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    8 avril 2017 | Frédéric Autran - Libération à New York | Voyage
    À l’entrée au pays, les visiteurs pourraient être contraints de donner libre accès aux douaniers à une foule d’informations personnelles.
    Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne À l’entrée au pays, les visiteurs pourraient être contraints de donner libre accès aux douaniers à une foule d’informations personnelles.

    Quelle que soit leur nationalité ou la durée de leur séjour, tous les visiteurs étrangers pourraient être contraints de fournir aux autorités américaines des informations très personnelles. Y compris leurs relevés bancaires.

     

    C’était l’une des promesses de campagne de Donald Trump : une procédure de vérification « extrême » (extreme vetting) pour tous les voyageurs — touristes, travailleurs ou réfugiés — souhaitant se rendre aux États-Unis. D’après le TheWall Street Journal, les contours de ces contrôles renforcés se précisent. Ces mesures, qui n’ont pas encore été annoncées publiquement, pourraient concerner chaque année des dizaines de millions de voyageurs. Selon le quotidien, tous les visiteurs « pourraient être contraints de révéler les contacts présents sur leur téléphone portable, les mots de passe de leurs comptes sur les réseaux sociaux et leurs relevés bancaires ».

     

    Ce durcissement des contrôles découle du décret anti-immigration adopté le mois dernier par Donald Trump. Outre le blocage temporaire des réfugiés et ressortissants de six pays à majorité musulmane, le texte prévoyait également « une évaluation rigoureuse » des mesures de vérification des voyageurs. Si l’essentiel du décret (blocage total des réfugiés et de certains étrangers) a été temporairement suspendu par un juge fédéral d’Hawaï, la révision des procédures demeure en vigueur.

     

    Tous les étrangers pourraient être concernés par ces mesures radicales, y compris les ressortissants des pays bénéficiant du Visa Waiver Program. Celui-ci dispense de visa les touristes originaires d’une quarantaine de pays alliés des États-Unis. En obtenant en ligne une simple autorisation électronique (ESTA), ces derniers peuvent voyager librement aux États-Unis pour un maximum de 90 jours.

     

    D’après The Wall Street Journal, l’existence de ce programme ne serait pas remise en cause. Mais ceux qui en bénéficient pourraient devoir fournir ces informations très personnelles à leur arrivée dans un aéroport américain. Pour les demandeurs de visa, les contrôles auraient lieu avant le départ, lors du dépôt du dossier dans une ambassade ou un consulat américain.

     

    Test idéologique

     

    Si ces mesures étaient mises en place, les agents du département d’État dans les consulats ou du département de la Sécurité intérieure (DHS) dans les aéroports seraient autorisés à examiner les téléphones afin d’y consulter la liste des contacts ou toute autre information. Le but est de « déterminer avec qui vous communiquez », confie un responsable du DHS au Wall Street Journal. « Ce que vous pouvez trouver sur le téléphone d’une personne lambda peut être inestimable », ajoute-t-il.

     

    Autre changement majeur : les visiteurs — et demandeurs de visa — pourraient se voir exiger leurs comptes de réseaux sociaux (Facebook, Twitter) et leurs mots de passe, afin d’étudier les contenus publiés et les messages privés. « Nous voulons demander, par exemple : quels sites vous visitez ? Et donnez-nous vos mots de passe pour que nous puissions voir ce qu’ils font sur Internet, avait déclaré en février le secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly. Et s’ils ne veulent pas fournir ces informations, alors ils ne viennent pas. »

     

    Enfin, au cours des entretiens préalables à l’octroi d’un visa, les candidats pourraient être soumis à un « test idéologique », avec des questions portant notamment sur les crimes d’honneur, le traitement de la femme ou « le caractère sacré de la vie humaine ».

     

    Impact sur le tourisme

     

    Interrogé par The Wall Street Journal, un ancien responsable du gouvernement Obama doute de l’efficacité à long terme de telles mesures. « Les gens vraiment dangereux se débarrasseront de leur téléphone. Ils se présenteront avec un téléphone nettoyé. Au fil du temps, l’utilité de ces contrôles diminuera », estime Leon Rodriguez, qui dirigeait jusqu’en janvier les services d’immigration et de citoyenneté américaines.

     

    Les associations de défense des libertés civiles dénoncent aussi une intrusion inacceptable dans la vie privée et une attaque contre les libertés fondamentales, notamment d’expression. Enfin, si elles devaient entrer en vigueur, ces mesures restrictives ne manqueraient pas de susciter l’inquiétude des professionnels du tourisme.

     

    D’après les chiffres du département américain du Commerce, six membres du Visa Waiver Program (Royaume-Uni, Japon, Allemagne, Corée du Sud, France et Australie) faisaient partie des dix pays ayant fourni le plus de touristes aux États-Unis en 2015. Certains de ces visiteurs pourraient être refroidis par l’idée de devoir dévoiler tout un pan de leur vie privée pour passer quelques jours à New York, en Louisiane ou dans les parcs nationaux de l’Ouest américain.













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