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    Tourisme Cantons-de-l’Est

    Une montagne de poésie

    Flâneries empreintes d’art et de nature dans la vallée de la Coaticook

    30 juillet 2016 | Hélène Clément - Collaboratrice à Saint-Venant-de-Paquette | Voyage
    Saint-Venant-de-Paquette. Personne n’échappe à la magie de ce lieu.
    Photo: Hélène Clément Saint-Venant-de-Paquette. Personne n’échappe à la magie de ce lieu.

    C’est en empruntant la Voie des pionniers, un parcours historique qui traverse l’ensemble du territoire de la Municipalité régionale de comté de Coaticook, qu’on découvre Saint-Venant-de-Paquette et son sentier poétique. Une idée de l’auteur-compositeur-interprète Richard Séguin.


    La Voie des pionniers, c’est un circuit comportant 22 personnages ayant marqué la région de la vallée de la Coaticook à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Vingt-deux silhouettes grandeur nature, superbement découpées dans un panneau d’acier Corten muni d’un appareil audio qui leur donne la parole pendant cinq minutes.

     

    Mis à part la ville de Coaticook, la Voie des pionniers emprunte plutôt les chemins de traverse de la très bucolique vallée du même nom. La ville est le chef-lieu de cette MRC de plus de 18 600 habitants répartis dans 12 municipalités, qui abrite quatre de ces silhouettes dont celle d’Arthur O. Norton plantée sur le terrain du très beau Musée Beaulne, anciennement sa résidence.

     

    Et le plaisir ne s’arrête pas à la rencontre de ces personnages hauts en couleur qui redonnent vie à cette région des Cantons-de-l’Est, sur une époque où industriels francophones et anglophones, éleveurs de bovins, curés, infirmières… viennent s’y installer en grand nombre.

     

    Bordée par le Vermont, le New Hampshire, la MRC du Haut-Saint-François et Sherbrooke, puis la MRC de Memphrémagog — et bien calée sur les Appalaches, au pied des monts Barnston, Pinacle et Hereford —, la région rurale attire autant les sportifs que les chasseurs de belles images, les amateurs d’art et d’histoire et puis les gourmets.

    Photo: Hélène Clément On découvre l’histoire au fil du chemin et des silhouettes plantées dans le paysage. Rien ne vient obstruer le point de vue sur la campagne estrienne à travers ces personnages qui changeront de couleur selon les saisons.
     

    En chemin, on trouve des ponts couverts, des granges rondes, des églises, des cimetières, des jardins, des rivières, des fermes aux allures de Playmobil, des musées, des vaches qui broutent entre ciel et terre, des champs de maïs et de blé à perte de vue et des agriculteurs qui triment fort.

     

    Il y a aussi les odeurs qui embaument l’air de la campagne sur cette voie parsemée d’arrêts gourmands. Celles du pain et des tartes qui cuisent, des fromages qui s’affinent, du cassis qui fermente, des confitures aux petits fruits qui mijotent. Et, mêlée à ça, l’odeur de la bouse de vache.

     

    Impossible, toutefois, d’arpenter en un seul jour tout ce territoire qui couvre une superficie de 1332 kilomètres carrés. De toute façon, la vallée de la Coaticook est si attrayante qu’on y revient. Sur son site Internet, Tourisme Coaticook propose, entre autres choses, six circuits « Découverte ». Excellente idée que de s’en inspirer. C’est ainsi que nous aboutissons à Saint-Venant.

     

    La République

     

    La brume se lève à peine dans la vallée au moment d’atteindre Saint-Malo. Un vent chaud souffle au sommet de la Montagnaise, une tour d’observation haute de dix mètres. Rien n’obstrue l’horizon. Au nord-ouest, East Angus, Sherbrooke, les montagnes de Stoke et le mont Orford ; au nord-est, Saint-Isidore d’Auckland et le mont Mégantic dominé par l’observatoire astronomique ; au sud-ouest, Sainte-Edwidge, Saint-Herménégilde, Saint-Venant-de-Paquette et le lac Lindsay.

     

    Qu’aurait pensé le moine gallois Malo, évêque évangélisateur breton, devant tant de beauté, lui qui a donné son nom à cette paroisse nichée à 580 mètres ? Jusqu’à ce que Mégantic en revendique le titre, les Malouins se targuaient d’habiter le village le plus élevé du Québec.

