Yves, le premier hôtel-boutique au pays, le Germain-des-Prés à Québec. Aujourd’hui, le groupe exploite six hôtels Le Germain et huit hôtels Alt dans cinq provinces et compte quelque 1000 employés.

     

    La chambre chic sans chichi et à tarif unique d’Alt, c’est également elle (et son équipe, ajouterait-elle). Pareillement pour l’hôtel écoresponsable, stylé, valorisant le design local, où Fido est bienvenu s’il est bien élevé.
     

    Photo: Carolyne Parent Christiane Germain dans le hall de l’hôtel Alt, à Griffintown

    En cette année où Alt célèbre ses 10 ans et où le groupe a le vent dans les voiles avec l’inauguration de quatre nouvelles propriétés l’an prochain, j’ai rencontré la femme de l’hôtel.

     

    La croissance semble au rendez-vous à votre enseigne. Est-ce le cas ?

     

    Il y a environ cinq ans, on a fait un plan de développement de 20 hôtels d’ici 2020, et on est en train de le réaliser puisqu’on en aura 18 à la fin de 2018 et que deux autres suivront. Donc, oui, ça va bien, mais on reste tout de même un petit joueur comparativement aux grandes chaînes internationales qui comptent 5000 propriétés !

     

    Parlant de joueurs, une entente a récemment été conclue entre Airbnb et le gouvernement du Québec prévoyant que la plateforme percevra dorénavant la fameuse taxe d’hébergement de 3,5 % par nuitée, à l’instar des hôteliers de la province. Qu’en pensez-vous ?

     

    On nous a présenté cette entente comme si on avait réglé le problème ! Moi, aujourd’hui, je continue de percevoir la taxe d’hébergement et les 15 % de taxe pour les gouvernements, mais où sont ces 15 % [dans les transactions d’Airbnb] ? Et il y a une autre réalité… Au centre-ville de Montréal, il y a une tour [résidentielle] qui a exactement le même nombre de chambres que mes hôtels et qui les loue à la journée. Ces gens-là ne perçoivent pas de taxes, payent quatre fois moins d’impôts [fonciers] que moi, payent moins cher d’assurances, etc. Ça, ça me déplaît profondément. Et c’est à ça qu’il faut vraiment s’attaquer.

     

    En réservant directement auprès des hôtels Alt comme Le Germain, vos clients ne sont pas tenus de partir à une heure fixe, une offre unique dans l’industrie. Est-ce une façon de vous attacher une clientèle qui autrement réserverait par Expedia et autres agences de voyages en ligne ?

     

    C’est juste un petit souci qu’on se donne pour essayer de se différencier. Il faut savoir que, quand on fait affaire avec Expedia et autres, notre client devient le leur. En plus, il faut respecter leur garantie du plus bas prix — donc baisser le coût de nos chambres — et leur verser une commission. Mais quand l’hôtel a besoin d’un nouveau tapis ou de peinture, ce n’est pas Expedia qui paye. Bien s’occuper de son parc hôtelier devient juste plus difficile. Bref, on travaille avec les agences de voyages en ligne, mais on peut vivre sans elles.

     

    L’hôtel Alt aura un petit frère l’an prochain : Alt +. En quoi sera-t-il différent et pourquoi avez-vous choisi le Quartier Dix30, où il y a déjà une propriété Alt, pour lancer cette nouvelle enseigne ?

     

    Oh, il ne faut pas sous-estimer la popularité du magasinage et du staycation [les vacances chez soi ou à proximité de chez soi] ! Les gens de l’extérieur de Montréal vont au Quartier pour faire leurs achats, voir un spectacle, manger au restaurant, dormir à l’hôtel, et ils passent un super week-end. Donc il nous fallait un deuxième hôtel, mais pas un Germain, dont le coût moyen par nuitée est plus élevé [que celui d’Alt]. On voulait un entre-deux, et c’est comme ça qu’on est arrivés à Alt +.

     

    Ses chambres seront un peu plus grandes que celles d’Alt. Elles auront un coin-cuisine où on pourra prendre le petit-déjeuner ou réchauffer des plats. Il y aura plus de services.

     

    C’est un produit qui pourrait aussi être développé près des campus et des centres hospitaliers, et qui pourrait nous permettre de nous positionner dans ces marchés-là.

     

    Quelle analyse faites-vous de la situation touristique actuelle ?

     

    Ça va très bien ! On voyage plus que jamais, et je sens qu’il y a un engouement pour les nouveaux produits, pour le « local », le marginal et les [commerces] indépendants.

     

    Cela vous sert bien, mais on dirait aussi qu’il n’y en a que pour les millennials. Air France-KLM a créé à leur intention le transporteur Joon. AccorHotels a lancé une nouvelle bannière, Jo&Joe, qui s’adresse spécifiquement à eux. Jusqu’aux compagnies de croisières qui rajeunissent leur offre de divertissement. Est-ce un marché que votre groupe courtise ?

     

    C’est vrai, les millennials occupent une place importante [dans la société], mais pour moi, être millennial, c’est être curieux et ouvert d’esprit, et ça, c’est plus une question d’attitude que d’âge. Il faut dire aussi que les réseaux sociaux leur donnent une voix que nous n’avions pas. À 18 ans, je faisais du pouce dans le sud de l’Espagne et les lettres que j’écrivais à ma mère arrivaient après mon retour ! Mais nos hôtels ne sont pas pensés en fonction de l’âge de nos clients, plutôt de leurs besoins.

     

    À quoi ressemble, pour vous, la chambre d’hôtel parfaite ?

     

    Cette chambre-là me procure un sentiment de bien-être, et alors je l’analyse. Le mobilier est de qualité, l’aménagement a été bien pensé… Surtout, elle est propre !

     

    On parle beaucoup d’intelligence artificielle présentement. Y voyez-vous des applications pour votre groupe ?

     

    De plus en plus de gens vivent seuls, on passe de plus en plus de temps à parler à des machines, mais je crois qu’on atteindra un équilibre. J’aime penser que notre industrie conservera son côté humain. Déjà, la technologie permet aux clients de quitter leur chambre sans passer par la réception, mais je ne veux pas ça : je veux qu’on puisse leur dire au revoir.

     

    De Calgary à St. John’s, vous faites fréquemment la tournée de vos hôtels. Y dormez-vous bien ?

     

    Pas pire, mais j’ai quand même l’impression de dormir au bureau !













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