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    Tourisme Maine

    Tour sombre du pays de Stephen King

    26 août 2017 | Voyage
    Gary Lawrence - Collaborateurs
    Sylvie Vartian
    Cette demeure d’antiquaire de Bridgton pourrait avoir servi d’inspiration à la maison hantée décrite dans «Jerusalem’s Lot», et à la Marsten House, dans «Salem’s Lot».
    Photo: Gary Lawrence Cette demeure d’antiquaire de Bridgton pourrait avoir servi d’inspiration à la maison hantée décrite dans «Jerusalem’s Lot», et à la Marsten House, dans «Salem’s Lot».

    Célébrissime résidant du Maine, Stephen King y vit depuis presque toujours et il y situe l’essentiel de ses intrigues. Voici une visite guidée de plusieurs lieux emblématiques — réels ou imaginaires — de ses récits, alors que se bousculent les adaptations de son oeuvre sur petit et grand écran.


    En marchant dans les pas d’un écrivain et en visitant les lieux qui l’ont marqué, qu’il a habités ou qui ont servi de ferment à son imagination, on entre au moins un peu dans sa tête, on sillonne son univers et on accède à toute une dimension inconnue de son intimité, de sa créativité.

     

    C’est le cas de toutes ces traces bien visibles laissées par Stephen King dans le Maine, État qui l’a vu naître et grandir, et qui passe du « Vacationland » au Nightmare Country sous sa plume, qu’il abreuve comme nul autre à l’encre de l’épouvante.

     

    Déjà, le simple fait d’investir les méandres des petites routes de cet État voisin du Québec permet de mieux comprendre l’univers du prolifique auteur. Celles-ci traversent des régions tantôt bucoliques, tantôt déprimantes, souvent ponctuées de demeures décaties ou de commerces abandonnés à leur marasme ordinaire — autant d’occasions de se perdre et de se faire peur, comme dans One for the Road.

     

    Dans cette nouvelle du recueil Night Shift, un père enlise sa voiture par une nuit de blizzard avant de partir chercher de l’aide dans les environs de Jerusalem’s Lot — nom d’un village fictif et titre d’une terrifiante nouvelle épistolaire de King.

     

    Cette histoire à vous glacer le sang voit le narrateur Charles Boone décrire avec force détails le « plus parfait petit village » de Nouvelle-Angleterre dont les maisons « répondaient pleinement aux exigences d’austérité qui ont fait le renom du style puritain ». Seuls hics : le village est abandonné, maudit et craint comme la peste, et son église est en proie à des rites sataniques.

     

    Dans la vraie vie, ce village serait Durham, un bled sans âme perdu entre les autoroutes 95 et 295, et où Stephen King a vécu quelques années à partir de l’âge de 11 ans. En sillonnant les routes environnantes quasi désertes, on comprend bien vite comment ce village, au pire sinistre, au mieux déprimant, a pu inspirer des récits teintés d’angoisse.

     

    Si on ne peut s’assurer que l’église de Durham est ornée d’une croix inversée comme dans la nouvelle de King, elle est bel et bien abandonnée — tout comme quelque bicoque, çà et là. Mais c’est plutôt l’église de Shiloh, à une dizaine de kilomètres, qui aurait instillé dans l’esprit de King la maison hantée de Chapelwaite, lugubrement décrite dans Jerusalem’s Lot, et plus tard la cauchemardesque Marsten House, dans Salem’s Lot.

     

    D’aucuns estiment cependant que c’est la résidence (présentement à vendre) d’un antiquaire de Bridgton, autre ville où King a vécu, qui lui aurait servi de matière première lorsqu’il a imaginé les terribles maisons des familles Boone et Marsten.

     

    Brumes et embrouilles

     

    Dans The Mist, cette placide localité ponctuée d’augustes demeures subit sans relâche les assauts de créatures nées d’expériences scientifiques ratées. Ces monstres anthropophages, qui se déplacent avec une épaisse brume mortifère recouvrant Long Lake, assiègent les résidants au supermarché Federal Foods (inspiré par le réel Food City, qu’on peut voir aujourd’hui). Mais Bridgton sert aussi de cadre à la glaçante nouvelle « The Monkey », dans le recueil Skeleton Crew.

