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    Vins

    Des nebbiolos de plus en plus prisés

    Jean Aubry
    10 mars 2017 |Jean Aubry | Vin | Chroniques

    Les vignobles prestigieux de la planète vin susciteront toujours la convoitise d’acheteurs qui en feront leur petit joujou pour en tirer le meilleur jaja possible. Normal. D’ailleurs, pourquoi ces nouveaux gentlemen farmers s’acharneraient-ils à vouloir déshabiller leur nouvelle danseuse quand ils ne songent en réalité qu’à dorer le blason de leur réputation, tout en hissant bien haut le pavillon de leur ego personnel ?

     

    Plusieurs cas de figure abondent en ce sens. Quelles seront, par exemple, les destinées du Corton et du Corton-Charlemagne Bonneau du Martray, que la famille Le Bault de la Morinière cédait tout récemment au tout nouveau propriétaire états-unien Stan Kroenke ? Ou encore, qu’advient-il de cette maison familiale Vietti, fondée en 1873 à Castiglione Falletto, dans le Piémont italien, dont les 38 hectares de vignobles de qualité étaient récupérés en 2016 par la famille Krause de l’Iowa ?

     

    C’est d’ailleurs à se demander si, après le Bordelais et la Bourgogne, le Piémont n’est pas en passe de devenir la nouvelle coqueluche des buveurs de Coca-Cola repentants ! Comme je l’écrivais récemment, les hommes passent, mais les terroirs demeurent. Dans le cas de Vietti, les rumeurs évoqueraient quelque 60 millions de dollars pour la transaction. Autant dire que les maisons piémontaises sont assises sur une petite mine d’or, avec des barberas, des dolcettos mais surtout des nebbiolos qui n’ont jamais été aussi adulés par les consommateurs. Avec des prix qui, sur place au niveau du foncier, atteignent désormais des sommes records.

     

    Des nebbiolos multifacettes

     

    Tel le pinot noir de Bourgogne, le nebbiolo se plaît dans une zone, celle du Nord-Ouest italien, qui n’est pas extensible. Encore une fois, comme son collègue bourguignon, sortez-le de son contexte et le voilà affichant un profil, certes prisé des amateurs, mais non des puristes à tous crins. Un Chambolle-Musigny n’a strictement rien à voir avec ce que les « bâtards de Bourgogne » de la Nouvelle-Zélande produisent avec le même cépage. Aussi, un Barolo d’Aldo Conterno diverge de cet autre nebbiolo, vinifié celui-là par Jim Clendenen dans le Santa Barbara County, en Californie.

     

    Le contexte géographique, mais aussi culturel, a son importance. Bien sûr que l’amateur « tolérera » un pinot noir de la côte chalonnaise méridionale comme des côtes d’Auxerre, plus septentrionales, car il n’y trouvera pas matière à être trop dépaysé. Même son de cloche avec le buveur de Barolo ou de Barbaresco, qui trouvera des affinités avec les Gattinara, Ghemme et autres Bramaterra qui, pourtant, fusionnent avec succès le nebbiolo à la vaspolina et à la bonarda. Trois vignerons du Nord-Ouest italien étaient de passage récemment au Québec, avec des nebbiolos à exalter ce qu’il reste de geek en vous. Petite présentation.

     

    ArPePe : des nebbiolos septentrionaux

     

    Nous sommes au nord de la ville de Bergame, chantée si joliment par Diane Tell, en Émilie-Romagne, dans cette province voisine du Piémont riche et affairée dont la capitale est Milan. Coincée tout au nord et traversée par la rivière Adda, la Valtellina porte à bout de bras une mosaïque de parcelles dont les murs en terrasse s’étendent sur quelque 2500 kilomètres, à une altitude variant entre 200 et 600 mètres. À l’image de la Côte-Rôtie rhodanienne. Le nebbiolo a ici besoin plus que jamais d’une orientation sud-sud-est pour espérer livrer les meilleurs polyphénols qui soient.

    Photo: Jean Aubry Isabella Pelizzatti Perego au Domaine ArPePe propose, avec ses frères Emanuele et Guido, des nebbiolos septentrionaux de haut niveau.
     

    Aujourd’hui, ce sont Isabella, Emanuele et Guido, de la cinquième génération (1860), qui poursuivent ce que leur père Arturo Pelizzati Perego (ArPePe) balisait déjà en 1984, dans la foulée des anciens. Pas l’ombre d’une machine à vendanger ici, que du mollet et du dos d’homme arc-boutés sur les pentes raides des Alpes, au coeur de la Valtellina Superiore. De vin et de sueur, donc. Les nebbiolos ? Fins et vibrants, élancés et friands, mais sachant aussi fouiller en profondeur en raison de la tension minérale sous-jacente.

