Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Le Mur en roue libre

    Sur la voie de la disparition à Berlin

    7 novembre 2009 |Mélanie Marquis - La Presse canadienne, Sophie Renauldon - La Presse canadienne | Voyage
    Fresque signée Pierre-Paul Maillé à l'East Side Gallery, Berlin
    Photo: Adrien Renauldon Fresque signée Pierre-Paul Maillé à l'East Side Gallery, Berlin
    Au lendemain de la chute du mur de Berlin, l'ancien chancelier allemand Willy Brandt avait plaidé en faveur de la préservation d'un «morceau de cette abominable construction comme souvenir d'une monstruosité historique». Si plusieurs pans du Mur sont encore visibles dans la capitale allemande, les quelque 40 kilomètres de béton qui séparaient son centre en deux ont presque disparu. Une piste cyclable en suit maintenant le tracé et permet de découvrir en un week-end ce qui reste d'une division qui a duré près de 30 ans.

    Berlin — Difficile d'imaginer que Potsdamer Platz était un no man's land. Entre 1961 et 1989, les imprudents qui s'aventuraient à proximité du Mur ceinturant la place s'exposaient aux tirs de semonce des garde-frontières de Berlin-Est. Aujourd'hui, c'est la piste cyclable traversant la place qui est devenue un no man's land... pour les piétons. En posant le pied sur la chaussée peinte en rouge, ceux-ci risquent de se faire emboutir par un des nombreux cyclistes qui, désormais, circulent librement d'est en ouest.

    Ainsi, le vélo est le mode de transport idéal pour découvrir Berlin. Deux jours ne suffisent certes pas pour apprécier tout ce que la fébrile capitale allemande possède comme attraits. Toutefois, en y débarquant avec une limite de temps, on peut sillonner l'ancien centre-ville de Berlin-Est à la recherche des vestiges du Mur.

    Jour 1 : d'ouest en est

    Potsdamer Platz, au sud du centre-ville, est le point de départ tout indiqué pour ce parcours. Dominée par le Sony Center, un immense complexe triangulaire de verre et d'acier, la place est un bon exemple de la cohabitation éclectique mais harmonieuse entre les monuments historiques, contemporains et avant-gardistes de Berlin. Pour sortir des dédales de la place, repérez le tracé du Mur au sol. Ces deux lignes de pavé sont souvent plus faciles à suivre que les panneaux de signalisation.

    En se dirigeant vers l'est, on arrive à Niederkirchnerstraße où se trouve l'une des plus longues sections du Mur. Les gigantesques tiges d'acier tordues donnent à la structure bétonnée l'allure d'une carcasse de baleine échouée sur la grève. Couvert de graffitis, le ciment est désormais protégé par un grillage pour avoir été trop longtemps victime de touristes chapardeurs désireux d'emporter un morceau en souvenir.

    Autant le Mur est dépouillé rue Niederkirchnerstraße, autant on a mis le paquet rue Friedrichstraße, à l'ancien poste-frontière Checkpoint Charlie. Les touristes y sont accueillis par trois «soldats» (russe, français et américain) qui se font un plaisir de dépouiller les touristes de quelque cinq euros (8 $CAN) en échange d'une photo et d'un tampon «original» de la République démocratique d'Allemagne (RDA) dans leur passeport.

    Trêve de ces dehors disneyesques, le musée de la Maison du Checkpoint Charlie vaut vraiment le détour. Depuis 1963, la petite bâtisse occupée par des militants ouest-allemands servait à surveiller les activités frontalières. Aujourd'hui, ses minuscules pièces surchauffées retracent l'histoire du Mur et abritent des objets ayant servi lors des différentes tentatives de fuite: voitures trafiquées, aéronefs de fortune, sous-marin artisanal.

    On reste du côté ouest pour se rendre à la prochaine étape: la fameuse East Side Gallery. Pour l'atteindre tout en longeant le Mur, il faudrait zigzaguer dans les ruelles du quartier Kreuzberg, ce qui est ni évident, ni palpitant. Le plus simple est alors de quitter quelques instants le parcours et de prendre la Oranienstraße pour s'imprégner de l'ambiance de ce quartier bigarré, où l'on peut déguster des pâtisseries turques et visiter des ateliers d'artistes.

