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    Une Récolte reposante

    4 décembre 2015 | Jean-Philippe Tastet - Collaborateur | Restaurants
    Les copropriétaires de La Récolte et la petite Léa
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les copropriétaires de La Récolte et la petite Léa

    À l’occasion, une critique reposante se présente. On sort du restaurant et on a en tête tout ce qu’il faudra écrire. On sait que ce sera bon, relativement court et extrêmement reposant. Au sortir de La Récolte, c’est exactement ce qui s’est passé, la soirée s’étant déroulée sans la moindre anicroche.

     

    Les gens derrière ce restaurant montréalais de la rue Bélanger ont cru bon d’ajouter au nom de leur établissement « Espace local » et, comme finition, « Bio-local-responsable ». Juste à lire ça en entrant, on se sent bien. En sortant, après avoir mangé et constaté que tout ça est bien vrai, on se sent encore mieux.

     

    Un vendredi soir de fin novembre un peu glauque, en partie à cause d’un rendez-vous manqué dans un autre restaurant branché de Griffintown, qui avait « perdu » notre réservation faite sous un nom d’emprunt. Trois convives ayant dû se battre pour trouver une place de stationnement, légèrement affamés, et moi en quatrième du groupe, gêné et de fort méchante humeur. Repli stratégique à l’autre bout de la ville, chez La Récolte. À peine le menu de cet espace local consulté, la bonne humeur était revenue.

     

    Rien de compliqué

     

    Rien n’est compliqué ici, ni le décor, ni le service, ni les assiettes. Simple ne veut pas dire relâché ou négligé, mais plutôt tout en sobriété. Je crois qu’il y avait même de la musique, mais le simple fait que ce ne soit qu’un vague souvenir prouve que le volume était réglé à la position « Civilisé ».

     

    Derrière le comptoir, dans une cuisine aux proportions modestes, le chef Étienne Huot et ses amis s’affairent. Les assiettes sortent à un rythme parfait, orchestré avec délicatesse par Vanessa, serveuse intelligente, attentive et organisée.

     

    Le menu compte dix plats, quatre entrées, quatre plats principaux et deux desserts ; rien pour mettre les cuisiniers dans l’embarras, tout pour combler la clientèle. Dans chaque plat, on sent beaucoup d’application, de respect du produit et d’amour aussi, un ingrédient qui change tout.

     

    En entrées, deux propositions très réussies. Ode à l’automne, cette crème de courge était parfaite dans la délicatesse avec laquelle le chef avait travaillé la cucurbitacée, justement sans crème mais plutôt avec un court-bouillon très léger et qui laissait toute la place à la courge. Un peu de céleri-rave en crumble, un filet d’huile de tournesol et une pluie de graines de tournesol complètent le bol.

     

    Sous une très fine tranche de pain maison gorgé de graines de lin, d’avoine et de chanvre, un très beau tartare de truite, de tout petits dés de pomme, céleri-rave et quelques boutons de marguerite. Toute maison utilisant des boutons de marguerite devrait mériter des éloges. Quand les boutons — et divers autres éléments du menu — viennent de chez Gaspésie Sauvage, les éloges devraient redoubler d’intensité.

     

    Les plats principaux

     

    En plats principaux, quatre très agréables invitations. En plus de mes analyses, j’accorde toujours beaucoup d’importance aux mines réjouies et silencieuses de mes commensaux pendant les repas. Marie nous abandonna dès l’arrivée de cette plaque d’ardoise que le chef avait décorée de courges en trilogie, butternut, poivrée et spaghetti, de quelques choux de Bruxelles frits et de deux doigts de sauce à la crème sure.

     

    Madame Hélène, toujours prête à se sacrifier, avait pris le plat à l’intitulé le moins réjouissant. Elle se réjouit pourtant de ce spaghetti sauce tomate agrémenté de moules dodues et de petits lardons. Elle se réjouit tellement que son époux dut presque lui arracher son assiette lorsque vint le moment de partager en échangeant. Hélène et Jean-Pierre échangent, mais seulement si Hélène ne change pas d’avis en cours d’assiette.

     

    Pendant que Marie planait avec ses courges, je me délectais de ma truite des Bobines, casserole de légumes, tomate d’été, algues fumées et huile de tournesol. Le chef avait dû lire les commentaires pertinents et plutôt gentils de mon confrère M. Daraize sur la cuisson légèrement foireuse du magret de canard. Celui servi à Jean-Pierre ce soir-là présentait en effet une peau parfaitement rôtie, croustillante à souhait. Débité en une demi-douzaine de belles tranches, le magret était goûteux, tendre, délicieux. L’assiette était complétée par un alignement de gnocchis, carottes rôties, brocolis et sauce soya et érable.

     

    Au dessert

     

    Les deux desserts étaient aussi réussis et en accord parfait avec le reste du menu et la mission que semble s’être fixée la maison : servir des produits locaux en en tirant le meilleur. Le constat reste le même : lorsqu’il ne reste plus la moindre miette dans une assiette, est-il souhaitable que j’élabore ?

     

    Ce soir-là, tarte aux pommes, crème au mélilot, puis crumble, courge confite, crème au peuplier baumier disparurent comme par enchantement. Un bonheur de petit restaurant.













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