     

    À sept kilomètres de là, le ruisseau Halls (Halls Stream), un affluent du fleuve Connecticut, marque la frontière avec les États-Unis. C’est là, à la limite du New Hampshire et du Québec, qu’une poignée de fermiers fatigués des chicanes constitutionnelles entre la Grande-Bretagne et les États-Unis décident, le 9 juillet 1832, de former la République de l’Indian Stream, dont la municipalité d’East Hereford s’affaire à déterrer l’histoire méconnue.

     

    « La République, qui tire ses origines d’une erreur de cartographie en 1775, a tenu bon pendant quatre ans, explique Diane Lauzon-Rioux, directrice générale de la municipalité. Une erreur qui aurait été sans conséquence si ladite carte n’avait pas été utilisée pour établir la frontière entre les deux pays, lors de la signature du traité de Versailles en 1783. »

    Photo: Hélène Clément Richard Séguin sur le Sentier poétique qu’il a créé en 1998. En arrière-plan : les sculptures de Roger Nadeau veillent sur la campagne.
     

    La tour de Saint-Malo s’éloigne à l’horizon, puis surgit au sommet d’une route de terre Saint-Venant-de-Paquette. Personne n’échappe à la magie de ce lieu qui a tant charmé l’auteur-compositeur-interprète Richard Séguin, venu s’y installer en permanence il y a 18 ans alors qu’il apprenait que Saint-Venant, qu’il fréquente depuis les années 1970, avait été classé « dévitalisé ».

     

    « C’est ici que sont nées toutes mes chansons, explique-t-il. J’aime la beauté des lieux, la brume matinale qui donne au village l’apparence d’un vaisseau dans les nuages, le vent, les paysages renouvelés, cette impression de vivre à 12 000 pieds d’altitude, la qualité du silence, la gentillesse des gens et le plaisir de côtoyer la vie des personnes qui travaillent au champ et à la ferme. »

     

    Il est 10 h lorsque nous franchissons les portes du centre d’interprétation la Maison de l’arbre. Une belle devise accueille le voyageur : « Saint-Venant, un village qui renonce à renoncer. » Il est clair que les résidants travaillent d’arrache-pied pour donner un second souffle à leur village.

     

    Une église-musée, un sentier poétique, la Maison de l’arbre, une bibliothèque dans le Centre municipal pour les 100 âmes du village, un parc pour enfants et la silhouette d’Hermine plantée judicieusement dans le paysage, à l’instar des autres personnages de la Voie des pionniers : voilà le centre-ville de Saint-Venant ! Pas d’école, pas d’épicerie ni de station-service.

     

    Les poètes

    Photo: Hélène Clément Les vaches font partie du décor dans la vallée de la Coaticook. Ici, elles retournent à la ferme Holmes de Barnston-Ouest.
     

    Le sentier poétique est né en 1998. Une idée fantaisiste de Richard Séguin, imaginée entre autres avec des profs, des agriculteurs et des artistes comme une invitation à lire davantage de poésie. On y découvre les plus grands poètes des Cantons-de-l’Est et du Québec — Alfred DesRochers, Gaston Miron, Félix Leclerc, Alain Grandbois, Émile Nelligan, Michel Garneau — à travers des aménagements mariant des arbres et des arbustes à des sculptures, des roches et des poèmes.

     

    On s’y promène à son rythme, sans itinéraire particulier, en découvrant ou reconnaissant des poètes et des écrits qui prennent aux tripes. Ou avec un audioguide en compagnie de l’une des pionnières du village, Hermine Malouin Lefèbvre, qui raconte l’histoire du Québec d’autrefois.

     

    Ici, des gardiens de pierre, là, de petites bibliothèques à l’allure de cabanes d’oiseaux. Un cimetière avec des anges et des archanges et de belles croix en fer forgé. Un sentier en montagne balisé des poèmes de Félix Leclerc, de La Bolduc, d’Émile Nelligan, de Louise Forestier… Puis, l’église.

     

    Hermine explique qu’il a fallu près de 20 ans pour en achever la construction. Neuf essences de bois composent l’espace intérieur. Son jubé sculpté et verni avec de l’huile de lin bouillie abrite une exposition permanente sur les us et coutumes de la vie religieuse d’autrefois. Quant à la galerie La Sacristie, elle accueille jusqu’en 2017 l’exposition Arborescence de l’artiste photographe Stéphane Lemire. Pour chaque image, un texte poétique.

