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    Le Monsieur de Mademoiselle

    Si vous aimez que ça bouge, qu’il y ait de l’action et des vibrations, vous aimerez beaucoup ce Monsieur à l’ambiance endiablée.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Si vous aimez que ça bouge, qu’il y ait de l’action et des vibrations, vous aimerez beaucoup ce Monsieur à l’ambiance endiablée.

    Mademoiselle, c’est Kim Lallouz, hyperactive restauratrice tombée dedans quand elle était petite. Monsieur, c’est le nom de son restaurant ouvert juste à côté de son autre entreprise qui porte le joli nom de Miss prêt à manger. Avec un nom pareil vous aurez déduit qu’il s’agit d’un traiteur, plutôt très bon d’ailleurs. Les assiettes du restaurant permettent à ce dernier de se classer lui aussi dans la catégorie des endroits recommandables.

     

    Monsieur s’annonce comme « Restaurant + Bar ». Je ne connais pas grand-chose au monde des bars, mais pour ce qui est des restaurants, je vous assure que je travaille très fort depuis longtemps sur le sujet. Donc, ce Monsieur, il est comment, vous entends-je demander, impatients que vous êtes d’avoir une autre adresse à mettre dans votre calepin de sorties endiablées.

     

    Endiablé justement, Monsieur est endiablé. Mais heureusement sa frénésie tient davantage de la fougue que du débordement. Si vous aimez que ça bouge, qu’il y ait de l’action et des vibrations, vous aimerez beaucoup. Si vous avez les tympans sensibles, sans doute voudrez-vous vérifier au moment de la réservation si le D.J. est là le soir où vous planifiez votre visite.

     

    Je vous parle de l’ambiance en premier, mais je pourrais tout aussi bien vous parler de la cuisine, car c’est sur ces deux points que Monsieur se distingue. Une cuisine appliquée, soignée, inventive et cherchant à mettre en avant les produits de chez nous. Sans doute par excès de modestie, la patronne prétend ne pas être une vraie « chef », pourtant, côté cuisine, elle en connaît quand même pas mal plus que nombre de « chefs » autoproclamés de la ville et ses assiettes en témoignent.

     

    En deux temps

     

    Première visite un vendredi vers 13 h : la salle est bondée, le son sourd des basses rythme les pulsations cardiaques de la clientèle qui semble parfaitement à l’aise avec la chose. Le service est, comment dit-on, réveillé et souriant. Nous suivons les recommandations de la personne qui nous sert. La météo hésitant encore entre Kuujjuaq et Inukjuak, nous optons pour deux soupes, la première à la courge musquée nettement plus enlevante que celle au chou frisé et aux « légumes mixtes » (sic).

     

    Comme il n’y a plus de burger, je me rabats sur le thon albacore grillé servi avec une relish d’olives, quelques légumes grillés, le tout sur un lit de riz noir interdit, ce riz jadis réservé à l’empereur de Chine. On apprécie ces élans démocratiques culinaires de Monsieur.

     

    De l’autre côté de la table, Madame S. essaie de venir à bout de sa gigantesque « salade repas gourmet » aux crevettes géantes grillées, salsa pico de gallo, fenouil et vinaigrette à la coriandre. Nos assiettes nettoyées, il nous reste à peine assez de forces pour admirer le travail méticuleux de nettoyage des assiettes de desserts à la table voisine. Les deux desserts sont engouffrés en sifflotant par deux touristes ravis.

     

    Cinquante minutes chrono, nous repartons au bureau, plutôt impressionnés.

     

    Deuxième visite, en soirée, quelques vendredis plus tard. L’ambiance est carrément joyeuse et le personnel slalome élégamment entre les tablées d’affamés. Le menu est suffisamment fourni pour que chacun y trouve son bonheur et après de longues négociations, nous y trouvons le nôtre.

     

    Madame R. engloutit son sashimi de thon (mention de la maison : « poisson durable » ; on est soulagés). Autre mention de la maison : « Clin d’oeil à la niçoise », 6 bouchées de thon sur lesquelles sont posés ici une tomate cerise, là un demi-oeuf de caille, là encore une pincée de haricots verts. L’ensemble est surprenant. L’époux de Madame R., sans doute ému par le regard de velours de la patronne, hésite longuement et arrête son choix sur cette burrata artisanale dont la patronne justement lui a vanté les mérites. Accompagnement de prosciutto, quelques tomates cerises rôties au four, un bouquet de roquette et une surabondance de glaçage balsamique. La patronne repasse. Monsieur R. roucoule de bonheur. Lui et son épouse poursuivront leurs roucoulades pour les plats principaux : pour elle des côtes levées de porc (« local » dit la carte ; on est encore soulagés) marinées, grillées et badigeonnées d’une sauce BBQ maison très réussie. Réussite également que ces frites de patate douce. De son côté, Casanova craque pour les « Linguine J’aime les légumes », sauce tomate épicée et légumes du marché.

     

    Marie B. est absorbée par la beauté de son assiette de betteraves sur betteraves, un bel assemblage de betteraves rouges et jaunes rôties et marinées, en purée et en chips, fromage de chèvre, pacane et pamplemousse frais. Extase modérée pour les gnocchis maison en plat principal. On ne peut pas tout réussir, ni tout aimer tout le temps.

     

    Quant à moi, tant cette pieuvre marinée et grillée, purée de pois cassés, noix de pin, brunoise de concombre et tomate, câpres, roquette et vinaigrette à l’aneth que ce filet mignon AAA du Québec, parfaitement bleu et reposant sur une purée de choux-fleurs et quelques épinards sautés me remplirent de joie. Tout y était intelligemment conçu et réalisé avec goût.

     

    Les desserts ne méritent pas que je vous en dise du mal. Je n’irai pas jusqu’à vous en dire du bien. Monsieur Aubry ayant les mêmes réticences concernant la carte des vins, je vous épargnerai ses commentaires.













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