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    Tourisme Turquie

    Odyssée en Anatolie, un livre d’histoire

    Le pays se savoure région par région telle chaque page d’un roman captivant

    7 mai 2016 | Hélène Clément - Collaboratrice à Fethiye | Voyage
    L’ancien village grec de Kayaköy
    Photo: Hélène Clément L’ancien village grec de Kayaköy

    La Turquie est un livre d’histoire qui s’étale sur des millénaires. Et qui se savoure région par région telle chaque page d’un roman captivant. Sur un rythme lent, au fil d’un café turc, d’un thé, d’un raki, d’une chicha, d’un kebab dégusté sur la terrasse ensoleillée d’un village de montagne ou en bord de mer. En auto, en rando, à vélo, en bateau. De la cité antique de Sagalassos, dans les Taurus, à celle de Xanthos, sur la Méditerranée, incursion en Pisidie et en Lycie, sur les pas d’Alexandre le Grand, de saint Paul, de saint Nicolas.


    C’est à Fethiye, petite ville animée de la côte méditerranéenne à mi-chemin entre Izmir et Antalya, que prend fin ce voyage sur la Riviera turque, dans le sud du pays. Six jours à butiner d’un site antique à l’autre depuis les contreforts des monts Taurus, en Pisidie, à 100 kilomètres au nord d’Antalya, jusqu’à Fethiye, en Lycie, à 200 kilomètres à l’ouest. À se régaler de légumes arrosés d’huile d’olive, de poissons grillés, de kebabs épicés, de meze, d’oranges et de grenadines, de figues mielleuses, de loukoums, baklavas, feta, yogourt nature…

     

    De crabe bleu aussi, grillé sur la braise par un pêcheur de Dalyan, à bord de son bateau de pêche. Une dégustation impromptue moyennant une dizaine de livres turques, lors d’un tour en barque dans les méandres du delta de Dalyan, du lac de Köycegiz et de la mer Méditerranée.

     

    On vient avant tout dans ce delta classé parc national pour observer les tortues caretta caretta venues s’accoupler à l’ombre des roseaux, dans les replis d’une rivière dominée par l’ancienne cité grecque de Caunos. Et pour accéder à la plage Iztuzu, l’une des plus belles du pays. « Entre juin et septembre, ces tortues de mer protégées par l’organisme World Wild Found iront pondre leurs oeufs sur cette plage, explique Fethi Öcel, directeur chez Koptur, une agence réceptive spécialisée dans les voyages sur mesure en Turquie. Pendant la ponte, il n’est pas permis de planter son parasol dans le sable. La plage ferme à partir de 18 h jusqu’au lendemain matin. »

     

    Si les tortues à grosse tête, qui à l’âge adulte pèsent plus de 200 kg, sont les stars du delta de Dalyan, les tombeaux creusés dans la falaise au-dessus de la rivière séduisent l’imagination. Sculptés dans le style lycéen, ils ont été la dernière demeure des rois de Caunos.

     

    Que du bonheur ! Une jolie région, une histoire riche, une gastronomie dont le pays peut s’enorgueillir, des vestiges archéologiques splendides à tous les coins de rue, des ruelles, des rivières, partout dans l’arrière-pays et sur la côte. Et un peuple très accueillant.

     

    En Turquie, l’hospitalité est à la base du mode de vie. Et cela dès le premier contact à l’aéroport, où les douaniers, dès qu’ils ont apposé le tampon dans le passeport, souhaitent gentiment la bienvenue au misafir (invité). Car en Turquie, le voyageur n’est pas un touriste, mais un hôte. Accepter le café, le thé ou le fruit est le meilleur des remerciements. Et dans les villages, il y a toujours quelqu’un pour venir en aide au misafir qui veut se faire comprendre.

     

    Alors que le festival des tulipes bat son plein à Istanbul et que fleurissent sur les rives du Bosphore les arbres de Judée — la légende raconte que Judas se serait pendu à cet arbre après avoir trahi Jésus-Christ —, ici, sur la côte turquoise, les hôteliers nettoient et rabibochent leur hébergement en vue de la saison touristique officiellement ouverte depuis le 1er avril.

     

    Mais un départ grippé depuis janvier à cause d’attaques terroristes ayant visé des lieux touristiques à Istanbul et Ankara. Ainsi que du boycottage des stations balnéaires du sud par les Russes — qui affectionnent particulièrement la côte turque — depuis qu’en novembre 2015, les militaires turcs ont abattu l’un de leurs bombardiers au-dessus de la frontière syrienne.

     

    Et, bien que le ministère des Affaires étrangères ne suggère pas aux Canadiens d’éviter la Turquie — à l’exception des provinces du sud-est — voisine de la Syrie et de l’Irak, les voyageurs hésitent à s’y rendre vu la situation géographique du pays, proche de zones de conflits.

     

    Il faut savoir toutefois que, tant à Istanbul, où transitent un grand nombre de voyageurs, que dans les autres villes du pays, la Turquie prend une série de mesures de sécurité. Contrôle de bagages à l’entrée de tous les aéroports et aux portes des musées, églises, mosquées, palais… Et surveillance policière accrue dans les rues, les grands bazars, les parcs et les places centrales.

     

    Cela dit, le pays offre mille et un attraits. Les routes sont belles et la conduite, facile. Pour les activités physiques combinées aux visites culturelles, le sud offre l’embarras du choix. Parmi les plus en vogue : la randonnée à pied ou à vélo sur les chemins jalonnés de villages et de ruines.

     

    La cité des derniers Romains

     

    Huit heures de vol jusqu’à Istanbul, une heure jusqu’à Antalya et 90 minutes de voiture jusqu’au charmant hôtel Sagalassos Lodge Spa, au pied de la cité antique de Sagalassos, dans les monts Taurus. Nous y passerons les trois premiers jours de ce voyage dans le sud du pays.

