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    Voyages d’affaires

    Airbnb arrivera-t-elle à s’imposer?

    15 octobre 2016 | Etienne Plamondon Emond - Collaboration spéciale | Voyage
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial. 
     

    Avec un site et une offre spécifiquement consacrés au tourisme d’affaires, Airbnb tente de bousculer le secteur de l’hébergement dans ce créneau.


    Airbnb courtise désormais les voyageurs d’affaires. En 2014, la plateforme de location et de réservation de logements de particuliers a ajouté un microsite consacré au tourisme d’affaires. Les logements hôtes doivent répondre à certaines conditions, comme posséder une connexion Wi-Fi, proposer un espace pour travailler avec un ordinateur et permettre une arrivée 24 heures sur 24. Un système a été mis en place pour permettre aux employés des entreprises inscrites au service de facturer directement leurs frais à leur employeur.

     

    En 2015, la société affirmait que 10 % des réservations enregistrées par l’intermédiaire de sa plateforme étaient effectuées par des voyageurs d’affaires. Un article mis en ligne le 14 septembre dernier sur le site de CNBC rapportait qu’Airbnb leur avait affirmé que 14 000 nouvelles entreprises s’inscrivaient chaque semaine à leur service de tourisme d’affaires.

     

    « J’ai l’impression que ça ne fonctionnera pas beaucoup pour le marché d’affaires », juge néanmoins Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat à l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

     

    Plusieurs touristes ont pourtant déjà adopté la formule pour leurs loisirs. Ils seraient 60 millions de voyageurs inscrits à travers le monde, selon ce qui est indiqué sur le site d’Airbnb. Le Baromètre 2015 de la consommation responsable, publié par l’Observatoire de la consommation responsable, soulignait qu’environ 75 % des répondants avaient utilisé les services d’Airbnb au cours des 12 mois précédents.

     

    En publiant l’avis des voyageurs et en permettant d’entrer en contact avec l’hôte avant de mettre les pieds sur place, le site a réussi à assurer une certaine sécurité qui lui a permis de percer le marché, observe M. Arseneault. Or, les hôtels misaient sur cette sécurité depuis des décennies pour attirer des clients. Ils ont, de leur côté, multiplié les « services, que la très grande majorité du temps vous n’utiliserez pas, comme la piscine, le gym et des restaurants ».

     

    Simplicité et rapidité

     

    Dans ce contexte, il comprend pourquoi les voyageurs d’affaires et les entreprises lorgnent du côté d’Airbnb. « Il y a de grands groupes qui font voyager beaucoup de gens sur la planète qui concluent que ça finit par être coûteux de payer des chambres d’hôtel avec des services dont le voyageur d’affaires a encore moins besoin que le voyageur d’agrément. » Mais M. Arseneault rappelle aussitôt que la plupart des séjours d’affaires « disposent de salles de réunion, de congrès, de grands espaces et de matériel audiovisuel de haut niveau qu’Airbnb ne peut remplacer ».

     

    Aussi, il qualifie de frein la complexité de certaines démarches à travers Airbnb, comme l’étape consistant à prendre rendez-vous avec le propriétaire ou le locataire pour l’échange des clés. « Quand on est en voyage d’affaires, on n’a pas la même patience et le même temps disponible qu’un voyageur qui reste deux semaines à un endroit. »

     

    Du côté de l’Association des hôtels du Grand Montréal (AHGM), on croit aussi que la complexité associée à la démarche empêche Airbnb de constituer une concurrence inquiétante pour ses membres dans ce créneau. « Je pense que la géographie joue en notre faveur,ajoute Eve Paré, présidente-directrice générale de l’AHGM. Le voyageur d’affaires, souvent, il a des affaires à faire au centre-ville. La localisation des appartements sur Airbnb est en grande partie dans les quartiers que je qualifierais de périphériques. »

     

    Clientèle jeune

     

    N’empêche, cette réalité pourrait plaire à des entreprises avec des travailleurs ou des membres de la direction plus jeunes. Intitulée « Faster, smarter, better ? », l’étude publiée en 2015 par Carlson Wagonlit Travel (CWT) sur les répercussions des nouvelles technologies sur les voyages relevait, à la suite d’une enquête menée auprès de 1080 voyageurs, que 21 % des gens nés entre 1980 et 2000, souvent désignés comme les « milléniaux », utilisaient le service d’Airbnb, contre seulement 10 % des voyageurs des autres générations. « La jeune génération est nettement moins attirée par l’hébergement et l’hôtellerie conventionnels. Il n’y a aucun doute là-dessus », concède M. Arseneault.

     

    Or, les quartiers à la mode dans les grandes métropoles, souvent en marge du centre-ville, peuvent avoir la cote auprès d’eux. M. Arseneault évoque l’offre d’hébergement qui « explose » sur la plateforme Airbnb pour Brooklyn, un secteur tendance de New York en pleine revitalisation, où l’hébergement commercial traditionnel est quasi absent. Le phénomène pourrait bien se répéter dans la métropole québécoise. « Le Mile-End ne propose pas d’hébergement commercial traditionnel, et c’est un quartier très couru par les milléniaux, et particulièrement par les milléniaux qui voyagent par affaires, dit-il. Les hébergements commerciaux sont concentrés au centre-ville, dans le Vieux-Montréal et dans les environs de l’aéroport. Mais on en retrouve à peine sur le Plateau Mont-Royal. Pour tout ce qui concerne l’innovation, la technologie et les entreprises en démarrage, effectivement, c’est intéressant ».

     

    Long séjour

     

    Le milieu de l’hôtellerie, à Montréal, se montre davantage préoccupé par des entreprises d’un autre type. « Il existe des entreprises qui vont louer des stocks de condos invendus auprès des promoteurs et les louer », souligne Eve Paré, tout en précisant que ces derniers se situent souvent dans le centre-ville ou tout près. « C’est là qu’on retrouve probablement une concurrence plus directe. »

     

    Quelques entreprises en sol montréalais offrent aux voyageurs d’affaires la réservation en ligne d’appartements, de condos ou de studios meublés, entretenus et souvent dotés d’un service de conciergerie. Parmi elles, on retrouve Corporate Stays, fondée à Montréal en 2008, qui a ensuite déployé son service à Toronto, Québec, Ottawa, Miami et au Panama.

     

    Difficile de dire si cette formule a du succès, « car ce sont des entreprises qui ne se vantent pas » sur la place publique, indique M. Arseneault. « C’est la durée qui fait toute la différence, juge-t-il. Pour l’entreprise, payer deux nuits à l’hôtel, ce n’est pas énervant. Si la personne reste entre trois et sept nuits, on commence à être dans une logique différente de coûts. » De plus, le voyageur lui-même souhaite souvent avoir accès à une laveuse ou à une cuisinette. Cette dernière permet de ne pas aller au restaurant, « ce qu’apprécie l’employeur », remarque M. Arseneault.

     

    Il précise que « ce n’est pas nouveau comme phénomène », mais il note que si ces entreprises ciblaient au départ les voyageurs d’affaires pour de plus longs séjours, « de plus en plus, on les voit actives sur le marché des voyageurs d’affaires avec un court séjour ». Reste que M. Arseneault considère le poids de ces joueurs comme marginal. Tout comme l’importance d’Airbnb en milieu urbain, qui représente selon lui moins de 5 % des nuitées à Montréal.













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