Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Circuit vert au pays des Bleuets

    Un trajet mémorable de 256 kilomètres à vélo, autour du lac Saint-Jean

    27 août 2016 |Marco Fortier | Voyage
    La Véloroute traverse de vastes zones agricoles. Ci-après: deux beaux points de vue sur le lac Saint-Jean.
    Photo: Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean La Véloroute traverse de vastes zones agricoles. Ci-après: deux beaux points de vue sur le lac Saint-Jean.

    Une randonnée facile, jalonnée de plages, de bonnes tables et d’auberges sympathiques, autour d’un des plus beaux lacs du Québec : la Véloroute des bleuets figure parmi les meilleurs circuits de cyclotourisme de la province — et peut-être du monde. Récit d’une virée mémorable au Lac–Saint-Jean.


    Ce matin-là, des nuages ont envahi le ciel au moment où l’on montait sur nos vélos. Puis le vent s’est levé. Cette première journée sur la Véloroute a été la plus mouvementée de notre tour du lac Saint-Jean.

     

    Des averses et des bourrasques nous ont accompagnés sur les 28 kilomètres qui séparent Alma et le parc national de la Pointe-Taillon. Oh, rien de dramatique. Quand on part pour cinq jours à vélo, il faut se préparer à toutes les humeurs de la météo.

     

    Le beau temps est revenu dès notre arrivée au parc, en fin d’après-midi : visage au soleil, les pieds dans l’eau, nous avions l’immense plage de sable fin presque à nous tout seuls.

     

    C’était tellement beau, on était tellement bien… Avoir su, on serait restés là, dans le parc, une ou deux journées de plus. Nous avons passé la nuit dans une tente Huttopia tout équipée, déjà installée sur place. Pratique, confortable, et pas besoin de transporter du matériel de camping.

     

    La région des castors

     

    Le lendemain matin, on devait partir car une chambre nous attendait dans un motel de Dolbeau-Mistassini. Il faisait beau. Et beaucoup moins chaud qu’à Montréal. Nous avons traversé le parc national sur la piste cyclable en gravier qui longe le lac. On a vu un orignal. Le long du sentier, des dizaines d’arbres abattus confirmaient que c’est le pays des castors.

     

    Après avoir pris le traversier jusqu’à Péribonka, on a mangé au bistro du village. Puis on a fait une sieste sur les tables de pique-nique qui nous attendaient au soleil. On a continué notre route vers Dolbeau-Mistassini en passant par le moulin historique de Sainte-Jeanne-d’Arc, un charmant village fondé au pied d’une chute.

     

    En route vers Dolbeau, nous avons traversé une forêt et des bleuetières à perte de vue. C’est tranquille.

    Photo: Marco Fortier Le Devoir De belles plages jalonnent le parcours cycliste, comme ici à Métabetchouan.
     

    C’est joli. Ça sent bon. C’est un peu moins joli, disons, en arrivant à Dolbeau-Mistassini par la route 169, sorte de boulevard Taschereau où les concessionnaires automobiles succèdent aux restaurants de poutine. On est au Québec, quand même.

     

    La piste cyclable dévie dans les petites rues résidentielles et nous mène vers la chute des Pères, où nous attend notre motel à côté de la rivière.

     

    Des champs à perte de vue

     

    La journée du lendemain nous mène encore loin du lac Saint-Jean, dans la zone agricole au nord de la région. On traverse des champs de canola à perte de vue, puis des bleuetières. En fin d’avant-midi, un coup de coeur nous attend au village d’Albanel.

     

    L’entreprise familiale Délices du Lac–Saint-Jean a ouvert en novembre dernier un musée voué au bleuet sauvage. La copropriétaire, Émilie Gaudreault, nous fait visiter la boutique-atelier où elle et sa petite équipe nous font redécouvrir ce qu’elle appelle la « manne bleue » de la région.

     

    Ça sent les confitures, les tartinades et tous les autres produits cuisinés sur place. « Je suis une passionnée du bleuet sauvage », dit Émilie. Une entrepreneure dans l’âme, aussi : elle a acheté sa première terre à bleuets à l’âge de 15 ans.

     

    Là où ils étaient juste 4000

     

    Une autre surprise nous attendait pour le dîner dans le village de Normandin, une dizaine de kilomètres plus loin : le restaurant Dédélicieux, situé dans un centre commercial anonyme en bordure de la route 169.

     

    Pourquoi Dédélicieux ? Parce que c’est un restaurant qui rend hommage à Dédé Fortin, l’ex-chanteur des Colocs.

     

    Normandin, c’est la « petite ville »« on était juste 4000 » dans la chanson des Colocs. La rue principale s’appelle encore Saint-Cyrille.

     

    Le restaurant Dédélicieux est situé dans le « centre d’achats » de la chanson.

     

    « On voulait un restaurant qui a une personnalité, un restaurant pas comme les autres », raconte Émilie Frigon, la copropriétaire avec Marie-Josée Girard.

