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    Critique resto

    Elda, une table surprenante dans le Mile-End

    19 mai 2017 | Jean-Philippe Tastet - Collaborateur | Restaurants
    Elda propose des mélanges astucieux de saveurs, de produits de qualité optimale, de cuissons impeccables.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Elda propose des mélanges astucieux de saveurs, de produits de qualité optimale, de cuissons impeccables.

    Avant, je sentais, juste en poussant la porte, si j’allais bien manger. Avant, je pouvais deviner au premier plat dans quelle direction le chef s’en allait. Avant, je savais dès la première visite si j’allais revenir ou pas. Ça, c’était avant Elda. Elda m’a ouvert les yeux et permis d’élargir mes horizons, du moins en ce qui a trait au second point de mon introduction. Il n’est jamais trop tard pour apprendre.

     

    Quelques explications, et avant cela, la quasi-certitude que je reviendrai ici goûter la cuisine du chef. Ou celles des chefs, puisque trois noms apparaissent à la barre de ce joli petit navire : Valentin Wajda, François Schepens et Grégory Paul.

     

    Une première visite à l’improviste avait été si alléchante, si prometteuse, si surprenante que j’en avais fait une petite « Nappe du mois » très élogieuse dans ces pages. Tout, ce soir-là, avait été parfait : l’accueil et le service de ce grand garçon aux cheveux improbables et au sourire ravageur, les assiettes dignes d’étoiles et de macarons, ce petit Brouilly dont Gabriel nous parla avec un tel enthousiasme, l’ambiance, tout, absolument tout.

     

    Dans les assiettes, du très beau travail, intelligent, original, réussissant à surprendre et à faire hésiter à décider laquelle des deux est la meilleure : le consommé de légumes citronnelle et gingembre, saumon saisi à la planche, moules, légumes racines et champignons exotiques, ou le magret de canard, jardin de légumes racines, sauce betterave et sapin baumier.

     

    Mélanges astucieux de saveurs, produits de qualité optimale, cuissons impeccables, du pur bonheur. En desserts : chou du moment et tarte citron, prolongement du labeur des cuisiniers, prolongation de notre plaisir. J’aurais pu écrire une critique juste à ce moment-là. Peut-être aurais-je dû ?

     

    Revenu deux mois plus tard, les assiettes avaient changé. En moins bien, malheureusement. Gabriel n’était pas là non plus, quoique, sur ce plan-là au moins, nous ne perdions pas trop au change puisqu’Éléonore assure un service plein d’attention, de délicatesse et de ces mille petits détails qui font qu’on se souvient d’une adresse, autant grâce à cela que pour ce qui est dans les assiettes.

     

    Plusieurs étages

     

    En moins bien, malheureusement, ne veut pas dire que c’était mauvais, seulement qu’après les hauteurs où nous avait entraînés le chef lors de cette première visite, on descendait de plusieurs étages. Pour les acras, par exemple, heureusement que l’intitulé du plat spécifiait « de chair de crabe » et « parfum de gingembre », car ils goûtaient surtout la friture.

     

    Rien non plus de particulièrement transcendant dans l’assiette de charcuterie ou dans ce coeur de romaine grillé façon César, poulet au basilic, à l’intitulé pourtant prometteur et rigolo. Ordinaires, juste ordinaires. Seule ma « guédille » de crevettes de Matane, mayonnaise épicée au sriracha, oignons marinés, salade verte et pommes de terre grelots frites me rappela les cimes précédentes.

     

    Devant mon étonnement, l’un des chefs m’expliqua qu’on voulait rejoindre un plus vaste auditoire. Je me retins de lui dire que mon auditoire personnel avait payé presque autant pour ce repas ordinaire que pour le premier, et que mon auditoire de lectrices et de lecteurs — toutes catégories d’âges confondues — sait faire la différence entre tambouille et cuisine créative.

     

    Je décidai plutôt de revenir avec mon ami Pierre, solide fourchette, cuisinier sensible et quintal vigoureux. À nouveau, les assiettes repartirent vers les sommets, petites crevettes, côtelettes d’agneau et cie. En fin de repas, de ravissantes choses délicieusement décadentes que je vous recommande : la maison appelle ça des spoums, et juste à vous en parler, j’en salive.

     

    Les choix du patron

     

    Les quatre choix du patron pour nous : ananas-poivre Sichuan-basilic ; chocolat-piment ; citron-romarin ; orange-bergamote. Quatre moments de plaisir simple et intense à la portée de tous les auditoires.

     

    Le resto fait salle comble tous les soirs, la plupart des midis et à peu près toujours pour ses brunchs de fin de semaine. Des foules joyeuses semblant apprécier la cuisine d’Elda. Pour achever de me convaincre que j’aimais vraiment ça, je revins un midi, seul et affamé. La salade staff meal au saumon gravlax maison, vinaigrette gingembre, sésame et soya était exactement comme je la rêvais : équilibre, dynamisme, saveurs, textures. À 13,50 $, c’est certainement l’un des meilleurs déjeuners santé dans le quartier.

     

    Au comptoir, une consoeur venue tester l’adresse. Lorsque je quittai le restaurant, elle semblait ravie. J’espère qu’il n’y avait pas de lien entre mon départ et son ravissement. J’aime quand mes consoeurs sont ravies par les adresses qui me plaisent et que je vous recommande. Elda fait partie de ces dernières.

     

    Elda. Ouvert à midi du mardi au dimanche, et en soirée du mardi au samedi. Les fins de semaine : brunch dès 10 h. À midi, comptez une quinzaine de dollars. En soirée, une cinquantaine, et pour le brunch, une vingtaine. De la belle carte des vins, l’expert mondial Jean Aubry dit : « Et que voilà une carte rafraîchissante ! Déjà, le fait que les champagnes soient nettement sous la barre des 100 $ me met de belle humeur. Et puis, plein de vins que je ne connais pas, ce qui me réjouit aussi. Enfin, des prix d’ensemble qui ne harponnent pas le chaland, ce qui doit être souligné. »


    Légendes

    ★ Je regrette de devoir vous en parler
    ★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
    ★★★ Bonne adresse
    ★★★★ Très bonne adresse
    ★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

    $ Le bonheur pour une vingtaine
    $$ Une quarantaine par personne
    $$$ Un billet rouge par personne
    $$$$ Un billet brun par personne
    $$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

    Restaurant Elda
    ★★★
    5206, boulevard Saint-Laurent, Montréal, ☎ 438 387-6050, $$












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