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    Vancouver aux sommets

    On peut jouer au golf le matin, skier l'après-midi et randonner à bicyclette en fin de journée

    13 février 2010 |Émilie Folie-Boivin | Voyage
    Plusieurs années après la faillite du commerce de détail, en 1993, le Woodward’s a repris vie dans le Downtown Eastside. Ses nouvelles constructions accueillent plusieurs divisions, dont celle-ci, un projet immobilier qui incorpore des logements sociaux. Cet été, les murs orangés de cette tour d’habitation seront recouverts de verdure.
    Photo: Émilie Folie-Boivin Plusieurs années après la faillite du commerce de détail, en 1993, le Woodward’s a repris vie dans le Downtown Eastside. Ses nouvelles constructions accueillent plusieurs divisions, dont celle-ci, un projet immobilier qui incorpore des logements sociaux. Cet été, les murs orangés de cette tour d’habitation seront recouverts de verdure.
    Du haut de ses immenses tours vitrées, la cité de verre se donne des airs de grande. À 125 ans, Vancouver nourrit une vibrante scène gastronomique et est baptisée le Hollywood du Nord par les studios de cinéma de l'autre côté de la frontière. La superficie de son parc Stanley surpasse celle du Central Park de New York. La ville a entre autres enfanté le mouvement locavore 100-Mile Diet, Greenpeace et Lululemon, marque de commerce qui conçoit des vêtements inspirés du yoga et reconnue pour requinquer les fessiers moins rebondis. Sur une parcelle de terre trois fois plus petite que Montréal, Vancouver est en train de gravir les sommets.

    Vancouver — Débarquée depuis trois minutes à l'hôtel, le vieux sac vintage cède sous le poids du portable. Clac. Pas de chance, il faut dénicher un cordonnier.

    Parachutée dans cette ville qui m'est inconnue, je me lance sur la rue Denman, dans le West-End, un genre d'avenue du Mont-Royal encore plus boisée, en me disant qu'il s'y trouve sûrement un endroit dans le coin pour réparer cette foutue courroie. On est à Vancouver, pas à Saint-Hilaire.

    Mais non, pas de réparateur de vieille sacoche. Ç'aurait peut-être été plus simple en Montérégie, après tout. À la place, c'est sur l'immense plage d'English Bay que moi et mon sac avons abouti, le souffle coupé et la mâchoire frôlant le sable doré.

    Sur cette plage à quelques pas de l'ombre des tours du centre-ville défilent des joggeurs, se prélassent des hommes d'affaires à la cravate dénouée ainsi que les plus énormes goélands que j'aie rencontrés, presque gros comme des dindons. Presque. Une impression confirmée par la faune locale, qui, sans surprise, avoue à l'unanimité s'être nichée dans la plus grande ville de Colombie-Britannique surtout pour ses montagnes et beaucoup pour ses plans d'eau.

    «C'est bien connu ici. On peut jouer au golf le matin, skier l'après-midi et partir en randonnée à bicyclette en fin de journée», explique Élyse, fière résidante de Van City, reprenant cette ritournelle bien populaire.

    Pas de peine à le croire, les sommets des montagnes Grouse et Cypress, situés à une quinzaine de minutes en voiture, hypnotisent le skieur encore endormi lorsqu'il tire les rideaux de sa chambre d'hôtel.

    Mais celui qui préfère capturer l'essence des pics montagneux sur pellicule numérique plutôt que de les dévaler, il fait quoi? Il s'emmerde à regarder les coureurs s'époumoner, le Labrador à leurs trousses en plein coeur du centre-ville, comme si la métropole était un parc géant?

    À Vancouver, le féru d'architecture ancestrale restera sur sa faim au milieu de cette jeune ville encore en fleur. Ici, pas d'acropole ou de châteaux à tourelles, mais la grande métropole a un passé riche (mais pas toujours rose) et une scène culturelle bien garnie, assez pour nous faire oublier son jeune âge.

