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    Livre - Têtus au Tibet

    22 juin 2013 |Carolyne Parent | Voyage
    Au départ de Pékin, le rapide T-27 rejoint Lhassa, la capitale du Tibet, en 46 heures. Éric Meyer, journaliste et écrivain français spécialiste de la Chine où il vit depuis 1987, aura mis, lui, plus de deux décennies pour l’atteindre. Après maintes tentatives d’obtention d’un permis de séjour, il recevra enfin le feu vert des autorités en 2008, quelques mois après les émeu tes du mois de mars à Lhassa. Étrange… Y aurait-il canard laqué sous roche?

    L’auteur préféra croire à un « miracle ». Et voilà donc le correspondant, sa compagne, le photographe Laurent Zylberman et un « intellectuel chinois francophile » à bord du train qui les emmène au pays d’en haut. Ils y séjourneront du 20 septembre au 4 octobre 2008, et ce sont ces 14 jours qui nous sont racontés dans Tibet, dernier cri (l’Aube).


    Le dernier cri en question renvoie aux deux avenirs possibles pour le Toit du monde : « Soit l’agonie d’une culture tibétaine étouffée, soit la renaissance à travers le syncrétisme des deux civilisations qui ferait de la région le phare du monde de la foi et de l’art de vivre, et, sans doute, une destination “dernier cri”! » Tenant autant du journal de voyage que du compte rendu d’un parcours de combattants, le récit est palpitant. Parce qu’il n’y eut point de miracle, finalement…


    Constamment encadré, le quatuor réalise rapidement qu’il pourra visiter tous les monastères qu’il voudra, mais point de lieux dits « stratégiques », usines ou fermes d’État, tel que demandé. Et « pour éviter que nous en sachions trop sur notre propre périple, le Waiban [Bureau des Affaires étrangères de Lhassa] ne nous offre pas de copies de notre programme». Dès lors s’a morce une partie de cache-cache avec les guides.


    Cela dit, M. Meyer ne s’est pas rendu au Tibet pour dénoncer quoi que ce soit, mais bien pour voir, comprendre et témoigner, ce qu’il fait avec humour et humanité. Il explique l’acculturation des Tibétains, qui comptent en mandarin parce que l’argent est chinois; les préjugés dont ils sont victimes aux mains des employeurs hans, qui ne leur con fient aucun poste de responsabilité; le désarroi des fonctionnaires hans, qui voient comme une punition leur affectation dans cette sino-« Sibérie »; et le sentiment de renier les leurs qui habite les jeunes Tibétains travaillant pour « l’ennemi ».


    L’auteur raconte aussi la beauté des paysages et les innovations agricoles qui mettent le pergélisol en péril; la jeunesse tenue en laisse et les « filles à soldats » (qu’il ne trouvera pas!); l’héroïsme des lamas, dissidents de toujours, et la force tranquille de Michael, un Montréalais, directeur de Braille Without Borders qui forme de jeunes aveugles à divers métiers. Bref, ses mots, tout comme les images de M. Zylberman, éclairent un coin du monde oublié.


    De retour à Pékin, l’auteur s’engagea à faire publier son livre. Refusé par trois éditeurs européens, le manuscrit fut présenté à Kickstarter, une entreprise américaine de micromécénat. La réponse: plus de 200 amis et purs inconnus contribuèrent au financement de sa publication simultanée en français, en anglais et en castillan, en janvier dernier. Voilà qui explique certainement la sobriété de l’ouvrage, notamment des photos en noir et blanc; l’important, ce n’est pas le rose, mais le propos.


     

    Collaboratrice













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