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    Croisière Bangkok-Singapour - Sous les étoiles d’Asie à bord d’un six-étoiles

    1 décembre 2012 |Gary Lawrence | Voyage
    Un bouddha couché à Nha Trang, station balnéaire du Vietnam.
    Photo: Gary Lawrence Un bouddha couché à Nha Trang, station balnéaire du Vietnam.

    À bord du Silver Shadow — Dur dur de quitter sa cabine quand on peut y vivre en autarcie tellement elle est agréable autant que fonctionnelle. Heureusement, l’ensemble du Silver Shadow mérite également d’être investi et habité : ce paquebot n’est pas que beau et il demeure aussi chic que propice à une expérience haut de gamme en tous points. Compte rendu et banc d’essai d’un séjour en mer, de Bangkok à Singapour.


    - Toc toc toc ! Bonjour monsieur, tout va bien ?


    - Euh… oui, pourquoi ?


    - Vous ne m’avez pas sonné depuis hier, alors je me demandais s’il ne vous était pas arrivé quelque chose…


    Brave Saji. Majordome attitré à bord du Silver Shadow, prestigieux navire de croisières de la compagnie italienne Silversea, il est disponible dès potron-minet jusque par-delà le crépuscule. Mais on dirait que ça ne lui suffit pas d’être aussi bienveillant et disposé. Alors il est venu cogner à la porte de ma suite.


    Dès le premier jour, Saji y a lui-même défait mes valises et tout rangé dans l’immense penderie, avant de me demander lequel des neuf types d’oreillers offerts siérait à mes lobes.


    Puis, il s’est enquis de mes besoins quotidiens pour garnir mon minibar : San Pellegrino, thé oolong et recharges pour ma macchina espresso, plaît-il. Ah ! Et aussi deux ou trois bouteilles de champagne - du vrai, pas du jaja à bulles. C’est que ça se siffle vite, ces pétulants crus-là. Le tout sans gonfler davantage la facture : avec cette compagnie de croisières six-étoiles autoproclamées, on navigue en mode tout-inclus, repas délectables, coups de gnôle et service de majordome compris.


    Mais, justement, voilà que ledit majordome se tourne aujourd’hui les pouces, ceux-là mêmes qui sont enfouis dans des gants blancs - comme si sa queue-de-pie ne faisait pas déjà assez chic. Serais-je à ce point devenu antisocial à force de me cloîtrer dans mes quartiers ?

     

    Communier avec la mer


    Vrai que depuis deux jours, nous croisons en mer de Chine méridionale sans toucher ni voir terre. Vrai que pendant tout ce temps, j’ai peu ou prou bougé de ma suite. Pourquoi le ferais-je ? Ce n’est pas une suite, c’est un véritable appartement avec espaces salon et salle à manger, lit queen, bain tourbillon, et surtout une immense véranda en teck flanquée de deux portes patio, où je potasse à ma guise des ouvrages sur le Cambodge, la Thaïlande, le Vietnam et Singapour. Le tout en reluquant le Grand Bleu et en me laissant bercer par la ballade de la mer salée que la coque entonne quand elle fait blanchir d’écume les flots.


    Je peux même me sustenter à satiété sans mettre les pieds à l’un des quatre restos du navire, en demandant à Saji de servir à ma chambre certains des mets proposés à La Terrazza, le restaurant de fine gastronomie italienne slow food du navire, ou à The Restaurant, où la carte suit les us et coutumes alimentaires du continent où navigue le navire - sébaste mangue et curcuma, poulet korma, sole tempura, anguilles glacées au gingembre et au soya, ou cette paella fusion parfumée à la citronnelle.


    Bref, j’ai tout ce dont j’ai besoin pour vivre en autarcie et communier avec la mer sans fréquenter les autres croisiéristes - d’origines multiples et majoritairement du bel âge - si tel est mon désir. À moins de vouloir assister à un spectacle d’Abba, de Broadway ou de Big Band à la grande salle (non merci) ; prendre part à un atelier de yoga ou de cuisine (pourquoi pas) ; participer à une conférence sur les khmers rouges (pour sûr) ; admirer les oeuvres de Miró, Chagall et Picasso en vente à bord (que oui) ; ou tâter la bonne chère du restaurant Le Champagne, le seul au monde à présenter une carte concoctée par de grands toqués des Relais Châteaux (poser la question, c’est y répondre). Pas pour rien que le port du veston (parfois cravaté) est souvent de mise à bord, le soir.

