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    Albanie

    Bâtir des musées sur les ruines du régime communiste

    26 août 2017 | Voyage
    Rachel O'Brien - Agence France-Presse à Tirana
    Briseida Mema - Agence France-Presse
    Saimir Maloku, 71 ans, est un ancien prisonnier du camp de Spac, où il a été forcé de travailler dans une mine de cuivre. Depuis la chute du régime, l’homme milite pour que l’on fasse du lieu un musée dédié à la mémoire de ses victimes.
    Photo: Gent Shkullaku Agence France-Presse Saimir Maloku, 71 ans, est un ancien prisonnier du camp de Spac, où il a été forcé de travailler dans une mine de cuivre. Depuis la chute du régime, l’homme milite pour que l’on fasse du lieu un musée dédié à la mémoire de ses victimes.

    Depuis son bureau situé dans la notoire Maison des feuilles, l’ancien siège des services de renseignement albanais, Nesti Vako espionnait les conversations privées de ses concitoyens pour le compte du régime communiste d’un des pays les plus isolés d’Europe.

     

    « J’avais une table, du café et un peu d’équipement », se souvient cet homme jovial de 74 ans en accompagnant l’AFP lors d’une visite de ce bâtiment transformé en musée et ouvert au public depuis le mois de mai.

     

    La Maison des feuilles doit son nom poétique au lierre grimpant qui recouvrait ses murs. Les visiteurs y découvrent aujourd’hui les outils et les méthodes utilisées pendant plus d’un demi-siècle, jusqu’aux années 1990, par le régime communiste pour contrôler la population.

     

    « On plaçait des micros dans les hôtels, les ambassades, etc. Ils étaient dissimulés sous les tables, les chaises, dans les lampes », raconte avec passion Vako, un ancien responsable du service de surveillance.

     

    Le musée est dédié « aux victimes innocentes d’espionnage, de persécutions, d’arrestations, de condamnations et d’exécutions par un régime qui ambitionnait d’instaurer un plein contrôle sur les corps et les âmes » de ses citoyens, précise une plaque à l’entrée du musée.

    Photo: Gent Shkullaku Agence France-Presse Les visiteurs de la Maison des feuilles peuvent observer les différents outils de surveillance et d’espionnage utilisés pendant le régime d’Enver Hoxha, des artefacts et des photos d’archives.

    Dans une des chambres sont exposés les différents outils d’écoute — fabriqués en Chine, en Albanie, en Allemagne et au Japon — destinés à capter la moindre critique ou activité interdite, tels la pratique de la religion ou les voyages à l’étranger. Ailleurs, le visiteur découvre un atelier où étaient fabriqués des doubles de clés pour permettre des fouilles illégales ou encore un laboratoire où étaient testées aux agents biologiques et chimiques les lettres adressées au tout-puissant dictateur Enver Hoxha.

     

    Les accessoires utilisés, tel un long manteau noir équipé d’une poche secrète, sont dignes d’une parodie des films de James Bond.

     

    Les conséquences de cette surveillance permanente et rapprochée restent, elles, « une plaie ouverte » pour les quelque 2,9 millions d’habitants du pays, remarque la directrice du musée, Etleva Demollari.

     

    Passé sombre

     

    Selon l’Association albanaise des anciens prisonniers politiques, 5577 hommes et 450 femmes ont été exécutés par le régime paranoïaque d’Enver Hoxha. Des dizaines de milliers de personnes ont été condamnées aux travaux forcés ou à la prison.

     

    L’ouverture au public de la Maison des feuilles apparaît comme une tentative de faire face à ce passé sombre et fait suite à l’inauguration, il y a quelques années, de deux bunkers transformés eux aussi en musées.

    On plaçait des micros dans les hôtels, les ambassades, etc. Ils étaient dissimulés sous les tables, les chaises, dans les lampes.
    Nesti Vako, ex-espion au service du régime communiste

    Toutefois, aucun site majeur où ont eu lieu des persécutions n’a jusqu’à présent été transformé en centre à la mémoire des victimes.

     

    Saimir Maloku, 71 ans, entend bien changer cela. Cet ancien prisonnier du camp de Spac (94 km au nord-est de Tirana) a survécu, selon ses dires, à six ans dans « l’enfer de Dante ». Dans ce camp, des « ennemis de l’État » étaient condamnés aux travaux forcés dans une mine de cuivre et de pyrite, encore exploitée aujourd’hui.

     

    « Dans certaines galeries de la mine, les températures étaient bien au-dessus des 40 degrés. J’étais un mort vivant », raconte cet homme qui, accusé d’être un espion britannique, a également écopé de trois années supplémentaires de prison après la réclusion à Spac.

     

    Depuis la chute du communisme en Albanie, Saimir milite pour la transformation de cet ancien camp, situé dans une zone montagneuse reculée, en musée dédié à la mémoire des victimes.

     

    Le site est aujourd’hui pratiquement en ruine. Une organisation de protection des monuments basée à New York l’a inscrit en 2015 sur une liste de 50 monuments du monde « extrêmement détériorés ».

     

    Des travaux d’urgence, financés par la Suède et organisés par la branche locale de l’ONG Héritage culturel sans frontières, ont débuté en juin pour préserver les lieux.

     

    Le but ultime est de créer un « mémorial », précise Lejla Hadzic, qui dirige au sein de cette ONG des études sur le site, organise des discussions sur son avenir, ainsi que des visites.

     

    Mais il manque encore des fonds. L’organisation locale Spac Musée a, de son côté, installé des panneaux d’information dans le complexe.

     

    Dans la Maison des feuilles, Vako, lui, ne se remet pas en question. Au contraire : « Je suis fier de mon travail. Que faisions-nous ? Nous vérifiions des informations pour voir si des individus se livraient à des activités anticonstitutionnelles », insiste-t-il.













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