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    Hochelaga’table

    HoMa dans son assiette

    Un projet prend forme avec des ateliers artistico-alimentaires pour les jeunes

    28 novembre 2014 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Loisirs
    Hochelaga’table est un projet de sensibilisation qui vise à développer « des environnements alimentaires urbains sains et équitables ».
    Photo: Projet Hochelaga'table Hochelaga’table est un projet de sensibilisation qui vise à développer « des environnements alimentaires urbains sains et équitables ».
    Entre bouffe et malbouffe, voire rien à se mettre sous la dent, de jeunes adultes ont été invités à revoir leur vision de l’alimentation quotidienne par la lorgnette ludique et artistique.​
     

    La pizzeria du coin ou Dollarama ? La Belle Province ou le dépanneur ? Les résultats embryonnaires d’une étude sur les habitudes alimentaires des jeunes du quartier Hochelaga-Maisonneuve peuvent étonner. Ils reflètent néanmoins une réalité pas si inusitée en milieu urbain.

     

    L’accessibilité à une saine alimentation est certes une question d’éducation. Il faudrait aussi, déjà, que les ressources existent. Or, pour une partie de la population, Dollarama, avec ses boîtes de conserve à bas prix, est synonyme d’épicerie.

     

    Ce constat est un de ceux livrés par Hochelaga’table, une initiative menée en complément des actions communautaires de la Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve. S’il s’agit d’un projet de sensibilisation qui vise notamment à développer « des environnements alimentaires urbains sains et équitables », il comporte aussi une part non négligeable de créativité.

     

    Ces derniers jours de novembre, une exposition en fournit la preuve : de courte durée, elle est montée dans un local vacant de la rue Ontario et accompagnée de la dégustation de mets préparés selon les recettes des jeunes d’Hochelaga’table.

     

    La pizzeria, Dollarama ou… la cuisine collective Créabouffe ? Ou alors L’Affamé, dont le système de paiement inclut le troc ? Et pourquoi pas le Beigne police et ses « crêpes de Paris » ? Voilà certains des lieux imaginés par les participants.

     

    Leurs trouvailles se déclinent en de multiples détails, y compris l’emplacement où ils aimeraient voir apparaître ce type de commerce.

     

    Cette part d’imaginaire découle de la présence dans Hochelaga’table de Turbine, un centre de création pédagogique voué à la défense de pratiques en art actuel.

     

    Un sujet délicat

     

    Fondé en 1999 et connu depuis pour ses activités en milieu scolaire, Turbine a proposé une série d’ateliers pour permettre à des jeunes à risque, âgés entre 18 et 30 ans, de s’exprimer. De dire ce qu’ils mangent, où, comment, pourquoi, et ce qu’ils aimeraient manger.

     

    « L’alimentation, c’est délicat comme sujet. À 18 ans, tu n’as pas le goût de dire comment tu manges », a constaté Gaëlle Janvier, chargée du projet « Nourrir la citoyenneté » à Alternatives, un organisme de solidarité bien connu. C’est elle qui a piloté le projet pour Hochelaga et invité Turbine à y participer.

     

    Pour pouvoir dresser un portrait juste de la réalité, les propos des gens concernés étaient indispensables. Or, selon l’urbaniste et horticultrice écolo, « il fallait leur donner quelque chose en retour, pas juste un espace pour dialoguer ».

     

    L’exposition est ce « quelque chose », le résultat d’un exercice, l’accomplissement d’un moment, d’un été. L’art est un stimulateur, et c’est ce que prône Turbine. « Par l’art, parce que c’est drôle, poétique, ludique, les gens s’expriment davantage », dit Marie-Pierre Labrie, du centre pédagogique.

     

    La manière de faire

     

    L’atelier de création a fait la preuve qu’il peut recueillir l’information autrement que par les outils traditionnels. « Le plus difficile aura été d’engager 45 jeunes, pour trois ateliers de 7 heures, pour parler d’alimentation. L’expo, souligne une Gaëlle Janvier plus que satisfaite, donne un visage de l’alimentation. C’est un état visuel des choses. »

     

    Les ateliers ont permis d’aborder le sujet sous différents angles, comme celui de la capacité de cuisiner. Par le dessin, l’écriture, la photographie, les jeunes adultes ont parlé bouffe et malbouffe.

     

    Un menu collectif est né sous l’exercice d’un cadavre exquis. Un petit montant d’argent dans leurs poches, ils ont été invités à faire leur épicerie en vue de la préparation d’un souper.

     

    La manière de faire, chez Turbine, varie d’un projet à l’autre. Pour inciter les ados à marcher, par exemple, le centre a déjà conçu la « techno-marche », qui consistait à déambuler dans un quartier muni d’un appareil photo ou d’une micro-cravate.

     

    Dans le cadre de projets de francisation, des enfants ont fabriqué du matériel visuel à partir de contes créés lors des Zurbains, concours littéraires pour jeunes.

     

    « L’art actuel propose des regards autres, multiplie les manières de voir. Il nous permet d’accepter les malaises de vivre, nous incite à prendre des risques », explique Yves Amyot, qui a fondé Turbine à une époque où la médiation culturelle n’était pas encore une mode.

     

    « L’objectif n’est jamais déterminé d’avance. On parle du processus de création, confie de son côté Marie-Pierre Labrie. On ne fait pas d’éducation, il n’y a pas d’évaluation. Ça se fait dans le plaisir, la réflexion, l’expérimentation. »

     

    Ce n’est pas toujours facile : être déstabilisé est affaire courante en art, alors qu’en éducation, c’est quelque chose à éviter. « Un enseignant qui déstabilise, c’est qu’il est mal compris, qu’il a mal expliqué. Alors que, pour nous, être déstabilisé, c’est un moment d’ouverture », dit encore le pédagogue artistique Yves Amyot.

     

    C’est cette ouverture d’esprit, et ouverture au monde, qui a rapproché Turbine d’Alternatives. L’art et la solidarité, réunis à Hochelaga par l’entremise de ces deux organismes, ont fait reculer les problèmes d’alimentation, même si ce n’est qu’un tout petit peu, à hauteur d’une quarantaine d’individus marginalisés.

     

    Ceux qu’on n’écoute pas

     

    Mais, déjà, pour Gaëlle Janvier, le projet Hochelaga’table a permis de recueillir « le point de vue de ceux qu’on n’écoute pas », nécessaire, suppose-t-on, lors d’un éventuel développement de services dans le quartier.

     

    Le portrait embryonnaire exposé jusqu’à samedi au 3235, rue Ontario Est, est le premier volet d’une analyse plus poussée qui viendra en 2015. Un site Web a aussi été mis en ligne : hochelagatable.com.













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