     

    Rosso di Valtellina 2014 (38 $ – 12257997). Cette cuvée issue d’un assemblage de parcelles offre éclat et substance en demeurant tout ce qu’il y a de friand. Un nebbiolo transparent de luminosité. Mais il ne faut pas s’y tromper : il y a de solides tanins derrière. (5 +) ★★★ 1/2

     

    Grumello Rocca de Piro 2011 (55 $ – 13185585). Tout juste à l’est de la commune de Sondrio, sur les flancs de la rivière Adda, cette sous-région offre un terroir où la roche mère affleure plus rapidement, avec comme impression gustative des vins de charme qui sentent bon la maturité, au fruité rond et moelleux porté par des tanins frais et serrés. C’est presque jouissif. On est loin de l’austérité d’un barolo ! (5 +) ★★★ 1/2

     

    Inferno Fiamme Antiche 2011 (65 $ – 13185577). Plus à l’est encore, cet Inferno, à l’image du Sassella, situé tout juste à l’ouest de Sondrio, s’affiche nettement plus minéral avec son sous-sol pierreux et profond. Il en résulte un parfum exquis, d’une finesse aromatique et gustative à vous laisser coi après le boire. Comme si le nebbiolo vous tirait vers le haut, porté par une grâce indéfinissable. Stylé et long en bouche. (5 +) ★★★★

     

    Le Piane : des nebbiolos ressuscités

     

    Quelle mouche piquait le Suisse Christoph Künzli et son ami Alexander Trolf, au tout début des années 1990, alors qu’ils visitaient tous deux Boca, la zone viticole la plus haute du Piémont, au nord-est dans la province de Novara ? La beauté des lieux ? La quête d’un trésor enfoui ? La rencontre avec le « dernier des vrais » ? Toutes ces réponses, en somme.

     

    Forte de ses 40 000 hectares au XIXe siècle, l’appellation Boca (1969) s’est réduite comme peau de chagrin pour n’afficher aujourd’hui qu’une poignée d’hectares. Mais, tout de même maintenue sous respirateur artificiel par Antonio Cerri, ce « dernier des vrais » rencontré par le duo Künzli-Trolf, qui s’exclamait en 1997 : « Boca va mourir avec moi ! » Eh ben… non. Car aujourd’hui, Künzli poursuit au domaine Le Piane, sur huit hectares, l’héritage de Cerri en travaillant sur des sols anciens de porphyre volcanique à plus de 500 mètres d’altitude des nebbiolos (appelés localement spana) et autres vespolinas, croatinas et bonardas veronese au caractère singulier.

     

    Assemblé entre autres avec sa « soeur » vespolina, le nebbiolo donne l’impression ici d’une main de fer dans un gant de velours tant il respire l’intransigeance de son sous-sol minéral où la vigueur et la solidité n’excluent nullement une sève fine et racée. Le Piane Boca 2011 (75,75 $ – 12817114) en est un bel exemple. (5 +) ★★★★

     

    Livrés, ceux-là, en importation privée (info@oenopole.ca) : la cuvée Maggiorina 2015 (24,45 $ – (5) ★★★), issue de la cofermentation de 13 cépages, d’une brillance fruitée soutenue, donne l’impression d’une rencontre entre un beaujolais et un vin du Rhône tant il est friand, tandis que la cuvée Mimmo 2013 (35 $), c’est solide, étoffé, consistant. Des vins rares, à découvrir.

     

    Fratelli Alessandria : des nebbiolos classiques

     

    Enfin, plus au sud cette fois, du côté de Barolo et de Barbaresco, sur les assises très anciennes du Tortonien dans le Nord-Ouest (marnes calcaires avec une incidence de finesse sur les vins), où Fratelli Alessandria a ses quartiers du côté de Verduno et de l’Helvétien plus à l’est (sols filtrants pour des vins plus solides), le nebbiolo règne en maître : roi des vins, vins des rois. Mais vous connaissez déjà l’histoire de la maison pour l’avoir lue ici même.

     

    Avec ses 14 hectares où les cépages favorita, dolcetto, barbera et nebbiolo constituent l’essentiel des cuvées, la maison trace un profil de barolos superbement maîtrisés, révélant, sur les plans olfactif et gustatif, des fruités parfumés que vient baliser derrière une trame minérale, certes discrète, mais tout de même distinctive. Des nebbiolos plus allongés que carrés, élégants, jamais asséchants.

     

    Deux crus se distinguent : Gramolere 2012 (70,50 $ – 12247684), déjà passablement séduisant, ouvert et de belle ampleur, d’une bouche étoffée et à la finale longue et serrante (5 +) ★★★★, ainsi que Monvigliero 2012 (157 $ le 1,5 l – 12499064), plus complet encore, d’une exceptionnelle tenue en bouche, avec cette « morsure » minérale fine sur la longue finale. Classique ! Servez-le, par exemple, sur un risotto au gorgonzola ou une souris d’agneau braisée… (10 +) ★★★★













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