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    Critique resto

    Des élans gastronomiques dans la canopée des Deux singes de Montarvie

    28 avril 2017 | Jean-Philippe Tastet - Collaborateur | Restaurants
    Le resto Les deux singes de Montarvie propose exclusivement deux menus: «Dégustation» et «Dégustation végétarien».
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le resto Les deux singes de Montarvie propose exclusivement deux menus: «Dégustation» et «Dégustation végétarien».

    Au sortir des Deux singes de Montarvie, ce très joli petit restaurant du Mile-End à Montréal, je me demandais si six plats (six, comme dans une petite demi-douzaine) faisaient un restaurant. Bien sûr, si j’avais été un client « normal », je me serais extasié devant le travail impeccable de Sean Murray Smith, chef exécutif et copropriétaire de la maison. J’aurais été touché par le service chaleureux et attentionné de Shawn, responsable de notre table ce soir-là.

     

    J’aurais joint mes commentaires dithyrambiques au flot de ceux publiés un peu partout dans les médias sociaux ou asociaux. Sans doute me serais-je moi aussi extasié.

     

    Comme critique, j’ai quelques réserves en raison notamment de cette brièveté des propositions. Mais concentrons-nous sur les fleurs, dans un grand vase en cristal, un très gros bouquet de pivoines par exemple, la note de quatre étoiles indiquant que la maison est hautement recommandable.

     

    Je vous tairai mes quelques réticences à crier au génie qui viendraient, elles, dans un tout petit pot.

     

    Les fleurs, donc. Tout ce qui a été déposé sur notre table ce soir-là était très beau et très bon. Absolument tout, de l’amuse-bouche jusqu’au dessert, ce qui est un événement rarissime dans mes déambulations de critique. Même Rémi, mon ami levantin au sens critique (dans le sens ronchon du terme) particulièrement aiguisé en convint.

     

    Madame Tremblay et Madame Barguirdjian, deux personnes de qualité, âmes sensibles et papilles toujours aux aguets, s’exclamèrent.

     

    Deux menus

     

    La maison propose exclusivement deux menus ; un premier appelé Menu dégustation et un second, Menu dégustation végétarien. Dans cette formule imposée, deux éléments se retrouvent d’un menu à l’autre également délicieux : une salade d’agrumes de saison, pamplemousse et oranges de toutes sortes, noix et graines de quinoa grillées, ainsi que le dessert, un savant assemblage d’éléments hétéroclites au premier abord et délicieux au-delà des apparences, sorbet citron, petit churro fourré, noix de coco, chocolat blanc.

     

    Les deux éléments du menu dégustation végétarien prouvent, si besoin était, que la gastronomie peut très facilement se passer de viandes, volailles et autres résultats de massacres de bêtes à pattes galopant sur terre.

     

    En entrée, Monsieur Shawn apporte une quiche de juliennes de poireaux frits déposée sur trois traits de purée de jalapeños et, en appui visuel très réussi, un minipoireau poché, nappé de fleurettes comestibles.

     

    Pour donner une touche Bon cop, bad cop à ce plat, le chef natif des Cantons-de-l’Est ajoute deux touches de fromage, Lindsay de l’Ontario et Alfred du Québec. Suivent dans un grand bol coloré de délicieux fettucine au sarrasin, miso oignon vert dans une mousse parfumée.

     

    Dans la version pesco-végétarienne viennent s’intégrer parfaitement quelques crevettes de Matane et des copeaux de bonite, connue des connaisseurs sous le nom de katsuobushi, et des profanes pour le fait que les copeaux se tortillent dans l’assiette, semblant prendre vie.

     

    Les deux éléments originaux de la version non végétarienne sont tout aussi savoureux : en entrée, un trio de pétoncles, duo de purées de chou rouge et de chou-fleur, lardon, pointe d’ail dosée méticuleusement, minichips de pommes de terre bleues, quelques fleurs et deux ou trois pincées d’un mélange de poudres d’hibiscus, de fenouil et de poivre noir.

     

    Interprétation libre

     

    Viendra plus tard l’interprétation libre (très) du cassoulet : sur un fond de volaille à peine tomaté, relevé de vin blanc et d’une trace discrète de jambon fumé, quelques bouchées de flanc de porc confit dans du gras de canard, un petit morceau de foie gras poêlé et une saucisse de Toulouse à la Sean Murray, porc en purée, origan, fenouil.

     

    Bols et assiettes sont si soigneusement saucés qu’ils repartent en cuisine comme des hommages aux jeunes gens qui y travaillent aux côtés du chef Smith. Curtis et Angie méritent d’être nommés, tant leur application donne de superbes résultats.

    Légendes

    ★ Je regrette de devoir vous en parler
    ★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
    ★★★ Bonne adresse
    ★★★★ Très bonne adresse
    ★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

    $ Le bonheur pour une vingtaine
    $$ Une quarantaine par personne
    $$$ Un billet rouge par personne
    $$$$ Un billet brun par personne
    $$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

    Les deux singes de Montarvie

    Ouvert en soirée du mardi au samedi. Deux choix : Un Menu dégustation pour 65 $ et un Menu dégustation végétarien pour 50 $. Avec une bouteille d’un excellent Morgon 2013 de chez Georges Descombes, nous nous en sommes tirés pour 71,25 $ par personne, avant taxes et pourboire.

     

    Dans son style concis et précis, l’expert mondial, Jean Aubry, dit de la carte des vins : « Dans les p’tits pots les meilleurs onguents, disait ma grand-mère. Elle aurait apprécié cette carte certes courte, mais fine et ciblée. » Malgré la regrettable concision des menus, les assiettes ici sont si impeccablement conçues et préparées que cette table vaut le déplacement.

    Les deux singes de Montarvie
    ★★★★
    176, rue Saint-Viateur Ouest, Montréal ☎ 514 278-6854, $$$1/2












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