     

    Plus à l’est, l’ancienne ville manufacturière de Lewiston, qui apparaît dans le tome vii de The Dark Tower et dans Kingdom Hospital, est bien plus glauque que Bridgton, avec ses grandes usines abandonnées aux fenêtres placardées. Avec la construction du chemin de fer, de nombreux Canadiens français s’y établirent dès 1870, et le centre-ville a même fini par être surnommé « le Petit Canada ». Ce quartier subsiste encore aujourd’hui et on y note un regain de vie du français grâce à l’arrivée récente de réfugiés africains francophones.

     

    En parcourant les routes du Maine, les patronymes français surgissent d’ailleurs à tout instant, dernières traces de travailleurs jadis venus du nord, et dont seul le nom perdure, en général. Stephen King souligne régulièrement cette réalité en truffant ses histoires de personnages nommés Dufresne (Shawshank Redemption), LaChance (The Body) et autres Gendron (Needful Things).

     

    Stephen à la plage

     

    Même si la majorité des récits de King sont situés à l’intérieur des terres du Maine, l’écrivain a aussi envoyé ses protagonistes respirer le vent du large à quelques reprises. Ainsi, dans la nouvelle « Night Surf » (publiée dans le recueil Night Shift), l’auteur relate les dernières heures d’un groupe de survivants d’une pandémie, réfugiés sur une plage évoquant les stations balnéaires du Maine, dont il décrit les boutiques à trucmuches fréquentées par les estivants — on pense tout de suite à Old Orchard.

    Photo: Gary Lawrence En lisant les descriptions de Stephen King dans «Night Surf», on pense inévitablement à la station balnéaire d’Old Orchard.
     

    Plus au sud, Ogunquit sert de cadre à un bref épisode de The Stand. C’est là que s’entame le parcours de Frannie Goldsmith, qui a survécu à la pandémie, et qui observe le paysage déserté par les riches vacanciers, au Harborside Hotel.

     

    Enfin, l’éclipse solaire du 21 août dernier n’est pas sans rappeler celle qui a permis à Dolores Clairborne, dans le roman du même nom, de se débarrasser de son butor d’époux incestueux en le précipitant au fond d’un puits, sur Little Tall Island. Si l’on en croit la petite carte qui accompagne le récit, celle-ci serait située à l’est d’une réelle trilogie d’îles formée par Knight Island, Water Island et… Mistake Island, au sud-ouest de Jonesport.

     

    En route vers Bangor

     

    Né à Portland en 1947, Stephen King a vécu au Connecticut, en Ohio, dans le Wisconsin et au Colorado — où il a pondu The Shining —, mais il a aussi déménagé à plusieurs reprises dans le Maine qui l’a vu naître.

    Photo: Gary Lawrence Vue de Portland, dans le Maine, ville qui a vu naître le prolifique auteur en 1947.
     

    Dans les années 80, King a ainsi loué une maison à Orrington, dans le comté de Penobscot, au 664, River Road — une route très passante, comme celle de Pet Sematary, roman qu’il y a écrit. C’est le décès de son chat Smucky, happé par un véhicule devant chez lui, qui aurait inspiré le récit de la mort et de la résurrection du fils de Louis Creed, dans le roman — mais aussi la présence d’un véritable cimetière animalier, dans le village. Avis aux intéressés : la maison est présentement à vendre, mais la River Road est toujours aussi achalandée…

     

    Aujourd’hui, c’est non loin d’Orrington que réside principalement Stephen King, et où se déroulent plusieurs de ses histoires. Rebaptisée Derry dans ses romans, c’est en réalité Bangor qui est mentionnée dans Insomnia, Dreamcatcher, The Tommyknockers et 22/11/63, de même que dans plusieurs nouvelles (dont « Autopsy Room Four », « Mrs. Todd’s Shortcut » et « The Road Virus Heads North »).

    Photo: Gary Lawrence La splendide — et un peu lugubre — résidence de Stephen King, sur l’avenue West Broadway, à Bangor.
     

    Ville née par et pour l’industrie du bois, Bangor vivote paisiblement le long du fleuve Penobscot — que Champlain a exploré en 1605 — avec un immense complexe hospitalier, partiellement financé par King, comme principal employeur.

     

    Complètement fauché à son arrivée dans cette ville, l’auteur y a vécu dans une maison mobile et dans son quartier le plus défavorisé, où il travaillait pour une buanderie, The New Franklin Laundry (125, Fern St.), aujourd’hui disparue.

     

    Pendant des années, King a aussi emprunté la route 2, quand il a commencé à enseigner dans la ville voisine de Hampden. « Plusieurs de ses idées sont nées sur cette route, qu’il privilégiait parce que sa voiture était en si mauvais état qu’il ne voulait pas prendre l’autoroute, de peur d’avoir à payer la remorqueuse advenant une panne », explique la guide Penney Tinker, de SK Tours.

