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    Le Mount Stephen à Montréal: hôtel d’avant-garde sur fondements d’autrefois

    15 juillet 2017 | Gary Lawrence - Collaborateur | Voyage
    Le nouveau halle de réception du Mount Stephen
    Photo: Le Mount Stephen Le nouveau halle de réception du Mount Stephen

    En mai dernier, une résidence huppée du Mille carré doré rouvrait ses portes en aspirant à devenir l’un des plus prestigieux établissements hôteliers montréalais. Nuitée d’essai.


    Il fut un temps où l’une des plus augustes demeures historiques canadiennes ne pouvait être admirée de l’intérieur que par la seule clique de son gentlemen’s club. Aujourd’hui, l’ancien Mount Stephen Club est accessible au commun des plébéiens moyennant le prix d’un verre, d’un amuse-bouche ou d’une nuitée.

     

    Racheté et rénové à grands frais par le groupe hôtelier Tidan, le manoir — qui date de 1880 — de l’ex-magnat écossais des chemins de fer George Stephen peut maintenant être investi dans sa quasi-totalité. Les élégantes pièces, les nobles salons et l’extraordinaire cage d’escalier en acajou, truffée de vitraux, peuvent tous être zieutés de près, un verre de bière ou de scotch à la main.

     

    Au rez-de-chaussée, la sublime pièce maîtresse qu’est l’ancien grand salon abrite désormais le bar George, dont les exceptionnels lambris de bois blond — du satin de Ceylan — et le remarquable foyer en onyx italien rehaussent la pièce et lui donnent une dégaine de grande noblesse.

     

    À la mi-mai, l’endroit n’avait pas encore trouvé sa clientèle : de vénérables convives sortis tout droit d’un épisode de Downton Abbey (d’anciens membres du club, confirment les serveurs) côtoyaient de jeunes BCBG et deux ou trois douchebaguettes qui s’étaient sans doute trompées de porte sur la rue Drummond.

    Photo: Gary Lawrence Racheté et rénové à grands frais, le manoir — qui date de 1880 — de l’ex-magnat écossais des chemins de fer George Stephen peut maintenant être investi dans sa quasi-totalité.
     

    Le raffinement extrême qui caractérise la décoration de l’immeuble d’origine ne s’est cependant pas rendu du côté de son pendant contemporain, qui abrite l’hôtel érigé derrière la résidence de feu lord Mount Stephen. Dès qu’on traverse dans le hall, on trébuche dans des failles d’un goût douteux, dans un mélange hétéroclite — mais pas éclectique — d’objets et de styles disparates, le tout ponctué de quelques dorures et d’éléments clinquants qui ne sont pas sans rappeler ceux que prise un certain président des États-Honnis, ou qui étaient le lot de l’ère Malenfant du manoir Richelieu, pour ceux qui l’ont connue.

     

    Heureusement, les chambres sont plus épurées et stylées que les aires communes de la zone contemporaine. Côté déco, elles sont même assez réussies, mais rayon format, on repassera pour certaines d’entre elles : la chambre standard (environ 400 $ la nuit, un peu moins en basse saison) est formée d’un long couloir sur lequel débouche une petite aire qui abrite un lit double (queen ; pour un king, il faut allonger davantage la monnaie).

     

    S’il est confortable, celui-ci n’est pas situé dans un cadre auquel sont habitués les touristes friqués qu’on tente d’y attirer, tout coincé qu’il est dans son petit espace étriqué. Pour ceux qui ne regardent pas à la dépense, plusieurs autres catégories de chambres permettent cependant de mieux respirer — à condition de délier son gousset.

     

    En tout état de cause, les amateurs de domotique et de gadgets seront aux anges avant de s’abandonner dans les bras de Morphée : chaque chambre est munie de rideaux et de stores automatisés, d’une impeccable douche-pluie dont on ne veut plus sortir et de panneaux de contrôle d’ambiances lumineuses.

     

    Quant à l’urne dans laquelle on peut débarrasser ses flancs de l’importun fardeau qui les accable — comme dirait de Musset ou George Sand —, elle est chauffée et intègre un bidet aux multiples jets. Elle comprend même un séchoir à fondement, gracieuseté du maître mondial en la matière, l’entreprise japonaise Toto.

     

    Les étages inférieurs abritent une petite salle de gym fort bien équipée, un spa/salle de massage minimaliste (on semble avoir manqué de budget pour parachever cette partie un brin sinistre de l’hôtel), ainsi que le stationnement souterrain — celui-là même dont la construction a failli faire s’effondrer la façade de l’immeuble historique, qu’on a finalement dû démonter et remonter pierre par pierre.

     

    Après visite des lieux en mai, Héritage Montréal s’est cependant dite satisfaite des travaux de réaménagement et de restauration de l’immeuble, classé monument historique par Québec et désigné site historique national du Canada.

     

    Même s’il a donné lieu, derrière, à un mur aveugle digne du palais de justice de Montréal, le cadre architectural de la devanture de l’aile contemporaine est intéressant : elle reprend les formes carrées et rectangulaires de la façade néo-Renaissance dans sa fenestration, ce qui crée un effet plutôt réussi vu de l’intérieur des chambres.

     

    Outre les lumineux sky lofts aménagés sur deux étages, le point d’orgue de l’établissement demeure l’immense penthouse de 5000 pieds carrés (la suite royale), qui couvre le 11e étage en entier au sommet de l’immeuble. Son toit oblique et entièrement vitré n’est interrompu que par deux terrasses en plein air et il recouvre ce qui forme un somptueux appartement… qui se loue autour de 6000 $ la nuit.

     

    Enfin, une salle de bal peut accueillir 400 convives, le service est partout courtois et avenant, et le bon petit resto du rez-de-chaussée mérite qu’on s’y assoie pour tâter de sa gastronomie britannique mâtinée de saveurs québécoises, le tout avec fantaisie : pruneaux enrobés de bacon servis sur un lit de foie de volaille, morue à la galloise et colcannon de chou frisé, quenelles de doré ou épaule de porcelet au sirop de bouleau, le tout à prix relativement abordable, question de ne pas alourdir la facture ou… le sommeil du client.













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