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    Oregon, une adresse à retenir à Laval, au-delà des apparences

    22 septembre 2017 | Jean-Philippe Tastet - Collaborateur | Restaurants
    Derrière une façade terne, les propriétaires ont réussi à créer un lieu joyeux, apaisant et confortable.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Derrière une façade terne, les propriétaires ont réussi à créer un lieu joyeux, apaisant et confortable.

    Je vous entends déjà à votre arrivée à cette adresse. Vous allez encore penser que je délire. Vous irez peut-être même jusqu’à dire des choses désobligeantes à mon sujet en stationnant votre voiture devant cet Oregon.

     

    Quelques jours avant notre rendez-vous, mon ami Jacques, médecin de son état qui sauve les gens au CLSC tout proche, m’avait même appelé pour se décommander après être passé en reconnaissance devant le 341, boulevard Curé-Labelle à Laval.

     

    J’ai dû insister et faire valoir que l’endroit m’avait été chaudement recommandé par plusieurs gourmands boisbriannais et blainvillois de confiance, ainsi que par Élise, ma propre fille, fine fourchette s’il en est.

     

    Planté au bord du boulevard, Oregon présente une devanture insignifiante si l’on est charitable, glauque si on l’est moins. Pas un arbre, pas l’ombre d’un brin d’herbe. Tellement rien que l’on a envie de faire demi-tour pour aller se faire cuire un oeuf à la maison.

     

    Si Sainte-Rose-de-Lima est la patronne des fleuristes, Sainte-Rose-de-Laval devrait lui demander conseil, et le curé Labelle intercéder en faveur de cette portion du boulevard.

     

    Ayez confiance, poussez la porte et détendez-vous ; parfois, dans un caillou grossier se cache une belle pierre brillante. À mon arrivée à table, mes trois commensaux déjà installés me parlent de la chaleur de l’accueil. Je suis étonné de voir combien, derrière cette façade terne, les propriétaires ont réussi à créer un lieu joyeux, apaisant et confortable. Toute la verdure qui manque dehors est ici, créant un plafond végétal reposant.

     

    La salle est pleine de clients venus passer un bon moment à table et vibre de belle façon. Derrière le passe-plat, la vibration semble tout aussi bonne en cuisine.

     

    Arrive une de ces personnes qui font que l’on se souvient longtemps d’un restaurant pour les bonnes raisons. Elle s’appelle Maude et c’est la soeur de Simon, le sommelier, lui aussi une valeur ajoutée à cette maison. Description du menu et des plats du jour en termes clairs et précis, humour dosé à la perfection, attention et prévenance. Le repas s’annonce bien.

     

    La carte est courte : cinq entrées, cinq plats principaux, deux desserts. Une douzaine de choix bien ciblés et laissant supposer que le chef connaît les limites de ce que sa brigade et lui peuvent sortir en temps voulu, pour une salle d’une soixantaine de places.

     

    Irrésistibles tentations

     

    Le docteur et Marie se partagent un petit plateau d’huîtres impeccablement écaillées par François Demers, un jeune homme qu’il faudra féliciter. Madame docteure sautille gaiement dans une pêche pochée garnie de ricotta et décorée d’éclats de noisettes. Quelqu’un devrait dire en cuisine qu’après avoir sévi dans les assiettes à la fin du XXe siècle, la spirale de balsamique ne se pratique plus depuis quelques années.

     

    J’essaie de conserver mon calme devant les belles tranches de pain venu de chez Automne et la bolinette de beurre au persil, apportées par Maude. J’échoue. Ne riez pas, vous risquez fort d’échouer aussi.

     

    Arrivent d’autres irrésistibles tentations. Dans une grande coquille Saint-Jacques, de belles tranches de pétoncle cru vivifiées par quelques feuilles d’oseille sanguine et un mélange de gadelles et de corail fumé.

     

    Paul Couture, brillant chef d’Oregon, sert les meilleurs dumplings de porc qu’il m’ait été donné de déguster depuis fort longtemps. Accompagnés de deux petits choux chinois légèrement relevés, de quelques champignons shimeji et d’une pincée d’algue, ils reposent dans un savoureux bouillon aigre-doux. Un des moments extatiques de la soirée.

     

    Retour au calme et à la dignité avec de grands agnolotti qui semblent surpris de devoir partager leur assiette avec ces crevettes nordiques, ce maïs en soupe et ces quelques champignons sauvages.

     

    J’ai déjà connu des émotions plus violentes avec des ris de veau. J’ai en effet un peu bâillé devant cette assiette soporifique malgré la très bonne caponata en fond d’assiette.

     

    Le menu fretin frit et le biscuit de pâte brisée qui complètent le plat relèvent de l’erreur, n’étant ni l’un ni l’autre particulièrement goûteux.

     

    Habituellement d’un calme souverain, Lili semble prise d’une sorte de danse de Saint-Guy dès la première bouchée de son onglet de boeuf grillé, anchoïade, chimichurri, et surtout de ces superbes pommes de terre confites. Réussir à épater avec des pommes de terre relève par contre du grand art.

     

    Excellents desserts

     

    Pendant que son épouse connaît des émois quasi inavouables avec son plat, le bon docteur semble vivre de grands moments avec son poisson du jour, un généreux pavé de flétan accompagné d’un mélange de quinoa, d’herbes (persil, aneth, piment d’Espelette) et de fenouil confit déposé dans des demi-oignons évidés et d’une sauce hollandaise aux herbes très réussie.

     

    En conclusion du repas, deux excellents desserts : un parfait dulce de leche, granité vodka café, crumble au café, et surtout un superbe Paris-Brest accompagné d’une quenelle de sorbet à la framboise tout à fait pertinente.

     

    Tout au long du repas, Simon Boudreault aura prodigué de judicieux conseils sur les vins qui se marieraient le mieux à nos choix. Ses interventions, ainsi que les soins attentifs prodigués par sa soeur, auront contribué à notre bonheur du début à la fin. Une adresse à retenir.

     

    Ouvert en soirée du mardi au samedi. Entrées de 12 $ à 22 $, plats principaux de 25 $ à 39 $ et deux desserts à 11 $ et 13 $. Au sujet de la très belle carte des vins de la maison, mon éminent collègue Jean Aubry dit : « Il n’y a rien de tel qu’une carte de vin motivée par des gens passionnés ! Celle-ci exsude de passion comme une roteuse champenoise trop heureuse de s’exploser la bulle. Les choix sont pertinents, bien ciblés, variés, bref… passionnés ! »

    Légendes ★ Je regrette de devoir vous en parler
    ★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
    ★★★ Bonne adresse
    ★★★★ Très bonne adresse
    ★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

    $ Le bonheur pour une vingtaine
    $$ Une quarantaine par personne
    $$$ Un billet rouge par personne
    $$$$ Un billet brun par personne
    $$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

    Oregon
    ★★★★
    241, boulevard Curé-Labelle, Laval
    ☎ 579 641-1414
    $$$1/2












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