     

    La Grande Nuit de la poésie

     
    Photo: Hélène Clément On découvre le long du Sentier poétique de Saint-Venant les plus grands poètes du Québec, les Alfred DesRochers, Gaston Miron, Félix Leclerc, Alain Grandbois, Émile Nelligan, Michel Garneau... dans des aménagements mariant des arbres et des arbustes à des sculptures, des roches et des poèmes.

    C’est un retour, cet été, de la célébration de la poésie à Saint-Venant : 12 heures de poésie et de musique sous les étoiles. « Il y a déjà eu, par le passé, cinq éditions de la Nuit de la poésie, mais de façon plus modeste, avec huit poètes au maximum, explique Richard Seguin. La soirée commençait à 20 h et se terminait à 23 h. »

     

    Après six ans d’arrêt, Saint-Venant relance la Grande Nuit de la poésie, intitulée « J’en appelle à la poésie », sous la direction artistique de David Goudreault, romancier, poète et slameur, avec la participation de Richard Séguin et de Jean-François Létourneau, enseignant en littérature.

     

    L’événement réunira, le 13 août prochain dès 20 h, une quarantaine de poètes et d’artistes du Québec autour de trois lieux : la Maison de l’arbre, l’église et un chapiteau dans le parc. Avec le soutien des Amis du patrimoine de Saint-Venant-de-Paquette ainsi que de nombreux bénévoles, il se poursuivra jusqu’au lendemain à 8 h. Un « déjeuner des braves » animé par l’essayiste et chroniqueur Normand Baillargeon clôturera cette nuitée littéraire.

     

    Ça promet. On a prévu des cantines qui offriront des menus concoctés avec des produits régionaux et des bars improvisés autour des lieux de spectacle. Avec l’aide des agriculteurs du coin, des espaces camping seront disponibles gratuitement. Apportez votre tente.

     

    Photo: Hélène Clément David Goudreault, directeur artistique de la Grande Nuit de la poésie, à venir le 13 août prochain
    À l’affiche : souper VIP (véritable intimité poétique), rencontres d’auteurs, conférences, micros ouverts, ateliers de création, karaoké de poèmes, hommages, slam, création de haïku…

     

    « Ce que j’essaie d’apporter, c’est une diversité des genres pour confirmer que la poésie est polymorphe, explique David Goudreault. Toutes les poésies vont cohabiter dans cette nuit-là. Peu importe où chacun en est par rapport à la poésie, on va s’assurer que le moment soit agréable. Et, bien que pas toujours facile d’accès, on promet d’aider tout le monde à la découvrir. »

     

    Parmi les artistes participants : Hélène Dorion, Bruno Lemieux, Natasha Kanapé Fontaine, Tristan Malavoy, Chloé Sainte-Marie, Fredric Gary Comeau, Queen Ka, les Belles bêtes, Vincent Vallières, Projet Trad et Poésie, Véronique Grenier, Yann Perreau, José Acquelin, Auguste, Rachel McCrum, Jean-Paul Daoust, Ouanessa Younsi, Kim Doré et bien d’autres.

     

    « Enchanté ! » Telle est la nouvelle devise de Tourisme Coaticook. Mission accomplie.

    Saint-Venant-de-Paquette. Personne n’échappe à la magie de ce lieu. Richard Séguin sur le Sentier poétique qu’il a créé en 1998. En arrière-plan : les sculptures de Roger Nadeau veillent sur la campagne. On découvre l’histoire au fil du chemin et des silhouettes plantées dans le paysage. Rien ne vient obstruer le point de vue sur la campagne estrienne à travers ces personnages qui changeront de couleur selon les saisons. Les vaches font partie du décor dans la vallée de la Coaticook. Ici, elles retournent à la ferme Holmes de Barnston-Ouest. David Goudreault, directeur artistique de la Grande Nuit de la poésie, à venir le 13 août prochain.  On découvre le long du Sentier poétique de Saint-Venant les plus grands poètes du Québec, les Alfred DesRochers, Gaston Miron, Félix Leclerc, Alain Grandbois, Émile Nelligan, Michel Garneau... dans des aménagements mariant des arbres et des arbustes à des sculptures, des roches et des poèmes.












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