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    La rue Ontario comme vous ne l’avez jamais entendue

    2 décembre 2017 |Jérôme Delgado | Loisirs
    «Un objet pour une personne que j’aime»: c’est ce message sur la devanture du magasin D’ici, d’ailleurs et d’hier qui a happé Joakim Lemieux, une des participantes du projet.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Un objet pour une personne que j’aime»: c’est ce message sur la devanture du magasin D’ici, d’ailleurs et d’hier qui a happé Joakim Lemieux, une des participantes du projet.

    L’un a des airs de taverne, l’autre de théâtre. Ce sont pourtant, selon leur dénomination commerciale, deux « cabarets ». Rue Ontario, dans le Village, l’offre commerciale est si vaste qu’un même mot peut décrire deux réalités.

     

    Distants de quelques foulées — 550 mètres, selon un service de cartographie en ligne —, le Bar Cabaret Fun Spot et le Cabaret Lion d’Or sont désormais sur la même scène. Celle de la plateforme de baladodiffusion Radio-Ontario.

     

    Balade (urbaine) et diffusion (Web) : c’est littéralement ce à quoi convie le programme Radio-Ontario. Ce projet radiophonique à cheval sur l’expérimentation sonore et le documentaire a été développé par Turbine, un centre d’artistes spécialisé dans la « création pédagogique ». L’enjeu derrière Radio-Ontario était double : initier des gens à l’art audio et faire connaître, à tous, la rue Ontario.

     

    Les huit capsules mises en ligne — et diffusées les lundis sur les ondes de CIBL — explorent la variété de services qu’on trouve entre les rues Amherst et Papineau. Il y a des commerces de proximité, comme le Fun Spot, et ceux connus en dehors des frontières du quartier, comme le Lion d’Or. Chacune d’eux fait l’objet d’un portrait radiophonique.

     

    C’est dans ce segment de la rue Ontario que tenait boutique jusqu’à son décès, il y a quelques jours, le libraire Richard Gingras. Dans le balado consacré à la bouquinerie Le Chercheur de trésors, il témoigne du métier qu’il pratiquait depuis 30 ans. « Dans une vie de libraire, tu ne vends jamais ton dernier livre, à moins de les vendre tous ensemble », confie-t-il, lui qui se voyait libraire jusqu’à la fin.

     

    La mal-aimée

     

    Méconnue, la rue Ontario ? Dans ce secteur du quartier Centre-Sud, l’artère demeure dans l’immense ombre de la rue Sainte-Catherine, coeur et poumon du Village gai. La rue Ontario est pourtant très fréquentée. Par des voitures, qui peuvent se suivre à la queue leu leu jusqu’au pont Jacques-Cartier.

     

    Yves Amyot, qui habite dans la rue Panet depuis 25 ans, le constate chaque jour. Le directeur et fondateur du centre Turbine a aussi constaté le corollaire : ces voitures ne s’arrêtent pas. Les commerçants ne semblent aucunement en profiter.

     

    « La rue Ontario, c’est la mal-aimée, juge-t-il. Elle est une rare rue commerçante à ne pas avoir de regroupement de marchands. Il y a eu des tentatives d’en fonder un et ça n’a pas marché. Les commerces ouvrent et ferment. Les gens étouffent ici. »

     

    Ne cherchez pas chez Yves Amyot de la rancune. Son quartier, il l’aime, lui, l’Ottavien qui a préféré le Centre-Sud au Plateau, plus bourgeois et uniforme. « Le Centre-Sud ne s’est jamais gentrifié à 300 000 milles à l’heure. C’est encore un quartier populaire, mais quand même mixte, multiculturel. L’architecture est plus vieille, on voit encore des portes cochères », relate-t-il.

     

    Yves Amyot déplore que les nouveaux résidants tardent à s’enraciner. « Les BMW vont toutes chez Costco, jamais sur la rue Ontario », dénonce celui qui s’est battu pendant quatre ans pour mener à terme ce projet à résonance sociale. Trois fois les bourses lui ont été refusées.

     

    La proximité

     

    « Un objet pour une personne que j’aime » : c’est ce message sur la devanture d’un magasin qui a happé Joakim Lemieux, une des participantes du projet. « Je ne comprenais pas ce que c’était. C’était écrit à la main. Je me suis dit que la propriétaire devait être un peu artiste », dit la jeune femme, qui a décidé de faire son reportage sur la boutique baptisée D’ici, d’ailleurs et d’hier.

    Il faut apprendre à écouter. Écouter n’est pas uniquement ce qui est raconté, c’est autre chose, c’est l’ambiance, c’est ce qui se passe autour. Il faut comprendre ça pour bien enregistrer ce qu’on veut enregistrer.
    Chantal Dumas

    « Au début, j’avais surtout des meubles. Mais c’est une période qui est terminée. Les gens vendent directement, avec des prix très bas. Ce n’est plus ça qui est recherché [par ses clients]. Ce qui est recherché, c’est le collectable », explique la propriétaire, Guylaine Sirard, dans un accent joliment exagéré, comme capté par le micro de Joakim Lemieux.

     

    Les balados sont de cet ordre, des rencontres intimistes et vraies avec des commerçants. Joakim Lemieux a déjà exercé le métier de recherchiste à la télévision, mais n’avait jamais tâté du documentaire audio. L’expérience l’a fascinée. « Une caméra, ça impressionne, ça intimide. Mais une enregistreuse, on l’oublie, c’est moins dans le visage. C’est un beau moyen pour que s’expriment ceux qui n’ont pas l’habitude [de le faire] », a-t-elle constaté.

     

    Elle, comme ses sept collègues documentaristes improvisés, a été accompagnée par Chantal Dumas, une artiste sonore à la longue feuille de route. L’initiation a été totale, de la prise de son au montage.

     

    « Il faut apprendre à écouter. Écouter n’est pas uniquement ce qui est raconté, c’est autre chose, c’est l’ambiance, c’est ce qui se passe autour. Il faut comprendre ça pour bien enregistrer ce qu’on veut enregistrer », dit celle pour qui l’ouïe demeure le premier sens.

     

    À travers les portraits de commerçants, Radio-Ontario livre aussi celui, tout sonore et chantant d’accents multiples, d’une rue, d’un quartier. Plusieurs clichés tombent. Ici, la majorité des propriétaires sont des femmes. Y compris au cabaret Fun Spot.
     













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