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    Dans le ventre de Paris

    23 janvier 2010 |Émilie Folie-Boivin | Voyage
    Les expériences de travail des égoutiers, racontées par les guides, réussissent presque à voler la vedette aux 2100 kilomètres de tunnels qui constituent les égouts de la Ville lumière.
    Photo: Émilie Folie-Boivin Les expériences de travail des égoutiers, racontées par les guides, réussissent presque à voler la vedette aux 2100 kilomètres de tunnels qui constituent les égouts de la Ville lumière.
    À quelques pas de la tour Eiffel, Paris ouvre ses égouts aux touristes. Un siècle après la crue historique de janvier 1910, quand la Seine est sortie de son lit pour ensevelir Paris sous plus de huit mètres d'eau, ces artères vitales sont d'actualité. Petite visite des tréfonds de la Ville lumière.

    Dans le sous-sol parisien, il y a du béton mur à mur. Et l'odeur, franchement, n'est pas si mal. «Ça va pour le moment, mais attendez d'arriver près des collecteurs; du coup, vous changerez d'avis!», avertit Thierry, ex-égoutier recyclé en guide. Le groupe de personnes âgées dans lequel je me suis insinuée pour profiter de la visite guidée éclate de rire sans trop y croire.

    C'est le mouchoir sur le nez et le souffle coupé par la mauvaise haleine du palais souterrain qu'elles réaliseront, quelques mètres plus loin, l'ampleur de la mise en garde.

    Les galeries ouvertes au public se cachent sous le pont de l'Alma, tristement célèbre pour être devenu la destination ultime de lady Di. Dans ces entrailles, les collecteurs transigent des litres d'eau pendant que Thierry explique le fonctionnement du réseau, présente les outils servant à curer les canaux tout en truffant le parcours d'anecdotes professionnelles. Les jours de fortes pluies, les égoutiers ferment le «musée» pour travailler, car ces collecteurs ne sont pas une parure, mais un égout bien fonctionnel.

    «Les araignées sont bien réelles, elles aussi, précise Thierry en pointant les kilomètres de toiles au-dessus de nos têtes. Ce n'est pas comme à Disney. Tant qu'elles vivent ici, c'est qu'il n'y a pas de danger de suffoquer.» Super!

    Dans les bas-fonds glauques, si les rats se cachent des visiteurs — on compte un rongeur par Parisien, donc plus de deux millions de cette vermine —, les bestioles à huit pattes n'hésitent pas à quitter leurs toiles pour se faufiler dans nos tignasses. Les risques du métier de touriste. Ce n'est rien quand on sait que l'égoutier, lui, passe sa journée à patauger dans l'eau de pluie et les saloperies et qu'il doit se barder de vaccins pour travailler dans les excréments.


    Travail à la dure

    Ces travailleurs vivent dangereusement; quand ils ne risquent pas leur vie dans les rivières souterraines déchaînées à curer des couloirs remplis de gaz nocifs, ils chutent dans les eaux vaseuses. «Dans le jargon, on appelle ça les bains de cul», raconte le chanceux qui, malgré les chutes, n'a jamais avalé une seule once d'eau souillée.

    Ces expériences de travail à des lieues de nos vies de bureau volent presque la vedette aux 2100 kilomètres de tunnels et à leur histoire. Presque, parce que la seule idée de se retrouver sous terre, dans un endroit interdit d'accès chez soi, vaut la pause historico-culturelle.

    C'est loin d'être nouveau que Paris laisse les visiteurs parcourir son sous-terrain. Le réseau tel qu'on le visite aujourd'hui a été construit en 1850 par Eugène Belgrand: «Un autre Eugène; ils sont prolifiques les Eugène!», s'exclame Thierry, faisant référence à Eugène Poubelle, cet autre inventeur dans le domaine des déchets. Dès 1894, les curieux embarquaient tantôt dans des trolleys, tantôt dans des barques, pour observer de plus près ce que Paris a dans le ventre.

    La motivation des visiteurs à descendre dans les bas-fonds est en partie liée à Victor Hugo et à ses Misérables. Ami d'un inspecteur d'égouts qui lui avait ouvert l'antre de la ville, l'auteur en a couché sur papier des descriptions basées sur des observations très concrètes.

    «L'observateur social doit entrer dans ses ombres. Elles font partie de son laboratoire», écrivait-il. C'est encore mieux quand les ténèbres ne cherchent qu'à être explorées.

    ***

    Notre journaliste s'est rendue à Paris à l'invitation d'Air Transat.












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