    Nous traversons ensuite le fleuve en empruntant l'imposant Oberbaumbrücke, un pont au style gothique reliant les quartiers Kreuzberg et Friedrichshain. Avant la construction du Mur en 1961, l'endroit était une véritable braderie. Des commerçants, installés sous les arcades, vendaient aux nombreux piétons venus de l'Est des produits américains convoités comme des gommes à mâcher ou des bas en nylon.

    À gauche, en sortant du pont, se trouve l'East Side Gallery, qui ne ressemble en rien à l'idée qu'on se fait d'une galerie d'art européenne. D'ailleurs, nombreux sont les touristes qui la longent et réalisent à mi-chemin que c'est «ça», l'East Side. Il faut descendre de sa monture pour contempler son 1,3 kilomètre couvert d'une centaine de peintures symbolisant la liberté, l'espoir et l'euphorie.

    À l'aube de son vingtième anniversaire, l'East Side s'est offert une véritable cure de jouvence. À plusieurs endroits, on a démoli le béton vétuste pour le remplacer par un matériau plus résistant. Au final, ces sections ne garderont donc du Mur que ses tiges d'acier originelles.

    Le Québec expose à l'East Side. Si la devise nationale «Je me souviens», peinte au bas du Mur, souligne bien l'importance de se rappeler cette sombre page de l'histoire allemande, elle n'arrive pas à faire oublier la mocheté de la fresque signée Pierre-Paul Maillé.

    Une fois la soif artistique étanchée, rendez-vous sur les berges de la Spree, au bar-plage Strandgut. Cachée derrière le Mur, la buvette propose une sélection plutôt ordinaire de boissons alcoolisées. L'endroit est assez touristique, mais disons qu'une journée passée à pédaler se conclut bien les deux pieds dans le sable à admirer le coucher de soleil.

    Pour s'éloigner des sentiers battus, direction Boxhagener Straße, le coeur de Friedrichshain. Ce quartier regorge de bistros et de restaurants branchés. S'il s'agit d'un coin sympa pour passer une soirée typiquement berlinoise, les quartiers de Prenzlauer Berg et Mitte, également à Berlin-Est, sont plus recommandables pour la nuitée. Les hôtels sont plus centraux, ce qui permet d'être près du parcours le lendemain.

    Jour 2 : d'est en ouest

    Le deuxième jour s'amorce justement dans Prenzlauer Berg, au nord du centre-ville. Le nombre de kilomètres à parcourir est légèrement supérieur à celui de la veille, mais le programme est moins chargé. Il commence par une visite de la Bernauer Straße, une artère hautement symbolique de la division absurde de la ville. Ici, le Mur suivait le tracé de la rue le long de la frontière franco-soviétique. Comme les façades des maisons du côté Est faisaient office de frontière, plusieurs se sont jetés par les fenêtres pour passer à l'ouest.

    Aujourd'hui, une section assez longue du Mur est toujours bien visible. Depuis le dernier étage du centre de documentation de la Bernauer Straße, on peut constater quelle forme prenaient les installations frontalières: les deux murs, les barbelés, les allées pour les chiens, les tours de contrôle... Il s'agit du seul endroit dans la ville où cela est possible. À l'intérieur du musée, il n'y a pas de documents en français et le matériel sonore est disponible exclusivement en allemand. Les ordinateurs permettent toutefois de consulter des archives en anglais.

    S'ensuit une portion un peu moins pittoresque où, à défaut d'admirer les paysages, von a intérêt à ouvrir l'oeil pour repérer les balises, ces petits écriteaux gris intitulés «Berliner Mauerweg» placés en haut des pancartes de noms de rues. Il y a bien quelques panneaux d'information disséminés ici et là, mais ils sont difficiles à trouver puisque transparents — une présentation léchée, moderne, mais peu pratique. Après avoir traversé un quartier résidentiel, voici la rive orientale. Là, on aperçoit un pâle pastiche de Paris Plages; mieux vaut passer son chemin pour atteindre la Hauptbahnhof, la plus grande gare d'Europe. Ceux qui ont le mal du pays ou qui ont été déçus par la murale de l'artiste Maillé peuvent se consoler en pénétrant dans cet immense serpent de verre, où trône un gigantesque écriteau sur lequel on peut lire: «Bombardier, Willkommen in Berlin».

