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    Le visa, cette plaie touristique

    Gary Lawrence
    20 mai 2017 |Gary Lawrence | Voyage | Chroniques

    Il y a cinq ans, préalablement à mon premier voyage en Inde, je me suis rendu trois fois au consulat indien de Montréal. La première fois, le pointilleux préposé a refusé ma demande de visa parce que ma photo faisait 1 mm de trop, après l’avoir minutieusement mesurée à la règle — sans rire.

     

    Je m’en suis donc remis à un photographe « professionnel » en lui disant qu’il fallait vraiment faire gaffe parce qu’au consulat indien, c’est fou ce qu’ils excellent dans l’art d’empapaouter les mouches. « Mais oui, mais oui, je sais ! » m’a répondu l’incompétent en me facturant 27 $ pour une photo qui ne correspondait pas plus au gabarit indien.

     

    Ce sur quoi, à ma troisième visite, le préposé du consulat m’a gentiment suggéré de traverser la rue et d’aller me faire croquer le portrait par la photographe asiatique du centre commercial voisin qui, elle, maîtrisait l’art de la photo de visa. Une photo qui, soulignons-le, était bêtement destinée à être agrafée à un formulaire…

    Photo: istock Il y a cinq ans, préalablement à mon premier voyage en Inde, je me suis rendu trois fois au consulat indien de Montréal.

    Échapper à toute logique

     

    De nos jours, la demande de visa indien s’est assouplie mais n’en demeure pas moins une préoccupation, un embêtement, une formalité dont on aimerait se passer — comme toute demande de visa, d’ailleurs.

     

    Alors quand, en mars dernier, le Parlement européen a adopté une résolution invitant la Commission européenne à instaurer un visa pour les citoyens de certains États, dont le Canada, j’ai maugréé.

     

    Remarquez, c’est un peu la faute du pays à l’unifolié : présentement, aucun ressortissant canadien n’a besoin d’un visa pour voyager sur le territoire de l’Union européenne (UE), mais l’inverse ne se vérifie pas toujours.

     

    Alors que l’instauration des visas européens répond à une logique de réciprocité (tu m’en demandes un pour venir chez toi, je fais pareil ; tu m’exemptes, je fais de même), les ressortissants de deux pays de l’UE (la Roumanie et la Bulgarie) doivent se procurer un visa pour venir au Canada.

     

    Par sa résolution, le Parlement européen voulait donc inciter le pays de Justin à respecter le principe de réciprocité en renonçant à cette exigence.

     

    Parfois imposé dans le but d’enquiquiner un État pour des raisons politiques, commerciales ou autres, le visa peut aussi être exigé à des fins de contrôle de l’immigration ou du flux de travailleurs illégaux.

     

    Une source de revenus

     

    Mais il peut également être requis en guise de source non négligeable de revenus (sans l’avouer ouvertement, bien sûr), suivant des règles qui échappent souvent à toute logique, du moins en apparence.

     

    Ainsi, un Barbadien qui veut se rendre au Nigeria obtiendra gratuitement son visa, alors qu’un Haïtien paiera 2 $US. Pour la même demande, un Canadien déboursera 75 $US et un Bengali… 253 $US.

     

    Heureusement, l’imposition des visas va décroissant de par le monde : en 2008, 77 % des voyageurs devaient s’en procurer un pour séjourner à l’étranger, contre 64 % en 2013, relève l’Organisation mondiale du tourisme. Même la façon de gérer les visas s’assouplit.

     

    Lors de mon récent séjour en Amazonie, j’ai consulté le site du consulat brésilien à Montréal, où rien ne laissait croire qu’on pouvait obtenir un visa (120 $, payable uniquement par carte de débit, autre tracas) en-deça de 10 jours ouvrables.

     

    En me présentant au consulat un lundi matin, je l’ai obtenu sur-le-champ, après 30 minutes d’attente…

     

    Une bonne façon de s’éviter tous ces désagréments consiste à prendre part à une croisière : fort souvent, les passagers sont alors autorisés à débarquer à terre un certain nombre d’heures, voire de jours, sans autre formalité que de laisser leur passeport à un agent venu les accueillir à quai. Il y a cinq ans, j’ai ainsi pu séjourner trois jours consécutifs à Saint-Petersbourg sans visa russe, lors d’une croisière en mer Baltique.

     

    Le gouverneur de cette ville, Georgy Poltavchenko, vient d’ailleurs de proposer à la Fédération de Russie d’introduire des visas électroniques libres pour certains touristes (gens d’affaires, sportifs, congressistes…), ce qui ferait rapidement bondir de 30 % l’achalandage touristique, assure-t-il.

     

    En Biélorussie, on vient aussi d’abandonner l’exigence du visa pour les citoyens de 80 pays.

     

    Quant à la Commission européenne, elle ne s’est pas rendue aux arguments du Parlement européen, préférant la voie diplomatique. Celle-ci a déjà commencé à porter fruits : le 1er mai, le Canada a levé l’obligation d’obtenir un visa « pour certaines catégories de citoyens roumains et bulgares », et l’exemption devrait s’appliquer aux autres ressortissants de ces pays en décembre.

     

    Rien là de plus normal : en cette ère où tout un chacun peut aller n’importe où — ou presque — sur la Terre, le privilégié n’est plus celui qui laisse entrer un ressortissant sur son territoire, mais celui qui daigne choisir une destination pour y séjourner et y dépenser son pécule.

     

    Autant que faire se peut, et dans la mesure où la sécurité d’un pays n’est pas menacée, qu’on laisse donc les voyageurs franchir les frontières sur la seule foi de leur passeport, et l’industrie mondiale du tourisme ne s’en portera que mieux.













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