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    Critique

    Le culte des ego contrôlés

    24 novembre 2017 |Jean Aubry | Vin
    Plus qu'un Alsace… c'est du Frick!
    Photo: Jean Aubry Plus qu'un Alsace… c'est du Frick!

    Le XXe siècle aura vu la création et la consolidation de zones qui, par consensus, se sont avérées plus qualitatives que d’autres. Ainsi sont apparues les AOC (Appellation d’origine contrôlée), les DOCG (Denominazione di origine controllata e garantita) et autres DO (Denominación de origen) pour n’en nommer que quelques-unes. Mais tiennent-elles encore le coup aujourd’hui, en 2017 ?

     

    Il y a bien eu au départ ce constat historique empirique voulant qu’une vigne plantée à un endroit produisait de meilleurs raisins que ceux issus d’une autre vigne plantée pas nécessairement très loin à côté (la Bourgogne en est l’exemple extrême), mais il y a eu aussi ce développement d’enjeux à la fois économiques et politiques qui en ont validé et qui en valident encore l’encadrement actuel.

     

    À une époque où la traçabilité des aliments chatouille la fibre du consommateur (et je ne vous parle pas du saumon transgénique AquAdvantage), la pertinence d’une origine, elle-même assujettie à un cahier des charges précis, demeure une préoccupation, voire une exigence bien légitime en ce début de XXIe siècle. On veut savoir ce que l’on boit. Et d’où ça vient.

     

    Pas surprenant d’ailleurs que l’engouement actuel pour les vins issus des agricultures biologiques et biodynamiques valorise la suppression de tout ce qui pourrait être considéré comme étant un « intermédiaire » entre le raisin frais et le vin fait.

     

    Glissement de sens

     

    La question à se poser maintenant : est-ce que ces AOC, DOCG et autres DO, réputées être des garde-fous, voire des zones de production forcément qualitative, demeurent toujours aussi pertinentes à une époque où des vignerons, disons plus laxistes, surfent sur la réputation enviable de ces dernières pour écouler une production parfois bien en deçà de l’image que le public s’en fait (et dont il paie le gros prix !) ?

     

    Vu les exclusions volontaires hors de l’appellation, de plus en plus nombreuses, de vignerons qui en ont marre de voir se ternir l’image de leurs appellations respectives par des confrères moins scrupuleux, la question se pose effectivement.

     

    À cette réalité s’en greffe toutefois une autre. Ou plutôt s’en troque une autre : celle du Culte des ego contrôlés (CEC) développé à la fois par de plus en plus de vignerons dont le nom seul suffit à assurer leur réputation. Et à créer une rareté qui jouera bien évidemment sur les prix.

     

    À un point tel que ce fameux CEC, savamment relayé par la presse, les blogueurs, les sommeliers et autres acteurs de l’industrie, est en voie de devenir la nouvelle norme, grugeant à même la réputation d’appellations dont la pertinence était jusqu’ici plus qu’assurée. Ainsi, on ne boit plus du beaujolais, aujourd’hui, on boit du Lapierre. De même, on ne s’enfile plus de chablis, de terre siciliane, de cairanne, de jura ou de priorat, mais plutôt respectivement du Raveneau, du Occhipinti, du Richaud, du Ganevat ou encore du Palacios.

     

    Deux cabernets chiliens

     

    De Martino Reserva Cabernet Sauvignon 2015 (18,90 $ – 642868) : comme à son habitude, cette cuvée cristallise le meilleur, que ce soit sur le plan de la fraîcheur, du fruité comme de la texture. Il y a de l’éclat, de la tenue, de l’équilibre, sans lourdeur. Votre entrecôte va adorer ! (5) ★★★ ©

     

    Marques de Casa Concha Cabernet Sauvignon 2015, Concha y Toro (22,95 $ – 12882961) : le style fourni, étoffé et empreint d’une touche fumée-goudron fort reconnaissable est la marque de commerce de cette cuvée taillée pour durer. C’est corsé, frais et bien vineux. On a gagné ici en précision. Une cuvée pour carnivore. (5+) ★★★ ©













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