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    Grand tralala chez Sa Majesté

    11 août 2017 | Jean-Philippe Tastet - Collaborateur | Restaurants
    Le Reine-Élizabeth vient de rouvrir, avec son restaurant Rosélys: la métamorphose est complète et le nouveau cadre est d’une époustouflante beauté.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le Reine-Élizabeth vient de rouvrir, avec son restaurant Rosélys: la métamorphose est complète et le nouveau cadre est d’une époustouflante beauté.

    Le Reine-Élizabeth vient de rouvrir. Après un an de travaux, la partie restauration qui nous intéresse plus particulièrement a subi un intéressant travail de dynamitage. Exit, donc, le Beaver Club (étrillé dans ces pages il y a presque 20 ans), parti, Le Montréalais, place au Rosélys.

     

    Il flottait ici, autrefois, un parfum de naphtaline — naphtalene dans l’autre langue officielle du pays et, à moins d’être un notable ou un habitué de la maison, le service était souvent exécrable. La table, elle, était moins qu’ordinaire, et le décor, décati.

     

    Rosélys, quel nom ! Une subtile contraction de « rose » et de « lys », témoignant de l’harmonie contemporaine entre les descendants des Anglais et des Français qui s’étripaient jadis à l’occasion. Connaissant la modestie légendaire des créatifs publicitaires, je me retiens de crier au génie.

     

    Cela dit, la métamorphose est complète et le nouveau cadre est d’une époustouflante beauté. La salle est si belle qu’on en vient à craindre une déception lorsqu’arriveront les assiettes. Ce soir-là, elles furent irréprochables.

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Une table du Rosélys 
     

    Palais variés

     

    Le menu est monté de façon à plaire aux palais les plus variés et met en valeur plusieurs des meilleurs produits locaux. Six plats plus loin, je n’avais que des notes positives dans mon carnet de notes de table. Ce menu permet une lecture instructive et apéritive comme il se doit.

     

    Deux entrées, à droite, pieuvre rôtie, et à gauche, tomates ancestrales d’ici, un plat dont le garçon tient à préciser l’originalité : « Elles sont, Monsieur, soulignées à l’eau de rose ! » Intrigant, en effet, et très réussi car l’eau de rose est à peine présente, juste pour surprendre et mettre en valeur la saveur de la chair des tomates.

     

    Quelques croûtons au romarin et une purée d’aubergines confites rappelant le baba ganoush complètent l’assiette.

     

    Face aux tomates, de l’autre côté de la table, quelques tronçons de tentacules de pieuvre rôtie d’une grande tendreté, chou-fleur à peine relevé de curry, un peu de chou romanesco et, en pluie légère et stimulante, quelques câpres frites.

     

    Plats principaux

     

    En plats principaux, poisson et viande pour tester la cuisine. Une morue pochée accompagnée d’artichauts à la barigoule, de très fines lamelles de fenouil et d’une savoureuse émulsion à l’artichaut. Plat sans fautes.

     

    Côté viande, une belle portion de bavette de boeuf, quelques petits champignons sauvages, haricots verts et haricots jaunes et un jus de boeuf qui à lui seul valait l’assiette, réduit jusqu’au moment précis où il atteint son apogée. Ajoutez à tout cela une cuisson parfaite et cette assiette remporte également des éloges.

     

    En accompagnements, une superbe purée de pommes de terre et des frites sculptées par un petit artisan local à qui il faut rendre hommage autant qu’au tubercule.

     

    Le « Pain de notre marché » ne coûtait pas très cher et ne valait pas vraiment la peine que je vous en parle trop longtemps.

     

    Des desserts, en revanche, je ne saurais trop vous dire tout le bien que j’en pense. Un magnifique fondant chocolat noir, crémeux chocolat au lait et sorbet de chocolat noir, le tout équilibré par une touche de citron vert et un tout aussi succulent biscuit à l’orange et citron vert, crème légère au kalamansi (fils illégitime de monsieur kumquat et de madame tangerine), sorbet de pamplemousse à l’eau de rose et gelée de miel au citron.

     

    Maîtres d’oeuvre

     

    Sur une page cornée de mon petit carnet, on lit : « Nous avons pris, ma commensale, un verre de Gris Blanc rosé, IGP Pays d’oc, France, à 13 $, et moi, deux bouteilles d’eau qui ont quand même coûté la bagatelle de 18 $… »

     

    Et, plus loin, la liste des maîtres d’oeuvre responsables de la cuisine et à qui l’on doit toutes ces belles réalisations : Baptiste Peupion : chef exécutif ; Maxime Delmont : chef ; Jean-Marc Guillot, chef pâtissier et Meilleur Ouvrier de France, et sous sa houlette pâtissière, Natacha Lehman. Comme le travail en cuisine est particulièrement réussi, il faut rendre hommage à qui de droit.

     

    Sur le site Internet, par contre, en consultant le menu avant de réserver, on voit que quelqu’un, quelque part, dort profondément, car sous « Traduit du anglais powered by Google Translate » (sic), « Truite arc-en-ciel des Cantons-de-l’Est » donne « East Outland Truite arc-en-ciel » (re-sic) et « Volaille de grain », un désopilant « Poulet cérébral » (re-re-sic). Rien n’est parfait…

     
     

    Ouvert matin, midi et soir, tous les jours. Entrées de 12 $ à 20 $, plats principaux de 22 $ à 62 $ (entrecôte de boeuf 8 oz) et desserts de 9 $ à 16 $. Pour aller avec le décor néo-pharaonique, la maison a construit une colossale carte des vins.

     

    Comme je viens de Labastide-Murat, modeste hameau quercynois loin des terres à vignobles riches, et que je suis un peu ignare côté flacons, les cartes des vins où apparaissent des choses comme Pomerol Château Petrus 2005 à 11 077 $, ou Domaine de la Romanée-Conti 2000, Échézeaux à 1747 $, m’impressionnent toujours.

     

    Afin de mieux vous éclairer sur cette partie du repas, surtout lorsque je suis en présence de choses aussi imposantes, je demande son avis à mon éminent collègue Jean Aubry.

     

    Voici donc le commentaire de l’expert mondial : « Dans un contexte où les cartes de vins d’ici ont fait un bond de géant, que ce soit sur le plan de la découverte ou sur celui de la qualité, avec des prix plus démocratiques, celle du Rosélys tape littéralement dans le créneau pour touristes particulièrement friqués.

     

    « Une occasion manquée de fournir à ces derniers un regard sur ce qu’est devenu aujourd’hui l’univers du vin (et ses habiles sommelières et sommeliers !) d’ici. On retourne en arrière de 50 ans, mais avec des prix d’aujourd’hui ! »

     

    Chez nous et ailleurs sur la planète, cela s’appelle, je crois, se faire « ramasser » d’aplomb.

    Légendes

    ★ Je regrette de devoir vous en parler
    ★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
    ★★★ Bonne adresse
    ★★★★ Très bonne adresse
    ★★★★★ Exceptionnel : cuisine, service, décor

    $ Le bonheur pour une vingtaine
    $$ Une quarantaine par personne
    $$$ Un billet rouge par personne
    $$$$ Un billet brun par personne
    $$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

    Rosélys
    ★★★★
    900, boulevard René-Lévesque Ouest, Montréal ☎ 514 954-2261












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