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    Québec par la plume de ses auteurs

    La Promenade des écrivains explore tout l'été le patrimoine littéraire de la capitale

    Le cap Diamant, ce «Gibraltar d’Amérique», tel que l’a décrit Charles Dickens, a inspiré de nombreux auteurs.<br />
    Photo: Émilie Folie-Boivin Le cap Diamant, ce «Gibraltar d’Amérique», tel que l’a décrit Charles Dickens, a inspiré de nombreux auteurs.
    www.promenade-ecrivains.qc.ca
    Paris, New York et Londres possèdent un riche patrimoine littéraire que la ville de Québec n'a rien à leur envier. La Promenade des écrivains revient pour une quatrième année proposer aux marcheurs de voir la capitale sous un jour nouveau à travers les écrits d'Anne Hébert, de Jacques Poulin, d'Albert Camus ou encore de Chrystine Brouillet.

    Ce qu'elle était belle, Québec, samedi dernier. Les bébés golden retrievers gambadaient sur les trottoirs d'une Grande-Allée noircie de piétons. Les rayons du soleil rebondissaient sur les murs des vieilles maisons de pierres et se reflétaient sur le fleuve jusque sur l'île d'Orléans. Les familles mordaient dans la saison des piques-niques sur le cap Diamant qui surplombe la terrasse Dufferin. Un samedi de printemps presque parfait, même si du haut du cap la radio d'un VUS familial hurlait le dernier hit de Usher.

    Marie-Ève Sévigny grimace — mais pas seulement à cause de Usher. «J'essaie toujours de fuir la terrasse Dufferin dans mes parcours, mais c'est impossible», dit la directrice et animatrice de la Promenade des écrivains, une collection de flâneries littéraires qu'elle guide toutes les matinées du week-end jusqu'à l'Halloween. Le bruit typique que fait le bois de la terrasse sous chaque pas a inspiré les auteurs. L'auteur Julien Green évoque des «planches sonores» dans son journal de voyage, Anne Hébert a repris l'expression dans Le Premier Jardin, ainsi que Roger Lemelin dans Au pied de la pente douce. «On a beau être un auteur au talent incroyable, il y a des images si fortes qu'elles ne se réinventent pas», souligne l'ex-enseignante de littérature au cégep.

    Le balcon du Château Frontenac se fond dans le mythe littéraire de Québec, «ces images récurrentes qui se réinventent tout en restant les mêmes, de génération en génération». Baudelaire et Zola ont repris le Paris monstrueux de Balzac, Paul Auster a façonné autour de New York le mythe d'une ville d'errance. Et le mythe de Québec serait...? Marie-Ève se mord la lèvre inférieure, cherchant le mot exact. «Je dirais que c'est l'extase. La surprise de tout y trouver. Québec prend les écrivains à la gorge, et pas seulement les auteurs québécois.»

    Elle cite le maître du fantastique H. P. Lovecraft, qui donne dans le superlatif quand il s'épanche sur «Québec, la ville la plus ancienne, la plus belle, la plus charmante, la plus ensorcelante, la plus pittoresque de l'Amérique du Nord, une mine de trésors inépuisable pour les historiens, les architectes et les amoureux de beauté». Albert Camus n'a pas été moins ému, son passage dans la ville lui ayant laissé une «impression réelle de la beauté et de la vraie grandeur».

    Marie-Ève Sévigny s'arrête au milieu de la rue Sainte-Angèle pour pointer l'horizon. «Tu vois, les montagnes tout au fond, entre les maisons? Hélène Dorion décrit ces rues du Vieux-Québec comme des fenêtres, "des trouées qui ouvrent vers l'infini"». Souffle coupé et silence gêné. Dix ans à habiter Québec et jamais la ville ne m'était ainsi apparue. Il fallait bien la poésie des autres et sept ans d'exil pour redécouvrir ma cité.

    La ville et ses rues Saint-Jean

    La Promenade, que lui a léguée son collègue et auteur Marc Rochette il y a quatre ans, a amené Sévigny à voir sa ville sous un autre angle. «Je dis souvent à mes promeneurs qu'il y a autant de rues Saint-Jean qu'on est de gens, ce matin.» Même chose pour les écrivains: la rue Saint-Jean d'Anne Hébert est une rue disciplinée où la population marche toujours du côté ensoleillé, et elle est une «rivière de bière» dans la poésie de Patrice Desbiens.

