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    Douces émotions fortes à Matane

    21 novembre 2009 |Benoît Legault | Voyage
    Matane se visite habituellement l'été, en vitesse, en escale, en étape. D'autant que la ville est le point d'arrivée en Gaspésie des grands traversiers en provenance de Baie-Comeau et de Godbout, sur la Côte-Nord, au bout d'un regard posé au travers du golfe lors d'une journée sans brume.

    L'automne, et surtout l'hiver, Matane et sa région mutent en terrain de jeux format géant pour touristes actifs. Ils font de la motoneige autour de la péninsule gaspésienne, du ski de fond dans la réserve faunique de Matane, entre autres choses liées aux plaisirs typiques de la saison.

    Mais il existe un Matane des contemplatifs, non lié aux activités typiques ou actives. Il faut dire que, il y a quelques années, en janvier, j'y ai vécu une expérience aussi mémorable qu'inattendue. J'avais emprunté le traversier à Baie-Comeau, par moins 20 degrés. L'eau glaciale fumait au contact de l'air comme si elle mijotait. L'épaisse coque du navire frappait les blocs de glace à la dérive comme un policier se fraie un chemin parmi des clochards titubants.

    Après deux heures de ce spectacle si beau que -20 degrés n'étaient pas suffisants pour vouloir retourner au chaud, le port de Matane ouvrait ses bras blancs. En vain, d'abord, car les glaces tenaces empêchaient le solide bateau d'atteindre son but. Par deux fois, le traversier dut faire marche arrière et ensuite s'élancer pour rompre son étau gelé. C'était un délicieux moment d'incertitude et de surprise comme la vie moderne en offre peu, même en voyage aux antipodes.

    Tout n'est pas fermé à Matane l'hiver. Il y a notamment un magasin général devenu musée à Petit-Matane, au bord du fleuve. Un lieu improbable ailleurs et vraiment unique. Imaginez: l'ancien magasin général A. G., fermé sous clé en 1978, avec toutes ses marchandises, dormant tranquillement jusqu'en 2004. Incroyable, personne n'a brisé un seul carreau pour s'emparer de quoi que ce soit!

    La marchandise et les équipements, remontant souvent aux années 1940 et 1950, représentent une formidable machine à remonter le temps. Une machine constituée notamment des «accoutrements» de bûcheron en laine, de bleu à laver et de poudre à danser (on la saupoudrait sur les planchers pour favoriser la glisse des souliers).

    En 2004, la brave Christiane Simard a racheté tout le magasin et en a fait une attraction touristique qui ne s'invente pas. «Vous savez, y a 50 ans, on se promenait encore avec des chevaux ici», a-t-elle dit. L'ancien magasin général est ouvert à l'année et son restaurant sert des plats d'antan aussi...

    Les chevaux ont disparu à Matane. Ce sont plutôt de grandes éoliennes qu'on croise aujourd'hui. Des éoliennes qui changent le paysage, pas seulement scénique mais aussi économique. L'économie régionale va mieux. Et on voit à Matane de beaux espaces, lumineux et certes dignes de lieux prospères, comme le Complexe culturel Joseph-Rouleau (et son exposition permanente de tableaux La Couleur de la Gaspésie); un merveilleux lieu d'art et de culture dont la grande verrière assure des vues imprenables sur la rivière Matane et son compagnon fluvial, monsieur Saint-Laurent.

    ***

    Collaborateur du Devoir












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