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    ​Un semencier peu ordinaire

    Lise Gobeille
    31 août 2013 |Lise Gobeille | Jardinage | Chroniques
    D’un seul coup d’œil, on constate que l’oignon cuisse de poulet porte bien son nom.
    Photo: Lise Gobeille D’un seul coup d’œil, on constate que l’oignon cuisse de poulet porte bien son nom.
    Rencontrer l’homme producteur de semences derrière la Société des plantes est un moment peu ordinaire, car Patrice Fortier est un passionné qui s’intéresse à une multitude de domaines : l’adaptation des plantes au climat, l’amélioration de leur saveur, leur beauté, l’ethnobotanique, la gastronomie, les arts…

    L’homme illustre bien l’esprit de l’entreprise par la place importante qu’il réserve aux plantes. Ces plantes à fleurs ou médicinales, ces laitues, ces choux ou ces carottes sont au centre d’un bouillonnement d’idées et d’activités. Elles suscitent des rencontres et des rassemblements, des projets artistiques et d’amélioration génétique et, bien entendu, de formidables découvertes de nouveaux légumes.

    Cette histoire a commencé par un désir de quitter la ville pour aller faire pousser des légumes et avoir des poules, il y a de cela 15 ans déjà, une idée pas très populaire à l’époque. La magnifique région de Kamouraska est devenue son endroit de prédilection. Pourquoi ? Sûrement un peu pour ses habitants et ses paysages, mais aussi pour ses excellents loams limono-argileux qui permettent aux légumes de manifester pleinement leur goût et leur forme. Et aussi pour une question technique importante pour un semencier : obtenir des lignées pures de carottes et de panais, car ces deux légumes ne se retrouvent pas à l’état sauvage dans la région. Artisanale, l’entreprise est un espace de recherche et d’essais, un hybride entre une petite production et un potager domestique.

    Le retour d’un savoir traditionnel

    Il y a 100 ans, les semences étaient produites localement et sélectionnées pour leur adaptation à la région, leur goût, leur texture, etc. Malheureusement, avec l’industrialisation, les critères de sélection des semences sont devenus l’uniformisation du légume, sa résistance au transport et la mécanisation de sa récolte. Ainsi, beaucoup de beaux légumes goûteux et uniques ont disparu de nos potagers. Depuis quelques années, toutefois, de petits producteurs de semences ont fait leur apparition sur le marché et offrent des variétés inusitées qui sont les bienvenues pour l’amateur de diversité.

    Quant à la Société des plantes, elle s’est donné pour mission de faire découvrir et de proposer des sélections belles et délicieuses, adaptées aux conditions climatiques du Québec et autant que possible résistantes aux maladies et aux insectes.

    Passionné du patrimoine et ethnobotaniste curieux, Patrice Fortier réintroduit des variétés anciennes et souhaite faire revivre leur histoire parfois surprenante. Comme celle du haricot du Saint-Sacrement, pour lequel il a organisé un défilé, l’été dernier, et à propos duquel il existe une légende française… Lors de la Révolution, un ostensoir aurait été caché sous des haricots pour qu’il ne soit pas détruit par la canaille, et, miraculeusement, les graines auraient hérité d’une tache en forme d’ostensoir au niveau de l’ombilic…

    Semences de variétés utiles et agréables

    Semences de variétés utiles et agréables est le joli titre de la page de bienvenue sur le site de la Société des plantes : on ne peut que se laisser tenter. Les variétés vendues sont les préférées du propriétaire et testées sur place. Environ 250 d’entre elles, toutes certifiées bio, sont proposées, dont quelque 70 sont produites à Kamouraska, les autres provenant surtout des États-Unis.

