Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Urbanisme

    Comment contenir l’étalement urbain?

    3 juin 2017 | Stéphane Gagné - Collaboration spéciale | Habitation
    Conscient des effets néfastes de l’étalement urbain, le gouvernement du Québec a agi au fil des années.
    Photo: iStock Conscient des effets néfastes de l’étalement urbain, le gouvernement du Québec a agi au fil des années.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Depuis des années, la région de Montréal connaît une expansion urbaine qui semble impossible à maîtriser. Selon une étude coréalisée en 2016 par Jochen Jaeger, professeur de géographie à l’Université Concordia, le degré d’étalement urbain s’est multiplié par 26 entre 1971 et 2011. Pour parvenir à ce résultat, le professeur a utilisé une méthode qu’il a lui-même développée, appelé prolifération urbaine pondérée (PUP). Que fait le gouvernement pour ralentir le phénomène ? Les solutions mises en avant sont-elles efficaces ?

     

    La dispersion de l’habitat que vit la région de Montréal depuis plusieurs années a plusieurs effets négatifs. Augmentation de la pollution de l’air due à la hausse du trafic automobile, diminution de la surface des bonnes terres agricoles, hausse de la consommation énergétique, etc. Ces effets sont connus depuis des années. Ils ont même été bien documentés au début des années 1990 lors de la création du concept de la trilogie auto-bungalow-banlieue et le gaspillage énergétique, développé par Luc Gagnon, président d’Option transport durable.

     

    Des TOD pour réduire l’étalement

     

    Conscient des effets néfastes de l’étalement urbain, le gouvernement du Québec a agi au fil des années. Il y a eu d’abord l’adoption, en 1978, de la Loi sur la protection du territoire agricole. Elle a pour effet de limiter (avec un succès relatif toutefois) le développement résidentiel à l’intérieur de zones blanches, zones où l’urbanisation est permise. En 2000, le gouvernement du Québec créait aussi la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) dans le but notamment de mieux planifier l’aménagement du territoire. Cet organisme régional qui compte 82 municipalités adoptait en décembre 2011 le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD). Ce plan prévoit une densification du territoire, et l’un des moyens privilégiés pour y arriver est la planification d’aires TOD (Transit Oriented Development). Ce concept, né aux États-Unis, consiste à développer un quartier d’habitation à haute et moyenne densité autour d’une gare de train ou d’une station de métro ou d’autobus. L’objectif est à la fois de densifier l’habitat et de faciliter les déplacements en transport en commun et à pied.

     

    Le PMAD prévoit de localiser 40 % des nouveaux ménages dans 155 TOD d’ici 2031. Une équipe d’aménagistes à la CMM travaille à l’atteinte de cet objectif. « Nous sommes en voie de finaliser la planification de 11 projets-pilotes d’aires TOD », soutient Suzy Peate, coordonnatrice à l’aménagement du territoire à la CMM. La CMM a octroyé un budget de 100 000 $ par aire TOD pour leur planification. Certaines de ces aires seront aménagées autour de gares de trains de banlieue (ex. : gare de Saint-Bruno, gare de Mascouche), d’autres se trouveront autour de stations de métro (ex. : station L’Assomption, station Cartier) et d’autres autour de terminus de système léger sur rail (SLR) (stations de Brossard). Le personnel de la CMM propose des aménagements et, ensuite, c’est aux politiciens municipaux de faire en sorte qu’ils les concrétisent sur le terrain.

     

    Les obstacles aux TOD

     

    L’intention est louable et souhaitable, mais la réalisation de ces aires risque de se heurter à plusieurs obstacles. D’abord, dans plusieurs de ces aires, les terrains appartiennent à des propriétaires privés, confirme Mme Peate. Il faudra convaincre ces gens de bâtir selon le plan d’aménagement proposé. Les aires TOD devront aussi être attrayantes. Pour cela, il faut prévoir une mixité d’usages (ex. : résidences, commerces de proximité, écoles). Or, cela n’est pas gagné, car « aller dans cette voie, c’est plus coûteux pour les promoteurs, affirme Gérard Beaudet, professeur d’urbanisme émérite à la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal. Et ce n’est pas non plus toujours une formule gagnante, car même en présence de commerces de proximité, les résidants peuvent prendre leur automobile et aller magasiner ailleurs, dans des grandes surfaces, par exemple. »

     

    L’objectif de densifier l’habitat est dans certains cas irréaliste. « Il existe des zones, dans la région de Montréal [ex. : le Sud-Ouest], où le marché est plus favorable au développement d’habitations unifamiliales. Il sera très difficile d’y bâtir de la moyenne ou de la haute densité », poursuit Gérard Beaudet.

     

    Enfin, on constate déjà une accélération du développement de municipalités qui se trouvent aux limites du territoire régional, comme la formation d’une troisième couronne au sud et au nord de la CMM. Ainsi, la municipalité de Saint-Colomban, située près de Saint-Jérome et hors CMM, a connu une hausse de 22,5 % de sa population, entre 2011 et 2016. « Pour éviter cet effet de débordement, le gouvernement a imposé aux MRC certaines règles comme, par exemple, rendre plus difficile le dézonage de terres agricoles, dit M. Beaudet. Jusqu’ici, ces règles n’ont toutefois pas donné les résultats escomptés. »

     

    Le Réseau électrique métropolitain

     

    Plus récemment, le gouvernement Couillard a donné le mandat à la Caisse de dépôt et placement de développer un vaste réseau de transport collectif électrifié, le Réseau électrique métropolitain (REM). Ce projet de 6 milliards de dollars, conçu pour offrir aux résidants un transport collectif rapide et efficace, pourrait, en théorie, contenir l’étalement urbain, mais il semble que ce sera très difficile.

     

    La principale raison est l’aménagement de stationnements incitatifs aux abords des futures gares. « La facilité qu’auront les usagers à y stationner pourrait les inciter à s’installer dans des municipalités encore plus éloignées du centre, ce qui aurait pour effet d’accroître l’étalement urbain», dit Jochen Jaeger. Il ajoute toutefois qu’il faudrait une étude pour vérifier l’impact qu’aura le REM sur ce phénomène. À sa connaissance, une telle étude n’existe pas.

     

    On le constate, endiguer l’étalement urbain dans la région de Montréal n’est pas chose facile. Une action citoyenne, à l’exemple de la Suisse (aussi aux prises avec le phénomène), pourrait toutefois servir d’inspiration. Là-bas, la récente initiative appelée Stop mitage a notamment pour objectif de rendre plus difficile le dézonage de terres agricoles afin de freiner l’urbanisation.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.