    Par la suite, ceux qui veulent suivre le tracé historique du Mur au millimètre près doivent prévoir un équipement de plongée sous-marine: la Spree était séparée en deux à l'époque. C'est d'ailleurs dans ce secteur que le Mur a fait sa première victime, Günther Liftin, fusillé par la police des transports de Berlin-Est alors qu'il tentait de traverser le fleuve.

    La piste mène à l'impressionnant quartier politique de la capitale. En roulant sous la passerelle baptisée Spreesprung («le saut de la Spree»), qui unit les édifices Paul-Löbe-Haus et Marie-Elisabeth-Lüders-Haus, on arrive au célèbre Bundestag. À quelques coups de pédale s'ouvre toute grande la porte de Brandebourg, théâtre des célébrations du 9 novembre. À cette étape du parcours, un flot de touristes pourrait bien avoir raison de la zénitude des vélocipèdes. Si c'est le cas, le vaste parc Tiergarten est véritable îlot de nature en plein centre-ville.

    Autrement, on s'éloigne du Mur pour plonger dans la vie de quartier de Prenzlauer Berg, dont l'ambiance rappelle celle du Plateau Mont-Royal. Jeunes familles, étudiants branchés et artistes se retrouvent dans les nombreux cafés de la Kastanienallee (surnommée la «Castingallee» parce qu'on y va pour être vu). Sur la grande terrasse du Prater Biergarten, le plus ancien «jardin de bière» de la ville, on peut se désaltérer avec un panaché — en allemand, Radler (littéralement: «cycliste»). Le menu du restaurant propose des plats typiquement allemands comme les Königsberger Klopse (boulettes de veau dans une sauce aux câpres).

    En descendant la Kastanienallee — attention de ne pas prendre les roues du vélo dans les rails du tram —, on arrive dans le quartier Mitte avec ses Hackische Höfe, des arrière-cours typiques de Berlin transformées en galeries d'art, en boutiques de designers ou en cafés. Il y a là certainement de quoi gratifier votre dépense énergétique.

    Si le cyclotourisme se prête bien à une incursion au coeur de l'histoire du Mur, l'âme de la Berlin nouvelle, elle, est ailleurs. Ses bouillonnants quartiers, son ambiance décontractée et sa richesse culturelle inciteront peut-être le visiteur à prolonger son séjour et à découvrir — à vélo — cette ville en constante évolution.


    En vrac

    -L'hôtel Circus, dans Mitte, offre des chambres confortables au style moderne. Chambre double à partir de 78 euros la nuit (125 $CAN).

    -Vapaa-Aika propose de petits appartements simples et confortables dans Prenzlauer Berg, à trois minutes du café Raja Jooseppi où sont servis des petits-déjeuners. À partir de 70 euros (110 $CAN) la nuit pour quatre personnes. Service de location de vélos.

    -Au Milkabilly, un bar laitier au décor années 1950, von peut composer sa crème glacée en choisissant parmi 365 ingrédients comme le basilic, le gingembre, le poivre vert ou la noix de coco.

    -Le fameux restaurant Schneeweiss propose une cuisine allemande très raffinée dans un décor entièrement blanc. Prévoir environ 80 euros (125 $CAN) pour deux personnes (entrée, plat principal et vin).

    -Dans les grandes stations de métro, on trouve une bonne variété de kiosques de nourriture à emporter. Laissez-vous tenter par le fast-food à l'allemande avec une Curry Wurst, saucisse au ketchup et cari.

    -Des compagnies organisent des tours guidés qui longent le Mur, version extrême, dans la campagne berlinoise. Longueur totale: 160 kilomètres. www.ridetheberlinwall.com.

    -Une vingtaine de minutes suffisent pour se rendre à la plage Strandbad Wannsee. Prendre la ligne 1 de la S-Bahn en direction de Wannsee et descendre à la station Nikolasee.

    -Comptez environ 10 euros (16 $CAN) par jour pour louer un vélo. Plusieurs compagnies offrent leurs services dans le centre-ville, et la compagnie allemande des chemins de fer Deutsche Bahn a développé un système de vélos en libre service qu'on peut prendre et déposer n'importe où dans la ville.

    -Si vos mollets n'en peuvent plus, il est possible de traîner les vélos dans les U-Bahn et S-Bahn (métros), à toute heure de la journée, dans n'importe quel wagon, moyennant un supplément de 1,50 euro (2,50 $CAN) par voyage.


    Collaboration spéciale












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.