     

    L’idée d’un resto en l’honneur du plus célèbre des résidants du village s’est vite imposée. La famille de Dédé a approuvé le projet. Le menu s’inspire du chanteur. L’endroit est décoré de photos, de dessins et de paroles de chansons des Colocs. Dans un coin, on voit des objets lui ayant appartenu : ses lunettes d’aviateur, une paire de chaussures, un macaron du OUI… Au-dessus de la porte qui mène à la cuisine : « Je chante comme une casserole. »

     

    Il y a 25 ans, ils étaient 4000 à Normandin. Ils sont maintenant 3593, mais plusieurs jeunes de la place reviennent lancer des entreprises, fonder des familles… La « petite ville » revit grâce à des gens comme Émilie et Marie-Josée, qui ont ouvert un resto de déjeuners et dîners pour pouvoir souper à la maison avec leurs chums et leurs enfants.

     

    C’est bon, chez Dédélicieux. Ils font aussi du bon expresso. Ça roule bien à vélo après avoir bu un allongé préparé par Émilie. Il y a même un petit stationnement de vélo devant le restaurant.

     

    Bière et fromage

     

    On repart heureux vers la jolie ville de Saint-Félicien. Il paraît que la Véloroute passe devant la maison du député local, le premier ministre Philippe Couillard. Premier arrêt : le parc du Sacré-Coeur, sur la rive de la rivière Ashuapmushuan. Une belle fontaine donne des airs d’Europe à l’endroit.

     

    On va prendre un verre à La Chouape, la microbrasserie locale avec vue sur la rivière. On retrouve Geneviève et Nicolas, un jeune couple d’enseignants et des grands voyageurs croisés plus tôt dans la journée. Comme nous, ils adorent la Véloroute, ses paysages, les rencontres, l’aventure…

     

    Ce soir, on se paye la traite en soupant à l’auberge des Berges, un peu plus loin sur la route, décrite comme une des meilleures tables de la région. C’est d’abord un endroit magnifique. La salle à manger, dans une verrière à l’arrière, nous fait voir le plus beau coucher de soleil, sur la rivière tout en bas.

     

    Le lendemain, on fait une halte à Saint-Prime pour visiter le musée du cheddar. On apprend comment la famille Perron a commencé à fabriquer du fromage à la fin du XIXe siècle, dans cette maison de 1895. Intéressant. On déguste aussi des fromages fins des 10 fromageries du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui n’ont rien à envier aux fromages français ou d’ailleurs au Québec.

     

    Pour couronner le tout, dîner au restaurant Perron, près de l’église du village, où l’on peut se servir à volonté au bar à poutine. On roule 50 ou 60 kilomètres de vélo par jour, on peut bien prendre quelques calories…

     

    Des fantômes

     

    Nous sommes en grande forme en arrivant à notre destination pour ce soir, le camping de Val-Jalbert. Oui, Val-Jalbert, ce « village fantôme » qui a été déserté dans la première moitié du siècle dernier après la fermeture de son unique industrie, une usine de pâte et papier qui avait vu le jour en 1901.

     

    Pour être honnête, on n’avait pas de grandes attentes envers ce « village fantôme ». Le but était surtout de dormir dans un des adorables minichalets en bois offerts par le camping. Val-Jalbert fut pourtant une des surprises de notre Véloroute.

     

    On recule de 100 ans en visitant les maisons et autres bâtiments bien préservés. Il est même possible de dormir dans ces maisons bien rénovées ou dans les chambres à l’étage supérieur du magasin général. Le couvent, qui servait aussi d’école, est impressionnant. L’ancien moulin, au pied de la fameuse chute de 72 mètres — 20 mètres de plus que la chute du Niagara —, héberge désormais un bon restaurant. Au moment de notre visite, la vaste majorité des clients étaient d’origine française. On se dit qu’ils ont raison de s’émouvoir devant la beauté de ces « grands espaces ».

     

    Le dernier segment, entre Val-Jalbert et Alma, est peut-être le plus beau de toute la Véloroute. Il nous fait voir le lac Saint-Jean de plus près. On longe de belles plages à Desbiens, Métabetchouan, Saint-Gédéon… Ça fait du bien de s’arrêter pour prendre un jus et faire une saucette dans l’eau (plutôt froide) du lac. La plupart des plages proposent canots, kayaks, pédalos ou motomarines en location. On préfère poursuivre notre route à vélo en se promettant de revenir. Oui, c’est ce qu’on se dit en revenant à notre point de départ, le centre de villégiature Dam-en-terre, à Alma, après une excursion de cinq jours : on reviendra sur la Véloroute.

    Notre journaliste était l’invité de Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean.

    La Véloroute traverse de vastes zones agricoles. Ci-après: deux beaux points de vue sur le lac Saint-Jean. La Véloroute des bleuets longe le lac Saint-Jean en proposant des points de vue exceptionnels. De belles plages jalonnent le parcours cycliste, comme ici à Métabetchouan.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.