    De plus, elle est assez petite pour s'offrir une sacrée promenade de santé si on choisit de la marcher. Suffit de bien se chausser. Surtout si on passe par Gastown, l'entité fondatrice de la ville portuaire. Ses rues pavées relèvent du défi si on choisit de se pavaner en talons aiguilles. Quoiqu'ainsi chaussée, on ne détonne pas trop dans ce district sacré patrimoine historique en 1971, les boutiques huppées de designers du meuble et de la garde-robe s'étant approprié les anciens entrepôts ces dernières années.

    On croisera sur la route aussi l'horloge à vapeur, l'un des éléments du panorama sonore de Vancouver, qui, aux 15 minutes, évacue la pression sur quelques notes d'une mélodie. Mignon, entre les commerces touristiques et les nombreux cafés.

    Ville de verre

    Gastown n'a donc rien à voir avec ce qu'elle était en 1867, quand Gassy Jack Deighton a accosté à cet endroit avec sa chaloupe et son baril de whisky. Comme les ouvriers qui habitaient le coin se tournaient les pouces, il leur a proposé de leur servir à boire s'ils lui construisaient un bar. Ces paroles ont été bues illico et le jour même, on servait son débit à Gassy Jack.

    Gastown est ainsi née autour d'une histoire de boisson. D'ailleurs, ce territoire s'insère dans le tristement célèbre Downtown Eastside, un quartier miné par la toxicomanie et la prostitution. Un endroit que les offices de tourisme préfèrent cacher aux visiteurs.

    On a beau tenter de détourner les autocars de ce chaud pâté de taudis — comme l'a expérimenté en 2003 la délégation du Comité international olympique qui allait décider si la ville canadienne accueillerait les Jeux d'hiver,— le visiteur qui déambule ne pourra faire autrement que d'être confronté à la misère de ce quartier.

    Dès qu'on y entre, on sait qu'on est dans le Downtown Eastside. Entre les ruelles glauques, montées de lignes électriques typiques en bois, prisées par Hollywood, les habitants roulent un peu de verdure entre leurs doigts. Au son du roulis des chariots d'épicerie servant à transporter leur vie, les âmes errent sur cette partie de la rue Hastings, vendant sous une pharmacie close à la bannière crasseuse quelques biens qui leur permettront de s'acheter un peu d'évasion. J'y suis débarquée par hasard, en voyageuse solitaire, à la lueur du jour. Jamais je n'ai craint pour ma vie, mais pour celle de ses résidants, oui. C'est là qu'on voit que Vancouver, avec ses 600 000 habitants, a un problème de grande ville, qu'elle tente de contenir tant bien que mal à coups de projets sociaux.

    Pourtant, c'est un endroit qu'il faut visiter, car dans cette arrière-scène, le grand Downtown attire les artistes, les projets immobiliers et la toute nouvelle antenne d'art contemporain de l'unité Simon Fraser, dans l'édifice restauré du Woodward's qui reçoit déjà ses premières expositions. En novembre, les créateurs ouvrent les portes au public pendant trois jours, dans le cadre du très estimé — et très populaire — festival d'arts visuels Eastside Culture Crawl.

    Le Downtown Eastside est aussi la terre d'accueil des tables les plus courues de la métropole. Cinq grands restaurants devraient y ouvrir leurs portes cette année, comme l'a fait avant eux le Salt Tasting Room en 2006, niché dans l'obscure ruelle de Bloody Alley. Misant sur les produits du terroir canadien, on y offre des combinaisons de fromages (lors de ma visite, le Charlevoix était à l'ardoise!), de charcuteries et de vins à en perdre son français, et l'anglais aussi avec un peu de bon rouge. Un pur délice de table qui cumule les honneurs depuis son ouverture, dont ceux du magazine enRoute qui l'a nommé troisième meilleure table canadienne en 2007.

    Ça joue du coude sur la carte gastronomique de Vancouver. Les restaurants champignonnent et la viande rouge revient en force au sein de ce paradis du fruit de mer où le saumon sauvage, d'un vibrant orangé, règne en maître.

