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    Critique resto

    Pierres de champ multiculturelles

    À elle seule, la cuisine du chef Chanthy Yen vaut que l’on vienne manger chez Fieldstone

    10 novembre 2017 | Jean-Philippe Tastet - Collaborateur | Restaurants
    Dans les points positifs, avant même de planter la fourchette dans le premier service, un décor où l’on se sent bien, un fond musical subtil et un accueil sympathique.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Dans les points positifs, avant même de planter la fourchette dans le premier service, un décor où l’on se sent bien, un fond musical subtil et un accueil sympathique.

    Avec un chef cambodgien venu de Windsor, Ontario, un associé mexicain natif de la capitale du pays des « Bad Hombres » et une troisième collègue vancouvéroise, il fallait s’attendre à de l’exotisme. Ce Fieldstone — pierre de champ dans notre langue — n’en manque pas. Exotisme et belles assiettes, sinon je vous aurais épargné la lecture d’un papier vitriolique.

     

    Ouvert il y a exactement un mois, ce tout petit restaurant aurait pu passer sous mon radar tant sa discrétion frise la timidité. Avant son installation, il y avait à cette adresse un établissement amusant appelé Soupçon cochon ; je n’avais pas osé y entrer étant moi-même assez timide. Des anciens jours, à défaut de souvenirs torrides, les lieux ont gardé une certaine sensualité, et la cuisine du chef Chanthy Yen en est, elle aussi, imprégnée.

     

    Il reste encore un peu à faire, mais j’ai trouvé que cette première visite méritait de vous être rapportée ; ce n’est pas tous les jours qu’un repas du midi m’impressionne. J’y étais avec Philippe H, un vrai Parisien qui n’aime rien hormis les crus, grands et petits, le pot-au-feu et la cuisine magnifique de son épouse chérie, Lorraine.

     

    Il manque par exemple à ce Fieldstone une carte des vins qui, me dit-on, ne saurait tarder et une machine à café pour pouvoir boire du vrai café. Hormis cela, tout est agréable, surprenant dans le bon sens du terme, délicieux comme dans Monsieur-je-suis-jamais-content-et-en-plus-ils-ont-pas-de-pinard qui dit de ses plats : « Ça, c’est vraiment top ! » Je confirme : tout l’était.

     

    Dans les points positifs, avant même de planter la fourchette dans le premier service, un décor où l’on se sent bien, un fond musical subtil et un accueil sympathique.

     

    Le menu du midi propose huit plats et deux desserts. Des quatre élucubrations salées du chef, je vous dirai beaucoup de bien. Du dessert — Tres Leches, lait de chèvre caramélisé, ganache au chocolat, gâteau — euh, rien, ou alors juste que la qualité d’une assiette passe aussi par son aspect visuel, le plaisir de l’oeil préparant celui des papilles. Un tas, même délicieusement sucré, reste un tas.

     

    Au lendemain du grand massacre annuel des cucurbitacées, prendre une soupe à la citrouille me semblait pertinent. Celle du chef Yen mérite le détour : huile de curry, lait de coco, citronnelle et une touche de ce piment d’Espelette qui pousse chez nous et vaut bien celui du célèbre petit village gaulois.

     

    Après une minute d’hésitation comme savent en avoir les amateurs de grande cuisine française lorsqu’ils sont en présence de plats non hexagonaux, monsieur H tombe à bras raccourcis dans son croque-crevettes. Une belle tranche de pain au levain, fournie par la boulangerie Guillaume voisine, généreusement tartinée de crevettes, d’avocat, d’un oeuf poché et d’une superbe salsa verde dynamisée au huacatay, cette herbe péruvienne très puissante et qui est capable de mettre de bonne humeur le mâchouilleur le plus dubitatif.

     

    Soudain réjoui, mon commensal enchaîne à fourchette que veux-tu avec un boeuf relevé de chimichurri et accompagné de petits poivrons frits du plus bel effet et de quelques graines de citrouille qui sont là surtout pour faire joli et automnal.

     

    Mon assiette de poulet possède, elle aussi, tout pour engendrer le bonheur, sans même parler de ces délicates fleurs de courgette et du voile de curcuma. Viennent en accompagnement une bolinette de mousse de navet fumé au bois de cerisier et un oeuf mollet qui complètent parfaitement la volaille, tendre, juteuse, succulente.

     

    Il y avait un autre dessert intitulé « Foie gras, caroube, crème glacée, meringue et corail à Sucre ». Je vous dis ça comme ça, vous sachant plus téméraires que moi.

     

    Nul doute que, dès que les voraces de chez Ubisoft, deux pas de porte plus loin, vont avoir découvert cette adresse, la frénésie risque de s’installer. D’ici là, si vous cherchez une petite maison soignée où l’on sert des choses décoiffantes, vous êtes au bon endroit.

     

    Ouvert à midi du mardi au vendredi, en soirée du jeudi au samedi, et pour le brunch les fins de semaine de 10 h à 15 h. Une dizaine de plats pour une moyenne de 13,70 $. Ça me semble raisonnable. En soirée, les prix varient peu et la prestation culinaire est complétée par un menu dégustation de cinq services pour 45 $.

    Légendes ★ Je regrette de devoir vous en parler
    ★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
    ★★★ Bonne adresse
    ★★★★ Très bonne adresse
    ★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

    $ Le bonheur pour une vingtaine
    $$ Une quarantaine par personne
    $$$ Un billet rouge par personne
    $$$$ Un billet brun par personne
    $$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

    Fieldstone
    ★★★ 1/2
    5427, boulevard Saint-Laurent, Montréal  ☎ 438 387-7197, $$ 1/2












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