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    Dans les vignobles de la Virginie

    9 septembre 2017 | Carolyne Parent - Collaboratrice à Charlottesville | Voyage
    Au pied des montagnes du Blue Ridge comme ailleurs dans cet État du Sud américain, une petite révolution vitivinicole qui fait le bonheur des œnophiles est en marche. En effet, il y a 40 ans, les wineries se comptaient sur les doigts de la main. Aujourd’hui, on en dénombre près de 300.
    Photo: Carolyne Parent Au pied des montagnes du Blue Ridge comme ailleurs dans cet État du Sud américain, une petite révolution vitivinicole qui fait le bonheur des œnophiles est en marche. En effet, il y a 40 ans, les wineries se comptaient sur les doigts de la main. Aujourd’hui, on en dénombre près de 300.

    Traversant un « horse and wine country » aussi boisé que vallonné, la route des vins qu’est le Monticello Wine Trail est d’une rare beauté avec ses verts pâturages peuplés de chevaux et ses bâtiments de ferme pimpants. Courant sur les collines, la vigne raye le panorama au gré des parcelles d’une trentaine d’entreprises vinicoles autour de Charlottesville. Ajoutez à cela un ciel d’azur et trois nuages popcorn, et vous avez là un décor digne d’un vieil épisode de Daniel Boone. Pas étonnant alors que cette aire désignée AVA (American Viticultural Area) connaisse un bel essor touristique !

     

    « L’oenotourisme est extrêmement populaire ici, confirme Kirsty Harmon, la vigneronne de Blenheim Vineyards. En 2009, année où nous avons ouvert nos portes au public, nous avons accueilli 8000 personnes. L’an dernier, 45 000. Et c’est la même chose pour tous les vignobles des environs. La Virginie a mis du temps à développer sa viticulture, mais depuis 10 ans, ça y est ! »

    Photo: Carolyne Parent Une scène typique du «horse and wine country», autour de Charlottesville
     

    Qui l’eût cru ? Après tout, les premiers colons, légalement tenus, dès 1619, de cultiver 10 plants de vigne chacun, s’y étaient cassé les dents, le scuppernong indigène ne donnant, au mieux, que de la confiture.

     

    Un président éclairé

     

    En 1774, Thomas Jefferson avait lui aussi tenté sa chance. À son ami Filippo Mazzei, un immigrant viticulteur, le futur troisième président des États-Unis avait donné une terre afin qu’il cultive des cépages importés d’Europe. Mais le vignoble dut être abandonné pour cause de guerre d’Indépendance. (Replanté en 1981, il est aujourd’hui exploité sous le nom de Jefferson Vineyards.) Quant à Jefferson, il remit ça à Monticello, son magnifique domaine situé à proximité, et encore une fois en vain, car des maladies de la vigne ont eu raison de ses ambitions.

     

    Il faudra attendre deux siècles et l’oenologue Gianni Zonin (membre d’une famille ayant créé un véritable empire vinicole en Italie) pour que la viticulture renaisse dans les parages. En 1976, il acheta un terrain, puis embaucha un compatriote, le vigneron Gabriele Rausse, considéré comme le père de la viticulture moderne de l’État, pour créer Barboursville Vineyards.

     

    Mais la Virginie n’étant pas exactement la Vénétie, on se demande bien à quoi tient cet acharnement à vouloir y faire du vin ! M. Rausse, aujourd’hui à la tête de la Gabriele Rausse Winery et directeur des terrains et jardins à Monticello, a sa théorie : « Pauvre en industries, riche en histoire et dotée de beaux paysages, la Virginie était tout simplement propice à l’éclosion d’un univers vitivinicole. »

    Photo: Carolyne Parent Kirsty Harmon, la sympathique viticultrice aux commandes de Blenheim Vineyards
     

    Pour Kirsty Harmon, le climat capricieux ne pose pas — trop — de problèmes. « Justement, c’est un beau défi, explique celle qui en est à ses dixièmes vendanges chez Blenheim. En plus, ici, ce n’est pas la Californie, ce n’est pas la France, alors il n’y a ni attentes ni règles. Je suis libre de planter de l’alberiño d’Espagne, du rkatsiteli de la Géorgie, bref d’explorer ce que je veux. Mon seul mandat, c’est de faire du bon vin, et j’essaie juste de ne pas me gourer ! »

     

    Les raisins de la colline

     

    Dans la région, on plante surtout, en blanc, du viognier, le cépage phare de l’État, du chardonnay et du petit manseng. En rouge, on cultive principalement du cabernet-sauvignon, du cabernet franc, du merlot, du malbec et du petit verdot. Ces cépages bordelais sont souvent assemblés pour créer des Meritage, une appellation américaine qui se veut une riposte à celle de Bordeaux.

     

    « Mais ce qu’on fait de mieux, c’est encore des vins de viognier et de cabernet franc, tandis que ceux de petit manseng gagnent en popularité », estime Brooks Hoover, gérant des vignobles chez Pippin Hill Farm and Vineyards.

