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    Foresta Lumina

    Feux follets à Coaticook

    8 août 2014 |Marie-Pier Frappier | Loisirs
    Une fois passés sous le portail enfumé d’une des plus longues passerelles suspendues au monde, c’en était fait de nous. L’envoûtement était total quand, devant nos yeux ébahis, une pauvre victime incrédule s’est mise à repousser un tourbillon infernal de lucioles.
    Photo: Moment Factory Une fois passés sous le portail enfumé d’une des plus longues passerelles suspendues au monde, c’en était fait de nous. L’envoûtement était total quand, devant nos yeux ébahis, une pauvre victime incrédule s’est mise à repousser un tourbillon infernal de lucioles.

    La quête de tout bon conte fantastique est de trouver le portail qui nous sépare d’un monde imaginaire. Le Devoir a repéré pour vous l’une de ses entrées, à Foresta Lumina, dans la vallée très profonde de Koatikeku, là où, en abénaquis, « la rivière est bordée de pins blancs ».


    À la tombée du jour, sous les lanternes magiques qui se balancent doucement, prenez un caillou au creux de votre paume et partez à la rencontre des fées qui réaliseront vos souhaits, si, bien sûr, vous ne les confondez pas avec de vulgaires mouches à feu.

     

    « Ce ne sont pas des fées, ce sont des petites lampes ! » s’exclame la blondinette de tout juste six ans qui s’est aventurée trop loin dans le sentier du Parc de la gorge de Coaticook. Malheureuse ! La Créature, ce monstre sanguinaire qui se cache dans les forêts dont on nous a parlé au début du parcours, viendra sûrement la croquer. Ou bien elle sera leurrée par le Diable, qui se présentera plus loin sous les traits d’un charmant monsieur…

      

    L’envoûtement

     

    Nous, les adultes, n’avions aucun doute sur la tangibilité de ce monde féerique. Une fois passés sous le portail enfumé d’une des plus longues passerelles suspendues au monde, c’en était fait de nous.

     

    L’envoûtement était total quand, devant nos yeux ébahis, une pauvre victime incrédule s’est mise à repousser un tourbillon infernal de lucioles. « Ce sont des images projetées ! » a insisté la fillette. Le Devoir a donc vérifié la véracité de ses propos auprès des autorités compétentes.

     

    C’est la réalisatrice multimédia du studio montréalais Moment Factory, Marie Belzil, qui a d’abord brisé nos illusions en nous parlant du travail scénographique entamé il y a un an derrière Foresta Lumina.

      

    Folklore sans folklorique

     

    « J’ai rencontré des historiens des environs pour finalement inventer un récit qui mêle des contes et légendes du coin et la mythologie universelle, dit-elle, avec des perséides dans la voix quand elle parle du Diable et de l’Esprit de la forêt. L’idée était d’aller dans le folklore sans faire du folklorique. »

     

    Mais pourquoi une compagnie qui a mis en lumière la Sagrada Família de Barcelone, le Boardwalk Hall d’Atlantic City, Madonna et le Cirque du Soleil, s’intéresserait-elle à cette petite ville située à une trentaine de kilomètres de Sherbrooke, dans les Cantons-de-l’Est ? Il y a forcément de la magie là-dessous !

     

    « Nous, on carbure aux projets, sans égard à ce que ça vienne d’une grande ville ou non », nous raisonne Éric Fournier, partenaire et producteur exécutif chez Moment Factory. « J’étais tellement fière de participer à un projet québécois, nous qui sommes disséminés partout dans le monde ! » ajoute Marie Belzil.

     

    Quand la directrice générale du Parc de la gorge de Coaticook, Caroline Sage, les a approchés pour créer ce parcours nocturne de deux kilomètres, le studio y a vu une bonne occasion de tester ce qu’elle fait de mieux : récupérer les technologies associées aux spectacles et les adapter à n’importe quel environnement.

      

    Des milliers de visiteurs

     

    Une soixantaine de lutins ont par la suite travaillé d’arrache-pied — partant de visions de la forêt coaticookoise en janvier ! — pour livrer en juillet dernier une première expérience en nature pour Moment Factory et nocturne pour le Parc de la gorge. « Notre spécialité est aussi de travailler l’espace public de nuit, de faire un bon storytelling pour attirer les gens le soir et faire en sorte qu’ils restent plus que deux heures dans la ville, ce que nous avaient demandé les gens de Coaticook », ajoute M. Fournier.

     

    Mission plus que réussie car, avec jusqu’à deux milliers de visiteurs par soir, le succès du parcours lumineux rejaillit sur l’ensemble de la ville. Fini le monopole de la crème glacée comme seul attrait ! « J’aime croire que Foresta nous aide tous et mette en valeur notre esprit de collaboration et de concertation », dit Émilie Drouin, qui coordonne depuis 2011 les Fêtes du 150e anniversaire avec plusieurs autres.

     

    Éric Fournier renchérit : « Autant nous faisons des projets rassembleurs, autant ce qui nous stimule c’est non seulement l’endroit, mais la collaboration avec les gens d’un lieu. » Et ça fonctionne ! Les Coaticookois redécouvrent la vallée qu’ils connaissent bien, mais cette fois-ci avec les yeux de grands enfants.

     

    L’expérience créée sur mesure pour cet été n’en demeure pas moins semi-permanente. Les visiteurs pourront entrouvrir pendant cinq à dix ans les portes de la clairière enchantée, composée pour les plus terre-à-terre de panneaux métalliques, de toiles transparentes, de formes en bois, de mapping vidéo.

     

    D’ici là, la petite fille aux boucles blondes reviendra peut-être dans ce temple de piliers vivants s’imprégner de la finale du parcours immersif totalement éblouissante, alors que la gorge explose en millions de fragments de couleurs. À ce moment seulement, elle donnera raison aux adultes médusés.













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