    Si les oiseaux de nuit se couchent tôt à Vancouver, ils prolongent plutôt les soirées autour de bons plats, qu'ils se paient ou qu'ils concoctent eux-mêmes grâce aux fins produits dénichés sur Commercial Drive à prix plus abordables que ce qu'offre l'archipopulaire île Granville, où les «locaux» viennent en pèlerinage les week-ends. Mais elle vaut le détour, cette propriété fédérale, car là se cachent les marchands locaux et les fines boutiques de designers (oui, encore, ils sont partout). Chez Oyama, on déniche les plus savoureuses charcuteries et des pâtés de foie de volaille, une denrée rare dans la ville. Les foodies qui décident de nourrir leur expérience de Granville voudront essayer l'un des nombreux tours de ville gourmands proposés par Edible British Columbia.

    Pour ceux qui préfèrent ne pas vider leur portefeuille dans ce joyau commercial, je suggère un coup d'oeil du côté du village flottant collé sur Granville, un minuscule lot de maisons colorées qui a pied... à mer. C'est «scèneux», faut se l'avouer, car les maisonnettes à l'architecture irrégulière possèdent une généreuse fenestration qui permet d'observer jusqu'à la douillette d'un lit superposé. Pris en flagrant délit, il suffit de faire semblant d'observer au loin le centre-ville et ses tours givrées, en se donnant cet air cool et relaxe typique à la plus grande des petites métropoles.

    Ou, tiens, se surprendre de la taille des goélands qui traînaillent sur le quai. À moins de s'être déjà extasié devant eux sur la plage d'English Bay.

    ***

    En vrac

    - Impossible de ne pas glisser un mot sur le deuxième plus imposant Chinatown en dehors de l'Asie, après San Francisco. On s'y dépayse en marchant dans les rues ceinturées d'épiceries vendant tantôt des geckos séchés qui soignent les affections pulmonaires, tantôt des fruits exotiques comme le ramboutan, tout frais. Avec de la chance, on attrapera le thé d'après-midi. Pour une vraie expérience chinoise, les résidants conseillent de visiter Richmond, ville voisine de Vancouver, qu'à adoptée la communauté chinoise. Et comme en Chine, s'y promener est un véritable chaos, avise un Vancouvérois.

    - Vancouver a beau faire partie de l'utopie bilingue canadienne, quand on n'y babille pas le français, notre langue est ensevelie loin, loin dans leur mémoire d'écoliers. Ça vaut le coup de lancer des «Merci!» et des «Bonjour!», car les charmants habitants ne manqueront pas une occasion de vous montrer ce qui subsiste de leur apprentissage.

    - Le Sea Wall, corridor cyclable longeant Stanley Park, est un délice de balade, offrant un panorama sur toutes les facettes de Vancouver. Si le temps le permet, un tour à l'Aquarium de Vancouver vaut le détour. Des bassins sont enclavés de façon à pouvoir y glisser la tête, les étoiles de mer sont sous surveillance par caméra, on peut accélérer la bande vidéo pour constater que malgré la lenteur de leur mouvement, ils bougent réellement. Et surtout, il faut voir les bébés bélugas. Chou comme tout, que l'on soit avec les enfants ou en solo.

    - En matière de nourriture de rue, il faut absolument goûter au japadog, ce hot-dog fusion à la sauce nippone. À cause du fort accent de la jeune préposée, je n'ai rien compris du nom de mon mets fusion, mais chose certaine, il contenait de la sauce teryaki, de la mayonnaise japonaise et des algues. Le reste s'avale d'un trait. Ça fait la queue devant le kiosque, ça coûte un «bras» (plus de 6 $), mais bon sang, comme l'écriteau le promet, c'est l'une des 101 choses à goûter dans sa vie. Sinon la 102e. www.japadog.com.

    - Il existe effectivement des cordonneries à Vancouver...

    ***

    Notre journaliste s'est rendue à Vancouver à l'invitation de la Commission canadienne du tourisme.












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