     

    Le steel chardonnay est aussi très prisé. « Les habitants de la côte est boivent de moins en moins de chardonnay à la californienne, c’est-à-dire boisé avec une finale de beurre, poursuit M. Hoover. Ils recherchent plutôt un chardonnay vif et fruité, d’où une fermentation en cuve en inox [steel] sans élevage en fût de chêne. »

    Photo: Carolyne Parent Chez Barboursville Vineyards
     

    Le sympathique gérant ajoute que « tout le vin fait en Virginie correspond à la seule production de chardonnay en Californie ». Ce dernier État élaborant 90 % du vin du pays, nous voilà fixés quant à l’envergure de la production locale ! Nous l’étions d’ailleurs simplement en considérant la taille des parcelles : avec ses 21 acres ou 9 hectares, Pippin Hill Farm and Vineyards est un vignoble-boutique. Comptant 4 hectares, Blenheim Vineyards est un vignoble de poche ! Ni l’un ni l’autre ne faisant exception, voilà pourquoi la Virginie arrive en cinquième position des États comptant le plus d’entreprises vinicoles malgré sa petite production (2 millions de gallons en 2016). Quant à la plus grande des entreprises de la région, c’est la Trump Winery — oui, oui, comme dans « Donald Trump » —, qui compte 1300 acres, dont un vignoble de 207 acres (84 hectares).

     

    Chose certaine, les Virginiens ont soif de leurs vins. « La demande est là, c’est clair, car nous manquons de raisins ! » dit le vigneron Tim Rausse, fils de Gabriele Rausse. C’est sans doute un beau problème, sauf peut-être pour le consommateur, qui pourrait trouver que certaines bouteilles coûtent trop cher. Mais ce serait bien là le seul écueil de ce fabuleux Monticello Wine Trail !

     

    Carolyne Parent était l’invitée de la Virginia Tourism Corporation et du Charlottesville Albemarle Convention Visitors Bureau.


    En vrac Le bon moment : l’automne est, assure-t-on, la plus belle saison de l’année dans cette région. Il fait autour de 20 °C en septembre, et 18 °C en octobre. Aussi, le Festival du vin de l’État se déroulera les 14 et 15 octobre, à Alexandria, près de Washington D.C. virginiawinefest.com

    Une bonne idée : partir avec Air Canada, à bord de son vol sans escale Montréal-Wa-shington, puis louer une voiture pour la suite du voyage (200 km jusqu’à Charlottesville).

    De beaux rêves : à Keswick, au Keswick Hall Golf Club, un somptueux manoir de 48 chambres doté de son propre club de chasse à courre. Le matin, on enfourche un vélo pour accompagner la soixantaine de chiens qui s’ébattent sur les terres du domaine. À noter : la piscine à débordement avec vue sur les verts est chauffée, merci ! Quant au restaurant gastronomique Fossett’s, il tire son nom d’Edith Fossett, la cuisinière de (vous l’avez deviné, non ?) Thomas Jefferson. keswick.com On préfère un cadre urbain ? L’Oakhurst Inn, à Charlottesville, est un hôtel comme-à-la-maison. Il occupe plusieurs cottages coquets non loin de l’Université de Virginie, chacun comprenant de jolis salons, destinés aux hôtes. À sa porte ou presque, un trolley gratuit nous emmène au centre-ville.

    De belles visites : Monticello, la demeure de Thomas Jefferson. (monticello.org ; lire C-ville, Jefferson, l’ombre et la lumière). À proximité, la Michie Tavern, une jolie maison-musée assortie d’un restaurant compte aussi parmi les plus vieilles propriétés de la Virginie. Un buffet inspiré du XVIIIe siècle est proposé dans un cadre rappelant celui du resto Les filles du roy. (michietavern.com)

    Les bons clics :virginia.org ; visitcharlottesville.org ; monticellowinetrail.com ; jeffersonvineyards.com ; gabrieleraussewinery.com
     

    Trois vignobles, trois styles Au fil du Monticello Wine Trail, point de visite de chais à l’européenne : on privilégie plutôt une expérience de dégustation dans un cadre enchanteur, souvent assortie d’une offre de restauration avec accords mets-vins. Nos coups de coeur…

    Pippin Hill Farm Vineyards, à North Garden

    Fondé en 2010, ce domaine est des plus idylliques avec ses installations rustico-chics. Celles-ci incluent une terrsasse couverte avec vue sur la vigne et le potager du chef. On y savoure la quiétude des lieux, des vins agréables et de bons petits plats. Au menu lors de notre passage, entre autres alléchantes propositions : mousseux rosé et quinoa rouge aux navets de Jo-la-fermière ! pippinhillfarm.com

    Blenheim Vineyards, à Charlottesville

    Érigée avec le bois recyclé d’une ancienne cidrerie, la salle de dégustation du chanteur Dave Matthews est chaleureuse. En rouge, nous avons aimé le Petit Verdot 2014 et le Painted Red 2015. Chaque année, M. Matthews dessine d’ailleurs les étiquettes de ce dernier vin. À défaut d’un restaurant sur place, un camion-restaurant s’amène sur le site les samedis. Sympathique. Tout comme le fait que la dégustation comprenne un « vin invité ». Lors de notre passage, il s’agissait d’un blanc élaboré par Tim Rausse pour Muse Vineyards. Pourquoi ? « Oh, parce qu’on aime bien Tim et ses vins ! » lance la viticultrice Kirsty Harmon. blenheimvineyards.com

    Barboursville Vineyards, à Barboursville

    Avec ses 900 acres, dont 180 (73 ha) plantés de vignes, ce domaine de la famille Zonin fait figure de géant. Nous y retrouvons Thomas Jefferson, car il avait dessiné les plans de la résidence du gouverneur James Barbour, aujourd’hui en ruines. Souvent primé, le vin signature de la maison, Octagon, fait d’ailleurs référence à la forme du grand salon de cette demeure. Au restaurant Palladio (pour « Andrea Palladio », un architecte italien de la Renaissance réputé pour la symétrie de ses villas et admiré par… Jefferson), le divin menu italien associe plats et vins. (bbvwine.com ; hébergement en auberge ou cottages sur place)












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