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    Tourisme Grand Nord - Terre et mer, du Groënland au Nunavut

    4 mai 2013 |Isabelle Chagnon | Voyage
    Le Grand Nord, une pépinière d’icebergs.
    Photo: Isabelle Chagnon Le Grand Nord, une pépinière d’icebergs.

    Kangerlussuaq à Resolute Bay à bord du Clipper Adventurer — Il était mort quelques mois plus tôt et sa dernière volonté demandait qu’on répande ses cendres là où il avait vécu les plus beaux moments de sa vie : en Arctique. Sa famille n’avait jamais visité cette région nordique mais son épouse, ses enfants et ses petits-enfants n’ont pas hésité à entreprendre les démarches pour effectuer le dernier voyage de leur homme. Il avait oeuvré toute sa vie sur les bateaux, les mers du Grand Nord ont été pour lui un important lieu de travail. Et une région l’avait profondément marqué, pour sa beauté et sa pureté : l’archipel du Nunavut.


    Les membres de la famille K ont cherché qui pourrait bien les emmener là-bas et, du même coup, leur faire découvrir ce qui avait tant ému leur homme. C’est durant une croisière-expédition combinant le Groënland et le Nunavut, organisée par Adventure Canada, un voyagiste basé à Toronto, que j’ai rencontré cette famille.


    Ils étaient neuf, sur trois générations. « Demain, nous y laisserons l’homme de notre vie, et chaque jour passé ici nous fait pleinement comprendre l’impact puissant que le Grand Nord a eu sur lui », confie la veuve, les épaules courbées par les années et les émotions.


    Nous sommes donc la veille du jour J, au nord du 72e parallèle, au large de l’île Devon, cet énorme plateau du Nunavut. Notre voyage de 11 jours à bord du Clipper Adventurer (rebaptisé Sea Adventurer depuis), d’une capacité de 118 passagers et 84 membres d’équipage, avait commencé au Groenland, à Kangerlussuaq, neuf jours plus tôt…


    À la sortie de l’avion, dès nos premiers pas à Kangerlussuaq (qui veut dire « le grand fjord »), au sud-ouest de ce roc surdimensionné qu’est le Groënland, nous avions encaissé un grand coup.


    Ici, le vent gifle le mot de bienvenue, les ravages des hommes sont absents, les arbres sont invisibles, la pierre se fait tatouer de lichen, des peaux de caribou et des têtes de boeuf musqué ornent les maisons… et les chiens huskies ont une haleine de poisson !


    Kangerlussuaq compte une poignée de résidences et un musée de l’aviation militaire (les États-Unis y ont construit une base durant la Deuxième Guerre mondiale en raison de sa position stratégique par rapport à l’Europe), et c’est au détaillant d’articles de chasse et de pêche qu’on dénichera les trouvailles les plus authentiques du Grand Nord : bijoux en peau de pho que, vestes en cuir de caribou, lunettes de soleil autochtones (l’ouverture n’est qu’une fine ligne à l’horizontale), fourrures à coudre chez soi, plats en os de baleine, instruments de cuisine des peuples du Nord (dont le célèbre ulu, ce couteau utilisé exclusivement par les fem mes inuites).


    À la fin de l’après-midi, notre bateau nous attendait au large. Depuis la berge, les zodiacs nous y ont emmenés à coups de 10 passagers et le personnel de bord nous a accueillis avec dynamisme.


    Dès le dernier zodiac remonté, nous avons quitté Kangerlussuaq, en route pour longer la côte ouest du Groenland en direction nord.


    Notre escale du jour 2, à Itilleq (qui veut dire « le creux », 87 habitants, dont 9 enfants), nous a plongés dans l’exotisme groënlandais : maisons de bois construites sur du roc, carcasses de mammifères sur la berge (phoque, bois de caribou, tête de renard arctique), toundra spongieuse sous nos pas. Nous avons passé l’après-midi à parcourir les sentiers qui contournent les maisons et le grand cimetière, puis l’équipage y a organisé un match de soccer avec la communauté. Quant à moi, une promenade m’a fait découvrir qu’au pays des autochtones, les agenouilloirs des églises sont parfois recouverts de peau de phoque…


    Le lendemain, nous avons pénétré dans Disko Bay, au matin, puis accosté au port de notre escale du jour, Ilulissat (qui veut dire « icebergs », 4000 habitants et 6000 chiens de traîneau !).