    Photo: Gary Lawrence Le cimetière-jardin Mount Hope, à Bangor, a servi de lieu de tournage pour le film «Pet Sematary» (1989), qui a terrifié toute une génération.

    Le magasin d’articles de cuisine R.M. Flagg a ainsi donné son nom au personnage Randall Flagg, l’incarnation du mal dans The Stand et The Dark Tower, alors qu’une usine désaffectée lui a permis d’imaginer celle, infestée de rats géants, de Graveyard Shift. Et c’est toujours sur la route 2 que se trouve le splendide cimetière-jardin Mount Hope, où fut tournée une scène de l’adaptation cinématographique de Pet Sematary, et où Stephen King joue le rôle d’un prêtre.

     

    De retour en ville, le stationnement à étages du casino de Bangor permet d’avoir une vue imprenable sur la colossale statue de Paul Bunyan, bûcheron légendaire qui prend vie et attaque Richie Tozier à la hache dans It.

     
    Photo: Gary Lawrence Le Thomas Hill Standpipe, château d’eau de Bangor, est tristement mentionné dans le roman «It».

    C’est sur un banc de parc des hauteurs de Bangor qu’aurait été largement écrit ce roman, l’un des plus célèbres de King. Droit en face trône le Thomas Hill Standpipe, probablement le plus gracieux des châteaux d’eau de l’histoire de l’humanité… d’où émergent les cadavres de deux enfants noyés, toujours dans It.

     

    Non loin de là, à l’angle des rues Jackson et Union, une grosse plaque d’égout est souvent encerclée de badauds, et pour cause : elle est à l’origine de la scène culte de la première apparition de It, entité maléfique dévoreuse d’enfants, et qui prend ici la forme du clown Pennywise. Percé de grands orifices pour évacuer les eaux des averses torrentielles, ce stormdrainer ne ressemble cependant en rien au caniveau urbain qu’on voit dans l’adaptation cinématographique de 1990.

     

    À quelques pâtés de maisons s’étend la chic avenue West Broadway, où les magnats de l’industrie du bois se sont jadis érigé d’immenses demeures bourgeoises. Avant de commencer à s’enrichir grâce au succès de Carrie, Stephen King venait s’y balader en famille, jurant qu’un jour il y vivrait. Aujourd’hui, il habite une immense propriété (au numéro 47), flanquée d’une clôture en fer forgé ornée de chauves-souris, d’une araignée et d’une hydre, et il possède même la vaste maison voisine… pour accueillir ses invités.

     

    Derrière le boisé attenant à sa résidence, au bas de la colline, le stade de baseball Shawn T. Mansfield a été entièrement financé par King (pour la bagatelle de 3 millions de dollars), mais il a refusé d’y apposer son nom. « Il a préféré lui donner celui du fils d’un ami qui avait une maladie dégénérative et qui ne pouvait pas jouer au baseball », dit Penney Tinker.

     

    Enfin, pour établir quelque parallèle avec The Dead Zone, mieux vaut se rendre à Hermon, aux portes de Bangor. Derrière le restaurant Dysart’s (530, Coldbrook Rd), dont on parle dans Maximum Overdrive, l’hôtel Best Western White House — dont la devanture imite maladroitement la Maison-Blanche — abrite une photo grandeur nature de Donald Trump. Le président fait tellement penser à Greg Stillson, le ridicule mégalomane qui vise la présidence dans The Dead Zone, que c’est à se demander si Stephen King ne lit pas aussi dans l’avenir, comme Johnny Smith…


    En vrac Depuis sept ans, Stu et Penney Tinker proposent un pèlerinage sur les traces de Stephen King, à Bangor. La virée de 3 à 4 h s’effectue essentiellement en camionnette et forme une boucle qu’on entame au restaurant Dysart’s. Coût : 45 $US.

    Cette année et la prochaine, de nombreuses oeuvres de Stephen King sont ou seront portées au petit et au grand écran. Au cinéma, The Dark Tower est sorti en salle le 4 août dernier, et il sera suivi d’une nouvelle mouture de It, le 8 septembre. À la télé, on peut présentement suivre les séries The Mist et Mr. Mercedes, alors que Castle Rock débutera en 2018. Enfin, la chaîne Netflix présentera Gerald’s Game en septembre, ainsi que 1922, plus tard cette année.

    Infos : visitmaine.com, stephenking.com












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