    Par leurs oeuvres, les écrivains immortalisent davantage la ville que les vestiges eux-mêmes. À travers la gourmandise de Maud Graham, Chrystine Brouillet fige restaurants et commerces aujourd'hui rayés de la carte, chassés par la hausse des loyers et l'épreuve du temps.

    L'essentiel des romans de Jacques Poulin préserve le Vieux-Québec comme il était avant les condos luxueux. «Mais depuis Les Yeux bleus de Mistassini [2002], le Jack Waterman de Poulin a suivi la population. L'alter ego littéraire de l'auteur habite le quartier Saint-Jean-Baptiste, où il déambule jusque dans Limoilou.»

    Qu'importe la flânerie, les parcours sont riches, très riches, à l'image de Québec, quoi. En digne héritière d'un professeur d'histoire, Sévigny en profite pour dresser la mappemonde du Vieux-Québec dans l'architecture des édifices. Elle montre Édimbourg en passant près d'une maison construite avec les briques servant de lest dans les bateaux écossais, la France dans les mansardes, et, devant la fontaine de Tourny, elle potine sur le lien de parenté qui unit l'architecte du parlement, Eugène-Étienne Taché, à Anne Hébert, sa petite-fille.

    Un partage de connaissances que les «promeneux», ses irréductibles fidèles, lui rendent bien. C'est un lecteur qui lui a refilé le tuyau que Les Accoucheuses d'Anne-Marie Sicotte renferme un passage de nuit de noces à Québec. Elle tenait le filon pour l'ajouter à la balade sur les romans-fleuves. Au total, la Promenade propose huit parcours, dont l'initiatique Québec Ville réelle et fictive. Celui axé sur la Nouvelle-France fait revivre Frontenac et son fameux «Je n'ai point de réponse à lui faire que par la bouche de mes canons», et deux autres sont campés à l'extérieur du Vieux-Québec.

    En juillet, l'animatrice se réfugie près de la rivière Saint-Charles dans une flânerie sur les auteurs de la relève, et en août, elle offre Saint-Roch pour sa tournée sur les polars. Des endroits où la «qualité du silence de Québec» vantée par le poète Pierre Morency retrouve son sens, à l'abri de la frénésie touristique et des Mazda propulsées par les tubes de Katy Perry.

    ***

    Pour faire ses devoirs


    Pas besoin d'avoir lu tout Marie Laberge pour suivre la Promenade des écrivains. En bonne maîtresse d'école, Marie-Ève Sévigny glisse tout de même quelques suggestions de lecture pour les bons élèves.

    - Le Premier Jardin, d'Anne Hébert
    - Au pied de la pente douce, de Roger Lemelin
    - Pays et mensonges, de Luc Bureau
    - Québec, des écrivains dans la ville, collectif
    - Le Coeur de la baleine bleue, Jacques Poulin
    - Le Regard infini, Pierre Morency
    - La Chair disparue, Jean-Jacques Pelletier
    - Sous surveillance, Chrystine Brouillet
    - Docteure Irma, Pauline Gill
    - Les Accoucheuses, d'Anne-Marie Sicotte

    La Promenade des écrivains propose le samedi la balade Romans-fleuves, les sagas de Québec jusqu'au 30 octobre, à 10h30. Chaque mois, le dimanche est rythmé par les mots d'un auteur différent. Ce mois-ci, on flâne sur les écrits de Jacques Poulin. De 10h30 à 12h30, 15 $ par adulte, 10 $ pour les étudiants. Réservation: 418 641-6797 ou www.promenade-ecrivains.qc.ca. Notez qu'il est possible d'organiser des balades pour des groupes.
    Le cap Diamant, ce «Gibraltar d’Amérique», tel que l’a décrit Charles Dickens, a inspiré de nombreux auteurs.<br />
Si l’animatrice Marie-Ève Sévigny préférerait éviter la touristique terrasse Dufferin dans ses parcours, l’arrêt y est inévitable, car son plancher de bois caractéristique a été souligné dans l’œuvre de nombreux écrivains. <br />












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