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    Tourisme Bas-Saint-Laurent

    L’esprit du fleuve

    Entre l’archipel du Pot-à-l’eau-de-vie et l’île aux Lièvres

    2 avril 2016 | Hélène Clément - Collaboratrice à Rivière-du-Loup | Voyage
    Le phare des îles du Pot-à-l’eau-de-vie
    Photo: Hélène Clément Le phare des îles du Pot-à-l’eau-de-vie

    Zénitude absolue. Beauté sans pareille. Allure de bout du monde. Univers quasi intact depuis le passage de… Jacques Cartier. Bienvenue sur les îles du Pot-à-l’eau-de-vie et aux Lièvres. Où seuls les oiseaux ont droit de cité à l’année. L’homme, lui, doit attendre l’été pour rejoindre les flancs de falaise, les anses, les grèves bordées d’églantiers. Et se ressourcer.


    Malgré la pluie et le brouillard, le départ fixé à 13 h 15 du quai de la Pointe, à Rivière-du-Loup, a lieu comme prévu. Il en faut plus au capitaine pour remettre à demain la croisière vers le phare du Pot. À bord de Sauvagîles, chacun relève son col. L’air est frisquet.

     

    Le bateau enfonce sa proue dans l’opaque brouillas. Pendant que le capitaine scrute l’horizon et que le guide-interprète prépare la carte des lieux, les voyageurs font connaissance.

     

    Il y a six passagers et ensemble, nous passerons une nuitée dans le phare des îles du Pot. Pas pour encaustiquer, colmater, réparer, cimenter ou tenir un journal de maintenance de ce petit phare méticuleusement restauré en 1989.

     

    Ni pour cligner, la nuit, la réponse à un capitaine hésitant sur la route à suivre. Mais pour vivre le climat de cette île chenue et isolée, au coeur d’une voie maritime fréquentée, avec comme seuls visiteurs les oiseaux, les phoques, les lièvres.

    Photo: Hélène Clément
     

    « Vu que nous sommes au mois de septembre, les eiders à duvet et les petits pingouins ne seront pas de la partie », avait prévenu Jean Bédard, président de Duvetnor, la société à but non lucratif qu’il a fondée et qui gère ce flambeau du XIXe siècle, devenu un hébergement charmant.

     

    La brume qui enveloppe la région ajoute du mystère à cette traversée d’une vingtaine de minutes jusqu’au phare du Pot. Par temps clair, nous n’aurions pas perdu de vue Rivière-du-Loup, sur la rive sud, et Saint-Siméon, sur la rive nord.

     

    Les îles du Pot-à-l’eau-de-vie et aux Lièvres se trouvent au beau milieu du Saint-Laurent, à environ dix kilomètres d’une rive et dix de l’autre.

     

    À l’ouest, l’archipel des Pèlerins, et à l’est, l’île Blanche, l’île Verte, l’île Rouge… Quelque part mugit une corne de brume. Sans doute un cargo que le radar de Sauvagîles aura repéré sur son écran. Tout rappelle ici la mer : l’odeur, le vent, les cris plaintifs des goélands.

     

    Des histoires de phares, de bateaux perdus aussi. Nul doute, le fleuve cache un passé tumultueux.

     

    « Ce n’est pas un fleuve facile, raconte le guide-interprète. Il y a beaucoup de récifs et de hauts fonds autour des îles. Entre 1840 et 1850, il y aurait eu 240 naufrages. Avec Cape Horn, le fleuve Saint-Laurent est l’une des zones les plus dangereuses au monde pour la navigation. »

     

    Et voilà que l’imagination s’échauffe ! On pense au Don de Dieu, le navire de Samuel de Champlain qui, à maintes reprises, en 1608, aurait chaviré et manqué de se fracasser contre les rochers.

     

    Puis au navire du roi Louis XV, le Rubis, qui aurait laissé descendre dans l’anse de l’île des passagers affectés par le mal de mer.

     

    À ce soldat Yeoman aussi, mort en 1814 sur le bateau Endeavor. Le bateau se trouvant alors près de l’île du Pot-à l’eau-de-vie, on décida de l’y enterrer, comme en témoigne son épitaphe.

     

    On pense aussi à l’Empress of Ireland, embouti la nuit du 29 mai 1914 par le charbonnier norvégien Storstad, au large de Sainte-Luce-sur-Mer, emportant dans son naufrage 1012 personnes. Un musée à Pointe-au-Père relate l’histoire du bateau, de sa construction jusqu’au naufrage.

     

    L’archipel du Pot-à-l’eau-de-vie, ou Brandy Pot. Bien des légendes entourent l’origine de ce toponyme. Certains racontent que, pendant la Prohibition, on y stockait en permanence des milliers de caisses de scotch, gin, sherry et brandy en provenance de Saint-Pierre-et-Miquelon, plaque tournante de la contrebande. D’où le nom de « Brandy Pot Island ».

     

    Une autre légende relate qu’au XVIIe siècle, les navigateurs auraient ainsi nommé l’archipel car ils percevaient, dans la forme des trous qui couvraient les îles du Pot, des ballons de Brandy. Et l’eau de pluie brunâtre qui emplissait ces alvéoles creusés par l’érosion était sûrement du brandy…

     

    Comme par miracle, la brume se dissipe, ce qui permet d’apercevoir la silhouette des îles du Pot. Sauvagîles contourne l’archipel : Gros Pot, Petit Pot et Pot du Phare. Au sommet de quelques épinettes, des cormorans déploient leurs ailes noires dans le vent. Puis surgit le phare sur un promontoire rocheux. Charmant avec son toit rouge. Mugit au loin une corne de brume.