     

    À terre


    Bien sûr, je suis sorti de mon antre lors de l’escale à Koh Samui, splendide petite île du golfe de Thaïlande hélas livrée corps et biens aux affres du tourisme de masse, mais où je me suis baladé à dos de pachyderme - une expérience en soi - avant d’assister à un match de soccer homme contre éléphant : on n’arrête pas le progrès.


    J’ai également quitté ma tanière lorsque le Silver Shadow s’est amarré à Sihanoukville, mignard petit port cambodgien d’où l’on peut accéder au parc national Ream, à quelque ravissant temple khmer et aux rares plages qui n’ont pas encore été réquisitionnées par des hôtels, ce qui permet de fraterniser avec des autochtones hyper sympas et souriants… malgré la paupérisation qui prévaut presque partout.


    Mais à Cu Chi, au Vietnam, l’envie de me terrer m’a de nouveau repris, en investissant ce qu’il reste de ce fascinant réseau de tunnels aménagés par le Viêt-cong pour combattre d’abord la France, ensuite les États-Honnis, prouvant que David peut encore venir à bout de Goliath s’il est ingénieux et persévérant.


    Quant à Hô Chi Minh-Ville, je l’ai peu ou prou reconnue depuis mon dernier passage sept ans auparavant, maintenant qu’elle a embrassé à bouche-que-veux-tu l’économie de marché. Des tours modernes y ont poussé comme du chiendent et plusieurs bars et restos s’y sont occidentalisés, à travers les reliques d’une Indochine qu’on sent encore émaner, dans les anciens quartiers coloniaux et entre les troublantes parcelles d’histoire de cette cité palpitante à arpenter, où l’on ne peut jamais être seul tellement elle fourmille et grouille d’activité. Tout le contraire du Silver Shadow, en quelque sorte.


    De retour à bord, je réalise que, contrairement à certains mastodontes surpeuplés des mers, ce paquebot de 385 passagers a su garder des dimensions humaines à maints égards. Rarement y subit-on la promiscuité : au resto, on n’est jamais contraint de partager une table faute d’espace ; ailleurs, il se trouve toujours un endroit où règnent paix et quiétude… à moins qu’un serveur distingué insiste pour remplacer votre serviette à la piscine ou remplir une énième fois votre assiette de mignardises.


    Parfois, je passe trois jours sans recroiser ce couple de Mexicains avec qui j’ai fraternisé aux pieds du Wat Phra Yai, le bouddha de 11 mètres qui trône au sommet d’une butte de Koh Samui, ou cet avocat napolitain retraité à qui Hô Chi Minh-Ville rappelle Naples (« Y a plein de scooters sur les trottoirs ! »). Idem pour ce jeune couple gai surpris en train de croquer allègrement (avec un appareil photo, s’entend) les formes phalliques des tours Cham de Nha Trang, sympathique station balnéaire du Vietnam, flanquée de la plus longue plage au pays.

     

    Siffler un thé au gingembre


    Dès les premiers jours, je prends l’habitude d’aller siffler un thé au gingembre, de tôt matin, à l’Observation Lounge du dixième pont. Depuis cette grande pièce fenêtrée trônant en proue et traversée par les lueurs de l’aube, je suis aux premières loges pour zieuter les méandres du Chayo Phraya et ses bringuebalantes maisons sur pilotis et constater à quel point l’emprise de Bangkok est immense sur ses jungles environnantes.


    À l’approche de Hô Chi Minh-Ville, je toise aussi de près quantité de paires d’yeux que les Vietnamiens peignent sur leurs bateaux, histoire de voir venir le danger.


    Une autre fois, j’ai bien cru avoir trop forcé sur la grappa et les martinis, la veille, quand j’ai vu la côte vietnamienne se prendre pour celle d’Écosse, près de Nha Trang : tandis que pesaient de lourds nuages noirs, les falaises déchiquetées essuyaient un grain frais et tonifiant - une trêve plus que bienvenue car elle bousculait l’étuve ambiante des derniers jours.


    Quant au dernier droit de cette croisière, il m’a rappelé à quel point le port de Singapour est l’un des plus achalandés au monde : déjà, la veille de l’arrivée, des dizaines de cargos allaient et venaient sur ces véritables autoroutes liquides convergeant vers la proprette et conservatrice cité-État… qui s’est quelque peu dégourdie ces dernières années. En attendant de m’en assurer, la fin du périple approche et je dois maintenant m’astreindre à ramasser mes pénates.


    - Toc toc toc ! Bonsoir monsieur, vous voulez que je fasse votre valise ? Nous arrivons demain…


    - Euh… Merci Saji, mais je ne voudrais pas te voir convulser d’asphyxie en manipulant mes fringues chargées de sueur. Par contre, s’il te reste une bouteille de champagne derrière les fagots de ta cale, je ne dis pas non. J’ai bien envie, une dernière fois, de profiter de mes quartiers et de trinquer avec la mer ; après tout, c’est avec elle que j’ai passé le plus clair de mon temps ces dix derniers jours.

