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    Critique

    Chanel, femme de lettres

    Le beau livre «La femme qui lit» plonge dans l’imaginaire de la couturière française

    23 décembre 2017 |Geneviève Tremblay | Loisirs
    Photo datée des années 1960 prise dans un avion à Paris de Coco Chanel, fondatrice de la maison de haute couture.
    Photo: Agence France-Presse Photo datée des années 1960 prise dans un avion à Paris de Coco Chanel, fondatrice de la maison de haute couture.

    Son tailleur et sa petite robe noire ont fait de Chanel une couturière mythique, créatrice de la femme moderne et d’un style encore indémodable à ce jour. Mais Chanel, la femme qui créait et cousait, fut aussi une femme dévouée aux lettres et à l’art — cette vaste matière qu’elle gardait précieusement dans sa grande bibliothèque de la rue Cambron, matière qui a marqué sa vie intime et, par là, sa création. Comme un double fil.

     

    La femme qui lit, extraordinaire album basé sur le septième et dernier volet de l’exposition Culture Chanel présentée l’an dernier à Venise, recense avec une liberté de forme et de fond, à la manière d’un collage, les lectures de Coco qui ont orienté sa vie, de son enfance modeste à son quotidien mondain. De ses livres, qu’elle marquait d’un C au crayon de plomb en page de garde, on découvre ici l’intérieur — des pages choisies, des extraits en surimpression, des dédicaces laissées en liminaire par ses amis artistes (dont Jean Cocteau), voire par elle-même. « La vie qu’on mène est toujours peu de chose. La vie qu’on rêve, voilà la grande existence, parce qu’on lacontinuera au-delà de la mort », notera Chanel sur un papier volant, citant L’initiation sentimentale de Joséphin Péladan.
     

    Mais pareille recension, où l’on ne peut que manoeuvrer à l’intuition, s’attarde aussi au vaste contexte où a vécu Chanel (1883-1971), à son imaginaire, à ses courants engagés. Des enluminures, des tableaux, des photographies, des lettres manuscrites, des dessins au crayon font ainsi revivre, page après page, la réalité sociale et culturelle de l’Europe du XXe siècle — depuis l’enfance de Chanel dans l’orphelinat de l’abbaye d’Aubazine à ses amitiés chez les cubistes, les poètes et les dadaïstes, dont Pierre Reverdy et Tristan Tzara. On devine enfin, dans ces tissus éloquents et resserrés, les lectures qui ont construit son esthétique de la femme indépendante, indissociable de ses collections.

     

    « Chaque auteur lui révélait ce que pouvait être la construction d’une oeuvre, cette façon d’inscrire dans le temps une vision du monde », écrira à juste titre le commissaire de l’exposition et auteur de l’ouvrage, Jean-Louis Froment. Une oeuvre où Chanel se sera consacrée à matérialiser la « beauté “éternelle” de la femme », analysait pour sa part Roland Barthes dans les pages du magazine Marie Claire en 1967, un texte reproduit ici.

     

    Si La femme qui lit porte une certaine lourdeur formelle propre aux livres d’art — peu de repères et plusieurs précis bibliographiques avec traduction en anglais et en italien, tous très touffus —, il faut en saluer la grande qualité d’édition, avec jaquette de cuir, papier vélin et magnification d’archives, de même que l’esprit de synthèse. Chanel apparaît bien au-delà de la mode, bien au-delà de l’image et du vêtement ; nous voilà dans son intimité, dans la sensibilité qui fait l’artiste et sa démarche, comme une très juste mise en abîme. Cela vaut bien une plongée où l’on ne comptera plus les heures.

    Culture Chanel. La femme qui lit
    ★★★★
    Jean-Louis Froment, Éditions de La Martinière, Paris, 2017, 396 pages












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