     

    D’abord, un bain turc pour remettre les idées en place. Un genre de massage rustique capable de vous remodeler la silhouette en 60 minutes, de vous débarrasser de vilains noeuds dans le dos. Après le gommage, un massage vigoureux, méthode « ottomane », puis un lavage au savon jusqu’à disparaître sous un nuage de mousse et de vapeur. Et pour finir, rinçage par aspersion de chaudières d’eau chaude sur la tête. On en ressort… « fort comme un Turc ».

     

    Depuis l’hôtel, il faut compter 30 minutes à vélo sur un chemin de campagne peu fréquenté par les voitures pour atteindre le site archéologique. Personne à l’horizon, à part un troupeau de chèvres broutant sur une colline sans se soucier de la bataille menée ici au printemps 333 av. J.-C. par Alexandre Le Grand, en vue de s’emparer de la cité pisidienne.

     

    « Ce ne sont pas les touristes qui pullulent ici mais les fouilleurs », dit Fethi Öcel. Faisant partie des plus importants chantiers archéologiques de la Méditerranée, Sagalassos fait l’objet de fouilles menées depuis 1990 par les archéologues de l’Université de Leuven, en Belgique.

     

    Le site s’étend sur plusieurs kilomètres de long, sur des terrasses qui s’élèvent entre 1400 et 1700 mètres. Son théâtre bâti à flanc de montagne serait le plus élevé en altitude au monde. Au moment des premiers travaux, les archéologues ne savaient que très peu de chose sur Sagalassos.

     

    La cité a prospéré sous les Romains, est devenue un avant-poste chrétien byzantin, avant de décliner sous les Ottomans. Les vestiges les plus anciens remontent à la période hellénistique qui a suivi la conquête par Alexandre le Grand. Les bâtiments restants datent de l’époque romaine.

     

    Sagalassos a été détruite au VII siècle par un violent tremblement de terre. Les bâtiments importants — forum, théâtre, temple, bibliothèque et thermes — ont été écrasés avant d’être recouverts par plus de dix mètres de terre arrachée à la montagne. Terre qui a permis de conserver intactes toutes les vieilles pierres. Ne reste qu’à reconstituer le gigantesque casse-tête.

     

    Sur les traces de saint Paul et saint Nicolas

     

    Jour de marché aujourd’hui à Aglasun, village situé à sept kilomètres en aval de Sagalassos. Ambiance bon enfant. Les femmes portent l’ş​alvar, le pantalon bouffant traditionnel de la région. Sagalassos, que les archéologues appellent la « Pompéi turque », survit à travers Aglasun depuis le tremblement de terre qui a détruit la fameuse cité des derniers Romains.

     

    De là, on file vers Isparta, petite ville située au centre de la région des lacs, sur les hauts plateaux des Taurus dont les sommets sont couverts de neige. On y skie en hiver. Une immense rose de Damas, à l’entrée de la ville, rappelle que la jolie fleur pousse à profusion dans la région.

     

    Puis, un arrêt au lac Egirdir avant de rejoindre le canyon de Yazili pour une balade sur un chemin longeant une gorge magnifique, qu’aurait parcouru saint Paul lors d’un de ses périples menant de Perge à Antalya de Pisidie. La Turquie à travers de nombreux sites garde la mémoire de cet ardent évangélisateur. Une randonnée balisée de 500 kilomètres permet d’aller sur ses traces.

     

    C’est à partir de Finike, capitale de l’orange, que la côte méditerranéenne acquiert ses lettres de noblesse. La route sinueuse, construite à flanc de montagne, surplombe la mer turquoise. À chaque virage, une belle crique invite à la baignade. L’appel du grand bleu est irrésistible.

     

    Nous sommes en Lycie, au sud des côtes turques, face aux îles du Dodécanèse, en dessous de Rhodes. Demre (Kale), Kas, Kalkan, Kekova, Dalyan, Fethiye… La route de l’Antiquité. Toutes les civilisations sont passées par ici. S’y trouve l’un des plus beaux sentiers de randonnée au monde, la Voie lycienne, qui s’étend sur 500 kilomètres entre Fethiye et Antalya.

     

    Qui eût cru que la légende du père Noël prenait sa source en Lycie, à Demre, une petite ville poussiéreuse du sud ? Né à Patara, Nicolas de Bari, le saint Nicolas, fut évêque de Myre au IVe siècle. Après l’obtention d’un héritage important, il distribua anonymement des cadeaux aux pauvres. C’est en lançant, la nuit de sa fête, le 6 décembre, des bourses en or à des jeunes filles condamnées à la prostitution, que serait né le mythe du père Noël. « Iyi seyahatler ! » (bon voyage).
     

    Notre journaliste était l’invitée du Groupe V.I.P, de Turkish Airlines et de Koptur.

    L’ancien village grec de Kayaköy Au marché d’Aglasun, un village situé à 100 kilomètres au nord d’Antalya et à sept kilomètres en aval de Sagalassos. Le canyon de Yazili, pour une balade sur le chemin longeant une gorge magnifique, qu’aurait parcouru saint Paul lors d’un de ses périples menant de Perge à Antalya de Pisidie. La cité antique de Sagalassos, à 100 kilomètres au nord d’Antalya. Les tortues «caretta caretta» vont s’accoupler à l’ombre des roseaux, dans les replis d’une rivière dominée par l’ancienne cité grecque de Caunos. Des loukoums dans une confiserie de la petite ville de Burdur. Un panier de grenades. Régal au marché de Demre.












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