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    Le métier de guide touristique évolue au même rythme que ses clientèles

    15 juillet 2017 | Carolyne Parent - Collaboratrice | Voyage
    George, guide touristique dans le Vieux-Montréal
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir George, guide touristique dans le Vieux-Montréal

    Avec la prolifération des sites Web et des applis en tourisme, on pourrait croire que le métier de guide est de moins en moins pertinent. Mais est-ce bien le cas ? Tour d’horizon avec des « ambassadeurs » montréalais qui ont la ville dans la peau.


    Le maire Denis Coderre l’a dit : les guides de Montréal assurent un « service essentiel ». C’était le 21 février dernier, alors qu’il était lui-même fait « guide honoraire » par l’Association professionnelle des guides touristiques (APGT Montréal), histoire de souligner sa contribution au rayonnement de la ville.

     

    Ici, les touristes qui prennent part à un tour guidé ou qui retiennent les services d’un guide ont bien de la chance. Le saviez-vous ? Montréal fait partie, avec Québec et Niagara, des seules villes canadiennes exigeant de ses guides un permis pour exercer leur métier.

     

    Chez nous, ce précieux document est délivré aux aspirants guides ayant suivi avec succès le programme d’enseignement de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec – Ville de Montréal, au terme de 240 heures de cours. Chanceux, donc, ces touristes, parce qu’ils ne se font pas raconter n’importe quoi…

     

    « Au début du XXe siècle, la Banque Molson, pour faire mousser sa popularité, offrait de la bière à tous ceux qui ouvraient un compte d’épargne chez elle », me dit le guide Michel Ménard, alors que nous sommes à deux pas de l’ancienne institution.

     

    Hein ? ! Des bobards de ce genre, Michel Ménard n’en raconte que… lors de son tour rigolo du 1er avril ! « Et grosso modo, les gens me croient », dit-il. D’où l’importance que les guides soient à la fois bien formés et détenteurs de la fameuse carte de la Ville, qui atteste de leurs compétences. 

    Le permis et les Chinois

    À l’automne 2015, la Ville de Québec abolissait l’exigence du permis pour ses guides de ville dans le but de rendre la destination plus attractive à l’étranger, notamment sur le marché chinois. Cette mesure visait à faire épargner aux voyagistes les honoraires des guides accrédités. Janvier 2016, l’industrie touristique locale montait aux créneaux. Elle a exigé, et obtenu, un moratoire.

     

    Pour Chantal Doiron, présidente de l’Association professionnelle des guides touristiques – Montréal, l’argument de l’attractivité ne tient pas la route. « Pour entrer à Florence, les cars de touristes doivent acheter un permis. A-t-on arrêté de visiter la ville pour autant ? En plus, Québec, ville du patrimoine mondial de l’UNESCO, ne disposerait pas de guides certifiés ? Voyons donc ! »

     

    Par ailleurs, lesdits honoraires, autour de 70 $ pour deux heures, sont vite absorbés par la cinquantaine de passagers d’un autocar.

     

    De son côté, le fondateur de l’agence Urban Marmotte, Michel Ménard, s’interroge plutôt sur l’absence de mesures de contrôle du système actuel. « Un musicien a besoin d’un permis pour jouer dans le métro, et il y a des spot checks pour s’assurer qu’il l’a, tandis que moi, on ne m’a jamais contrôlé », s’étonne-t-il.


    Guide de ville et guide des champs

     

    Céline Bernier est guide depuis 1993, après avoir été professeure au primaire, comédienne et designer d’intérieur. Pigiste, elle fait affaire directement avec des agences d’ici et d’ailleurs qui lui confient leurs clients. Elle est à la fois guide de ville et guide accompagnatrice, c’est-à-dire qu’elle prend aussi le large avec des groupes qui voyagent en autocar le temps d’un circuit.