    Le port d’Ilulissat fourmille d’activité (la pêche aux crevettes y est une grosse industrie) ; les cafés et boutiques de vêtements de fourrure sont pluriels. Les maisons éclaboussent du rouge, jaune, bleu et vert, et le fjord, qu’on découvre après une balade de trois kilomètres vers l’autre côté de la colline, nous a littéralement jetés par terre : sur toute la ligne d’horizon, ce bras de mer de 56 kilomètres est chargé d’icebergs qui se sont détachés du glacier le plus productif de l’hémisphère nord (il avance de sept kilomètres par année et 20 millions de tonnes de glace s’y détachent chaque jour !).


    Le visuel est saisissant. Du coin de l’oeil, nous apercevons la famille K s’effondrer d’admiration devant ce site de… l’UNESCO. Son Patrimoine mondial protège aussi l’éphémère flottant et fondant…


    À la fin de l’après-midi, nous avons salué Ilulissat, regagné le bateau et poursuivi notre voyage vers le Nunavut. Ce soir-là, nos adieux au Groënland ont été versés à la lumière du feu ; ici, en juillet, le soleil refuse d’aller se coucher et colore parfois le paysage d’orangé, comme cette fois.

     

    Le Nunavut


    Durant notre traversée de 27 heures du détroit de Davis, du jour 3 au jour 4, nous sommes entrés au Canada. Nous avons ensuite longé la côte Est de l’île de Baffin, la plus grande du Nunavut, en direction nord. Le temps était doux (- 4 à + 6 °C durant notre voyage), l’air vivifiant. Les blancs (neige et glace) caressaient les bleus (ciel et mer) et les gris et noirs (rochers), des glaciers glissaient sur les falaises jusqu’à la mer et… « Ours polaire sur iceberg tabulaire droit devant ! » La voix du capitaine a eu l’effet d’une décharge électrique. L’équipage, constitué aussi de spécialistes des mammifères et des oiseaux marins, d’archéologie, de plantes nordiques et de coutumes autochtones, reste sur le qui-vive en tout temps pour signaler ce qui nous échappe parfois.


    Tous les passagers se sont empressés sur les ponts avant et juste là, devant nous, sur un iceberg plat géant (cinq kilomètres sur huit), se trouvait un ours polaire qui lunchait avec appétit ! Le capitaine a laissé son bateau dériver à la même vitesse que l’iceberg pour nous permettre d’admirer la scène plus longtemps. En solitaire, le roi du Grand Nord se sustentait des dernières bouchées de sa proie avant de poursuivre sa balade sur le gros bloc de glace flottant.


    Le lendemain, une escale à Clyde River (ancien port de traite) était au programme. Sans succès : comme nous arrivions du Groënland, donc du Danemark, les autorités canadiennes devaient nous dédouaner. Mais leurs représentants, venus d’Ottawa par avion, n’avaient pu atterrir à Clyde River par manque de visibilité.


    Nous avons donc poursuivi notre route vers le nord avec la grogne de certains passagers, qui ont rédigé une lettre de blâme aux autorités canadiennes, dénonçant les milliers de dollars dépensés pour rien puisque des Inuits représentants de l’Ordre du Canada, qui se trouvaient déjà à Clyde River, auraient pu faire le même travail. Visiblement, le statut autochtone a encore des ratés.


    Mais la journée s’est clôturée par un acte royal. En soirée, nous avons mouillé à Scott Inlet pour une balade en zodiac. Ici, pas de hameau. Mais des falaises, des cascades, des icebergs, des glaciers et des pics rocheux caressés par les nuages qui nous ont servi le tableau le plus magistral du voyage.


    Au matin de notre jour 6, débarquement à Pond Inlet (qui veut dire « l’endroit où Mitima est inhumé », 1200 habitants) pour la journée. La communauté nous attendait. Le centre culturel nous avait préparé un spectacle de chants de gorge et d’adresses sportives et artistiques inuites ; quelques enfants, déjà sur la berge au moment de notre arrivée, avaient revêtu leur amauti (parka inuit) en peau de phoque et chaussé leurs mocassins.