    Lors d’une visite au jardin, j’y ai vu des légumes fascinants : un céleri à tige rouge, du chervis — un légume ancien plus sucré que la carotte —, une charmante mauve crépue que l’on consomme en accompagnement, un oignon nommé cuisse de poulet, du crambe — un minibrocoli vivace… Aussi amateur de fleurs, on découvre entre les rangs de légumes de Patrice Fortier des variétés peu communes : un superbe tournesol mexicain, un délicat pétunia parfumé, de gros tagètes branchus, de la centaurée simple… C’est un pur plaisir que de faire le tour de ce magnifique jardin où les colibris et les abeilles butinent de fleur en fleur, assurant la pollinisation, tandis que les crapauds se font un festin des petits insectes rampants.

    Patrice Fortier est dans le groupe d’artisans du terroir qui sont présentés dans le dernier livre de Normand Laprise, Toqué ! Les artisans d’une gastronomie québécoise.

    Le tour du jardin

    Pour cette année, il ne reste que ce samedi, mais je vous recommande fortement une visite commentée de ce jardin, en souhaitant que l’activité se poursuive en 2014. Le guide Patrice est passionnant et c’est un communicateur hors pair. Les visites ont lieu au cours du mois d’août, tous les vendredis et samedis à 17 h, et durent environ deux heures, et ce, à 15 $ par personne. Sur rendez-vous seulement. 418 492-2493, 
    lasocietedesplantes@videotron.ca

    Cet automne, la Société des plantes offre des ateliers de production de semences d’une journée complète, soit le 16 novembre à Kamouraska, ou le 23 novembre à Montréal, pour 60 $ par personne. On doit réserver à lasocietedesplantes@videotron.ca ou au  
    418 492-2493.

    ***

    Au jardin cette semaine

    Avec le temps, certaines plantes vivaces se dégarnissent au centre et septembre est une bonne période pour les diviser. D’abord, on s’assure de conserver une bonne motte de terre, puis on divise la plante avec un outil bien tranchant. Ensuite, on tasse la terre autour des racines et, surtout, on prend bien garde de ne pas enfouir le collet, car on risquerait de faire pourrir la plante. Pour terminer, on forme une cuvette pour que l’eau d’arrosage s’y accumule et on arrose abondamment.

    Pour la bibliothèque

    Potager en carrés
    Tout pour réussir, de la conception à la réalisation
    Catherine Delvaux
    Larousse, 2013, 127 pages

    Comment avoir un potager sans s’éreinter ? Le potager en carrés semble la solution tout indiquée car elle permet d’obtenir des récoltes de légumes jeunes et tendres sans s’esquinter. Dans le livre Potager en carrés publié chez Larousse, gage de qualité, on vous offre tous les outils pour réussir, de la conception à la réalisation. Tout est expliqué clairement et donne vraiment envie de se lancer dans l’aventure. Les informations sont détaillées, on y trouve beaucoup de tableaux et 56 fiches de culture. En outre, le livre contient de nombreux dessins et photos expliquant les différentes tâches étape par étape, des titres et des encadrés sous forme d’étiquette. Le tout, très visuel, rend l’information rapidement disponible et le livre agréable à lire et à regarder. On y découvre entre autres choses l’origine étonnamment récente des jardins en carrés, qui remonte à 1976 seulement, lorsqu’à l’âge de 42 ans, Mel Bartholomow, trouvant que le travail et le temps consacrés à un potager étaient excessifs, se mettait au jardinage et développait cette nouvelle approche. Il a même écrit un livre sur le sujet en 1981, Square Foot Gardening, qui devient un best-seller et se vend à plus d’un million d’exemplaires.

    Je réitère ici une mise en garde que je fais souvent : comme le bouquin est français, les périodes de semis, de plantations et de récoltes ne correspondent généralement pas aux nôtres, surtout en début et en fin de saison. Par conséquent, le chapitre qui énumère les activités au potager, mois par mois, ne peut s’appliquer tel quel, mais il demeure un bon indicateur.
    D’un seul coup d’œil, on constate que l’oignon cuisse de poulet porte bien son nom. L’ethnobotaniste Patrice Fortier Semblable à un laboratoire, la graineterie est l’endroit où Patrice entrepose et ensache les semences.












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