     

    « Pourquoi je guide ? Parce que Montréal est une ville de bonne humeur où il se passe toujours quelque chose ! dit-elle. C’est un métier l’fun, qui m’oblige à être à l’affût de tout ce qui arrive et qui me fait côtoyer des gens de partout : des Polonais hier, des Australiens ce matin, de jeunes musiciens demain. »

     

    Ça reste un métier exigeant, pour lequel on doit maîtriser trois langues, idéalement, et dire adieu aux vacances estivales. En plus, il n’est pas extrêmement rémunérateur. Selon notre pro, un guide de ville qui travaille de la mi-mai à octobre empocherait entre 15 000 $ et 20 000 $, hors pourboires. Quant au guide accompagnateur, il gagne généralement 200 $ par jour.

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le guide George en pleine action dans le Vieux-Montréal
     

    Quelles sont les qualités d’un bon guide ? À bord d’un autocar, « il faut être vif d’esprit pour interagir avec le chauffeur, le guide accompagnateur et les touristes, dit Céline Bernier. Et il faut bien connaître les flux de circulation d’un secteur donné car personne ne veut rester coincé dans un bouchon, surtout pas en visite ! » Nul doute que c’est tout un défi par les temps qui courent…

     

    « On doit donc avoir une bonne réserve d’anecdotes à raconter ou de tuyaux à donner, et ça vaut aussi quand le parcours est laid. Par exemple, sur l’avenue des Pins entre du Parc et Saint-Denis, je parle de Laloux, une des meilleures tables en ville. »

     

    Alors, est-il toujours pertinent, ce métier, ou pas, au vu de la multiplication des nouveaux outils touristiques en ligne ? Céline Bernier hausse les épaules. « Tout ce que je sais, c’est que je n’ai souvent que deux, trois heures pour faire en sorte que des touristes se souviennent de Montréal. Si, à la fin, ils me disent qu’ils reviendront, pour moi, c’est mission accomplie. »

     

    L’impératif not touristy des touristes

     

    Michel Ménard, qui chemine dans le monde du tourisme depuis 20 ans, est convaincu que le métier a de l’avenir. En 2011, il fondait sa propre agence, Urban Marmotte, et aujourd’hui, c’est notamment grâce à Internet et à TripAdvisor qu’on le trouve.

     

    « C’est donc à mon avantage que les touristes cherchent sur le Web, dit le guide à temps plein. Il n’est pas dit non plus que les utilisateurs d’applis ont envie de visites guidées de toute façon. Et puis, il y a l’exemple de Cité Mémoire : ça se visite avec l’appli, mais il y a aussi des visites organisées avec des guides [de Montréal en histoires]. »

     

    Sa boîte propose de longues visites de quartier (cinq, six heures, chose rare), en petits groupes et dans une « ambiance backpacker ». « Ça veut dire une visite décontractée où on ne stresse pas avec le “ respect de l’horaire ”, explique le quarantenaire. J’ai bien sûr un canevas de circuit, mais je brode autour selon les intérêts des clients et… la météo. »

     
    Photo: Carolyne Parent Le fondateur de l’agence Urban Marmotte, Michel Ménard, s’interroge sur l’absence de mesures de contrôle du système actuel: «Un musicien a besoin d’un permis pour jouer dans le métro, et il y a des "spot checks" pour s’assurer qu’il l’a, tandis que moi, on ne m’a jamais contrôlé.»

    Et que veulent voir ses clients, des touristes de tous âges, essentiellement canadiens-anglais, américains, français et montréalais (l’hiver), qui le sollicitent pour des visites privées ? « Rien de touristy, mais ils veulent aller dans le Vieux-Montréal ou au marché Jean-Talon ! Le “ local ” est populaire, bien manger aussi. Certains de mes visiteurs qui passent trois jours à Montréal réservent une table dans trois bons restos pour les trois soirs avant même d’arriver. »

     

    Michel Ménard remarque aussi que ses clients viennent ici pour trinquer dans une microbrasserie, voir un spectacle, s’attabler sur une terrasse, bref, vivre comme les Montréalais. « C’est signe que notre style de vie doit être l’fun si on vient d’ailleurs pour faire comme nous ! » note-t-il.