    Tandis que les mères ordonnaient à leurs enfants de regarder par-ci, par-là en direction des caméras, je me suis agenouillée sur le sable pour photographier un des huskies attachés tout près des chaloupes de pêcheurs… et j’ai eu la réprimande de ma vie de la part d’un Inuit, qui m’a sommée de cesser mon activité. À Pond Inlet, on pavane les enfants comme des jeux de société, mais oubliez les chiens pour vos photos !


    Après notre journée à Pond Inlet, nous avons regagné le bateau et mis le cap vers le nord-ouest pour contourner l’île Bylot et nous diriger vers l’île Devon, en direction ouest.


    Le lendemain, Dundas Harbour (île Devon) était à l’agenda. Ici, nous devions fouler le sol pour visiter des vestiges d’habitations de gardiens de l’Arctique canadien, mais nous avons dû changer nos plans. Le repérage prédébarquement de l’équipage a permis de découvrir de l’action à l’horizon. À tribord de la baie, un ours polaire paressait les yeux fermés tandis qu’à une vingtaine de mètres de là, une dizaine d’otaries officiaient le meeting du jour sur un rocher décalé de la berge.


    Les jours suivants ont été dédiés à une balade en zodiac pour caresser des yeux l’immense glacier de Croker Bay et à une visite de Whaler Point - où se trouvent des vestiges archéologiques fascinants de demeures inuites, dont la charpente (pas plus d’un mètre de haut !) était conçue à partir des vertèbres de baleines - et de l’île Prince Leopold, un sanctuaire où quelque 200 000 couples d’oiseaux marins nichent sur les falaises hautes de 220 mètres.

     

    Le jour J


    Le matin du jour 10, la famille K quitte discrètement le bateau en compagnie de quelques membres d’équipage. Le coffret du défunt est déposé dans le zodiac. Les cendres sont sur le point de rejoindre leur destination finale. La mer est miroir, le silence arctique et les icebergs, patients. Le Grand Nord déploie sa splendeur et ce fascinant mélange de mystère et de simplicité. Dans la baie Radstock, où notre bateau a jeté l’ancre la veille au soir, nous admirons la nudité du paysage. Puis un mouvement sous l’eau, à bâbord, celui de deux bélugas qui passaient par là.


    Sans témoins à la ronde, la famille K adresse ses derniers mots d’amour à son homme, puis libère le coffret. L’homme retrouve son paradis. Les amants sont réunis. La famille regagne le bateau et nous continuons notre périple.


    En après-midi, le capitaine nous emmène à Beechey Island, là où la dernière expédition de Sir John Franklin a connu une destinée tragique en 1845. Sur place, monuments, cairns, croix de pierre et vestiges d’équipements d’expédition régalent notre curiosité, même si l’histoire n’a jamais révélé la véritable fin de Franklin. Nous regagnons le Clipper Adventurer dans le brouillard. L’Arctique nous signale qu’il tient à garder ses mystères…


    Demain, nous terminerons notre périple non loin de là, à Resolute Bay, où l’avion nous attendra.


    ***
     

    En vrac


    Langued’usage principale à bord: l’anglais.


    Condition physique: seulement pouvoir embarquer dans un zodiac.


    Tous les jours, des conférences sont offertes par des spécialistes : géologie de l’Arctique, mammifères du Nord, ornithologie, archéologie, histoire, art inuit…


    Nourriture: on mange de la viande, du poisson et des mets végétariens. Service aux tables, fraîcheur au rendez-vous.


    Saison des expéditions en Arctique: de juin à septembre.


    Adventure Canada nolise le bateau et l’avion. Les itinéraires de vols peuvent varier : de ou vers Toronto ou Ottawa.


     

    Collaboration spéciale

    ***

    Ce texte a été modifié après publication.

    Le Grand Nord, une pépinière d’icebergs. À Itilleq (qui veut dire «le creux»), au Groënland. À Scott Inlet, au Nunavut. Une tête de boeuf musqué, objet déco du Nord. Des traîneaux inuits.












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