    ***

     

    Excursions encadrées ou pas?


    La croisière Bangkok-Singapour à bord du Silver Shadow s’étend sur neuf nuits. Son itinéraire convient surtout à qui ne connaît pas ou peu l’Asie du Sud-Est et il est fortement recommandé de prévoir quelques jours additionnels, avant et après la croisière, pour découvrir plus à fond ses points de départ et d’arrivée. Comme dans tout périple du genre, on grappille un peu de ceci et un peu de cela, à chaque escale, mais on entre rarement en profondeur dans l’âme et le quotidien des lieux visités en coup de vent.


    Un bon guide peut cependant faire la différence entre une incursion sympathique et une visite enrichissante ou divertissante : hormis celui de Koh Samui, taciturne comme une carpe aphone, tous les guides rencontrés lors de cette croisière étaient parfois rigolos, toujours instruits, souvent engagés. Deux excursions sur cinq étaient passionnantes, deux autres intéressantes mais partiellement décevantes, une autre mi-rigolote, mi-décevante. Comme dans la plupart des croisières, ces excursions sont facturées en sus, mais à chaque escale, un service gratuit de navette, offert aux 30 minutes, permet de gagner le coeur de l’action sans coût férir et en toute liberté… ou en faisant appel à un forfaitiste local.


    ***
     

    En vrac


    Fondée il y a 20 ans, la compagnie Silversea compte cinq paquebots de 296 à 540 passagers, de même qu’un sixième navire dédié aux expéditions, le Silver Explorer, qui peut accueillir 130 croisiéristes. En septembre prochain, un navire de 100 passagers, le Silver Galapagos, entrera également en service.

     

    Dans le meilleur des cas, on doit compter environ 2500 $ par personne par semaine, en occupation double - avion en sus -, pour croiser sur un navire de Silversea (dans les Caraïbes, en l’espèce). La présente croisière Bangkok-Singapour se détaille quant à elle 5000 $ par personne, avion en sus, alors que celle qu’effectue le Silver Whisper en 115 jours autour du monde coûte… 153 000 $ dans la meilleure des suites. Une seconde hypothèque avec ça ?

     

    Chaque navire de Silversea dispose de plusieurs catégories de suites. Sur le Silver Shadow, rénové en 2010, elles vont de 27 à 133 mètres carrés ; celle visée par cet article, une Silver Suite, couvre 65 mètres carrés. Peu importe la catégorie, le prix de chaque suite comprend l’accès à un majordome, tous les repas, une sélection de boissons alcoolisées et les pourboires. Seuls les traitements au spa, l’accès Internet (très lent et très coûteux) ainsi que les grands crus sont facturés en supplément.

     

    Hébergement précroisière. À Bangkok, le somptueux hôtel St. Regis dresse sa noire façade devant l’écrin vert du Sports Club, dans un quartier en plein essor truffé de restos, de bars et de boutiques. Les chambres sont magnifiques, le service est hyperamical et ultra-attentionné, le petit dej' est copieux et savoureux à souhait et l'hôtel est directement relié au réseau du SkyTrain, le train aérien flambant neuf qui sillonne la ville et la relie à l'aéroport. Info: www.stregis.com/bangkok
     

    Guides. Lonely Planet publie de petits guides urbains éclairés sur Singapour et Bangkok, dans la collection « En quelques jours », de même que des ouvrages très complets sur le Cambodge et le Vietnam, tous en français. Singapour se visite aussi fort bien avec un guide Cartoville qui segmente la ville secteur par secteur avec des cartes dépliables fort pratiques.

     

    À lire bientôt en ces pages: des articles plus étoffés sur certaines escales mentionnées ici - Hô Chi Minh-Ville, les tunnels de Cu Chi, Nha Trang et Singapour, entre autres destinations.

     

    Consulter le blogue «Voyage» de L’actualité pour un complément en photos.
     

     

    L’auteur était l’invité des croisières Silversea.


    Collaborateur

    Un bouddha couché à Nha Trang, station balnéaire du Vietnam. La véranda d’une Silver Suite sur le navire Silver Shadow. Des moines à Wat Battrang, au Cambodge. Des écoliers cambodgiens. Saji, majordome à bord du Silver Shadow. Un bateau maraîcher sur le fleuve Saïgon. Une balade à dos d’éléphant à Koh Samui, petite île du golfe de Thaïlande.












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