     

    Personnellement vôtre

     

    Martine Robitaille, 29 ans, est guide de ville depuis mai 2016, et elle aussi, elle y croit, à ce métier. « L’avenir du voyage passe par l’expérience personnalisée, assure-t-elle. Le voyageur du XXIe siècle veut sortir des sentiers battus. Le contact avec un guide touristique lui permet d’avoir le point de vue d’un résidant, de connaître les secrets de la ville et de poser des questions. »

     

    Le guide en chair et en os apporte bien sûr une dimension humaine que la technologie ne peut remplacer. Un bon exemple : « Dans les tours de ville à bord d’autobus à deux étages, j’ajuste constamment mon discours en fonction de la circulation, de ce qu’on voit, de la vitesse à laquelle on roule, etc. Dans d’autres villes, les agences utilisent des audioguides qui, s’ils donnent les informations dans plusieurs langues, ne s’adaptent pas au parcours. Et le client ne sait plus où regarder ! »

    Visiter une ville avec un guide, c’est comme voir une expo avec un expert: on se fait expliquer l’œuvre de l’artiste, mais aussi sa vie, un contexte social, historique, politique, et la compréhension en est facilitée
    Chantal Doiron, présidente de l’Association professionnelle des guides touristiques (APGT Montréal)
     

    Le fait que « les gens voyagent en groupe parce qu’ils ont peur », selon Céline Bernier, que ces groupes sont composés surtout de personnes âgées et que la population vieillit, devrait contribuer à assurer aux guides un bon bassin de clientèle.

     

    Pour Martine Robitaille, « le fait que le dollar canadien soit faible [à l’étranger] fait aussi réfléchir les Canadiens quant à leur destination vacances, et plusieurs sont tentés de voyager dans leur propre pays. »

     

    Un blason à redorer ?

     

    À l’APGT Montréal, qui représente 150 guides, la présidente Chantal Doiron est tout aussi optimiste. « Je ne suis pas inquiète pour l’avenir, dit-elle, la demande est là. Même que les gens sont prêts à débourser davantage pour une visite privée ! Visiter une ville avec un guide, c’est comme voir une expo avec un expert : on se fait expliquer l’oeuvre de l’artiste, mais aussi sa vie, un contexte social, historique, politique, et la compréhension en est d’autant facilitée. »

     

    Là où le bât blesse, c’est plutôt du côté de la valorisation du métier. « Il ne l’est pas assez, dit celle qui est aussi guide de ville. Et en région, c’est pire encore. On va travailler à la mine, à l’usine ou, par dépit, dans le secteur du tourisme. Un constat de l’industrie veut qu’on se dirige vers une pénurie de cette main-d’oeuvre. »

     

    Finalement, ce fameux 21 février dernier, Journée internationale des guides touristiques, ce n’était peut-être pas tant à l’association d’honorer le maire qu’à la mairie et à Tourisme Montréal de saluer le travail de ces amoureux de notre ville, qui savent si bien recevoir la visite.


    Quelques dates 1930 Apparition des premiers guides touristiques montréalais, formés à l’Université de Montréal.

    1960 Adoption, par la Ville, du règlement 6501 rendant obligatoire, d’une part, la détention du permis de guide pour exercer ce métier sur son territoire et, d’autre part, l’embauche d’un guide dûment accrédité par toute entreprise offrant des visites touristiques à Montréal.

    1976 Fondation de l’Association provinciale des guides touristiques, qui remplacera plus tard « provinciale » par « professionnelle ».

    1984 Apparition des premiers guides pigistes montant à bord d’autocars nolisés, en provenance d’ailleurs, les agences n’étant plus tenues de recourir aux services de transporteurs locaux, tel Murray Hill.

    1985 Reconnaissance, par la loi, de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) à titre de seul établissement d’enseignement apte à donner la formation de guide touristique de Montréal. Aujourd’hui, le cours est dispensé tous les deux ans à un maximum de 24 étudiants.

    1994 Mobilisation du milieu contre l’abolition du règlement 6501 envisagé par la mairie. Il sera sauvé sous l’administration Bourque.

    2007 Apparition des premiers circuits guidés à vélo.

    Source Association professionnelle des guides touristiques – Montréal.












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