     

    On ne construit plus de phares. Et depuis 1988, il n’y a plus de gardiens de phare dans le Saint-Laurent. À l’ère des instruments de navigation sophistiqués qui permettent de se repérer dans la brume et dans la nuit sans erreur, ces vieux flambeaux qui ont sauvé tant de vies sont soit laissés à l’abandon, soit rachetés par des passionnés prêts à investir pour les sauvegarder.

     

    Le phare du Pot-à l’eau-de-vie a éclairé la voie d’entrée du continent de 1862 à 1964. Puis, abandonné, il s’est étiolé lentement jusqu’à ce qu’une poignée de biologistes défenseurs des oiseaux et des milieux naturels ourdissent le projet de l’acquérir. Duvetnor, une corporation à but non lucratif, voit le jour en 1979 avec comme objectif la protection de la faune et de ses habitats dans l’estuaire du Saint-Laurent. Le phare est restauré en 1989 et transformé en un charmant gîte.

     

    Depuis, Duvetnor séduit les visiteurs des îles Les Pèlerins, du Pot-à l’eau-de-vie et aux Lièvres grâce à ses croisières quotidiennes commentées avec ou sans débarquement, l’observation des oiseaux marins, ses randonnées pédestres et la fameuse nuitée dans son phare.

     

    La Société de conservation qui assure la protection de ce groupe d’îles face à Rivière-du-Loup récolte une partie (30 à 40 %) du duvet des nids d’eiders au printemps — quelques centaines de kilos par année —, et fait les inventaires de leur oiseau vedette pour mieux le connaître et le gérer.

    Photo: Hélène Clément
     

    Tourner autour du Pot

     

    En période de nidification des eiders à duvet — en juin, interdit, donc, de se promener à plus de 100 mètres du phare. Plus tard, en juillet et jusqu’à la fermeture en septembre, l’île appartient aux penseurs contemplatifs, aux amoureux des oiseaux et aux amateurs de photos.

     

    On ne se lasse pas d’en faire le tour. Parfois par la gauche, parfois par la droite. Clapotis de l’eau, piaillements d’oiseaux, souffle du vent ou d’une baleine de passage sont les seuls bruits. Mais attention, le paysage change en fonction des marées. Pas question de revenir à la nage.

     

    Une île rocheuse avec un phare sans rival dans le fleuve combinant la double fonction de phare et d’habitation. Un escalier en colimaçon au coeur de la maison mène au sommet de la tour. Trois chambres coquettes reçoivent les visiteurs venus faire corps et âme avec la vie de gardien.

     

    Parmi les plaisirs du séjour : les repas du soir et du matin préparés avec art par les deux gardiens « nouveau genre » dont la tâche est de bichonner leurs invités scrutateurs. Ils se dégustent autour d’une seule tablée dans la coquette salle à manger du phare.

     

    Au menu ce soir-là, on a le choix entre la caille rôtie au genièvre et au miel de sarrasin, le filet de flétan au goémon et le magret de canard poêlé aux canneberges. En entrée, un potage au potiron et une excellente crème renversée pour le dessert. Quant au vin, à chacun de l’apporter.

     

    Un séjour indéniablement voué à la contemplation et à la gastronomie.

     

    L’île aux Lièvres

     

    Après avoir parcouru dans tous les sens les îles du Pot-à-l’eau-de-vie, photographié les algues, les champignons, les cormorans et les goélands, le ciel étoilé au-dessus du phare et le lever du soleil sur le fleuve, cap sur l’île aux Lièvres, la voisine d’à côté, pour deux nuitées à l’auberge.

     

    L’île compte une quarantaine de kilomètres de sentiers pédestres dont le niveau, en fonction des distances, varient de facile à très difficile. Et trois types d’hébergement : une charmante auberge de neuf chambres, de jolies maisonnettes et des sites de camping rustique.

     

    Comme sur les îles du Pot, ce n’est qu’une fois terminée la nidification des oiseaux que le visiteur peut explorer l’île dans sa totalité. Donc, pour certains tronçons, après les premiers jours de juillet. Et interdit d’y faire du vélo ou du kayak de mer à partir et autour de l’île.

     

    S’il n’y avait qu’une balade à faire, celle du Sentier de la mer qui longe la plage côté nord du fleuve jusqu’à la Pointe Est, avec retour sur le sentier De la mer Sud, en vaut le coup.

     

    L’important est d’arriver au Bout d’en Bas à marée basse pour observer la colonie de phoques gris se prélasser au soleil. Son hurlement de loup s’entend à des kilomètres. Il n’est pas rare non plus qu’un rorqual, un béluga, un cachalot ou un dauphin accompagne le visiteur dans sa randonnée.

     

    Lunettes d’approche et appareil photo : des impératifs !

    Le phare des îles du Pot-à-l’eau-de-vie Les phoques adorent se prélasser sur les rochers. Ils sont des centaines à prendre la pose pour les curieux de passage. Un cormoran à aigrettes Un moment de méditation sur l’île aux Lièvres Les falaises des îles du Pot-à-l’eau-de-vie où niche une belle variété d’oiseaux. La gastronomie du phare












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