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    Lowney sur ville - Un édifice de vingt étages dans Griffintown

    «Quand on parle de densification et de prévention de l'étalement urbain, il y a une conséquence»

    17 mars 2012 |Etienne Plamondon Emond | Habitation
    Les premières phases du projet Lowney ont été élaborées avec des logements souvent plus restreints en matière d’espace, un peu comme dans les grandes villes européennes, afin d’en rendre accessible la propriété à des gens dans la vingtaine ou le début de la trentaine.<br />
    Photo: Source Lowney Les premières phases du projet Lowney ont été élaborées avec des logements souvent plus restreints en matière d’espace, un peu comme dans les grandes villes européennes, afin d’en rendre accessible la propriété à des gens dans la vingtaine ou le début de la trentaine.
    Griffintown est aujourd'hui l'objet de toutes les convoitises immobilières, non sans controverse. Entretien avec Jacques Vincent, coprésident de Prével, qui fut le premier promoteur à saisir le potentiel de l'ancien quartier irlandais de Montréal. Son projet Lowney s'étend et grimpe avec une douzième phase: le Lowney sur ville.

    Le 14 février dernier, Prével a annoncé la construction dans Griffintown de la douzième phase de son projet Lowney, très différente des onze autres. Ce nouveau complexe, nommé Lowney sur ville, prévoit, entre autres, 500 logements et deux tours de 20 étages. Une hauteur considérable en comparaison avec les bâtiments des onze premières phases du projet Lowney, qui frisaient les huit étages et s'accordaient bien avec les immeubles voisins.

    Cette annonce a coïncidé avec les consultations publiques sur Griffintown qu'a organisées l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM), alors que de plus en plus de voix s'élèvent pour revendiquer un meilleur encadrement du développement urbain dans ce quartier.

    Planification

    «On pense que, dans les projets jusqu'à Lowney 11, le plan d'urbanisme était adéquat», répond Jacques Vincent. Pour le Lowney sur ville, Prével a acquis ce territoire situé entre les rues Ann, Shannon et Ottawa, encadré par le programme particulier d'urbanisme (PPU) Peel-Wellington qu'a adopté la Ville de Montréal en 2008. «Quand on s'est inscrit sur ce terrain-là, parce qu'à un moment donné il est arrivé que le terrain suivant qu'on pouvait acheter, c'était celui-là, et le vendeur nous le vendait en fonction de 20 étages. Si on ne faisait pas 20 étages, on ne l'achetait pas. On a poursuivi. On pense qu'il y a une planification qui a été faite. Il y a quand même eu une certaine consultation, se défend-il. Est-ce qu'il aurait fallu consulter autrement? Je pense que ça relève de la Ville, pas de nous.»

    Dans la zone du PPU, les constructions peuvent grimper davantage et Prével saisit l'occasion. «On pense que, à proximité du centre-ville, c'est un peu inévitable qu'il y ait une certaine densité. Quand on parle de densification et de prévention de l'étalement urbain, il y a une conséquence», considère-t-il.

    D'ailleurs, les premières phases du projet Lowney ont été élaborées avec des logements souvent plus restreints en matière d'espace, un peu comme dans les grandes villes européennes, afin d'en rendre accessible la propriété à des gens dans la vingtaine ou le début de la trentaine. Au départ, les banquiers affichaient leur scepticisme envers cette stratégie, raconte M. Vincent, alors que ces condos, aujourd'hui, se vendent bien. «C'est notre contribution à essayer de ralentir l'étalement urbain, parce qu'on a intéressé le jeune à rester à Montréal», clame-t-il.

    Densification

    Le 1er mars dernier, Sophie Thiébaut, de Projet Montréal, conseillère d'arrondissement du district Saint-Henri, La Petite Bourgogne, Griffintown et Pointe-Saint-Charles, a demandé «une halte à l'hyperdensification actuelle» en argumentant que, avec quatre ou cinq étages au maximum, il était possible de densifier. Elle s'appuyait sur l'exemple du Plateau Mont-Royal qui, malgré ses bâtiment à deux ou trois étages, constitue l'un des quartiers les plus densément peuplés en Amérique du Nord.

    «On peut avoir un mixte, mais de dire qu'on fait tout un quartier de maisons à deux étages juste à côté du centre-ville [...], c'est une mauvaise utilisation du sol et de l'espace urbain. Moi, je pense que la densité, elle a sa valeur, puisqu'on va amener beaucoup de monde à vivre à proximité du centre-ville», insiste Jacques Vincent.

    «Il y en a certains qui disent qu'il aurait fallu garder l'esprit de ce qu'était Griffintown, ou essayer de garder le patrimoine construit de petite densité, comme les maisons dans la rue rue de la Montagne, mais on ne peut pas reproduire ça. Il y en a qui voulaient reproduire cette espèce de quartier du temps des Irlandais, où il y avait beaucoup de maisons à deux étages dans une partie et des industries dans l'autre. Je pense qu'il faut vivre avec son époque», argue-t-il.

    Dès 2004

    En 2004, Prével était le premier promoteur à investir dans Griffintown en reconvertissant en immeuble à condos les deux anciennes usines de la chocolaterie Lowney, construites au début du XXe siècle. Le projet a conservé la brique rougeâtre et les corniches sophistiquées. «Lowney était réputé à travers l'Amérique du Nord comme soucieux de l'architecture de ses bâtiments», assure M. Vincent, fier d'avoir restauré ce patrimoine industriel endommagé.

    Jacques Vincent se souvient de cette période ayant précédé l'euphorie immobilière. «C'était vraiment un environnement très déstructuré. Il n'y avait vraiment rien, ce n'étaient que des terrains ou des usines abandonnés.» Il souligne qu'«au départ, avec les deux premières phases, ç'a vraiment été difficile» d'attirer les acheteurs. Il précise que ce n'est pas du jour au lendemain que la clientèle désireuse de «vivre dans un environnement un peu grunge» a répondu à l'appel.

    Ensuite, par contre, tout a déboulé rapidement. Prével a construit deux autres bâtiments s'intégrant à l'architecture industrielle. Actuellement, les phases 8 à 11 du projet Lowney sont en voie de se concrétiser.

    Depuis les débuts du projet Lowney, la dynamique a changé, et de nombreux autres promoteurs ont commencé à fouler ce quartier. Bien qu'il soit fier de revitaliser le quartier, Jacques Vincent n'est plus seul. «On observe notre compétition d'un oeil vigilant», admet Jacques Vincent. «Comme on a beaucoup échangé avec nos clients dans tout le processus, on connaît beaucoup notre clientèle, ce qui nous donne un certain avantage sur nos compétiteurs. Mais cet avantage sera de courte durée», reconnaît-il avec franchise.

    Revitaliser la rue Notre-Dame

    N'empêche, Jacques Vincent demeure convaincu que le projet Lowney sera, dans l'avenir, «au centre» de l'effervescence qui gagnera ce quartier où «il sera agréable de vivre».

    «J'ai bon espoir que la rue Notre-Dame, si on travaille à la consolider, ça va être une rue dans ce segment qui va être très animée et très intéressante. Je pense que la vie de quartier peut s'articuler autour d'elle», entrevoit-il. La rue Notre-Dame constitue l'une des artères délimitant le projet Lowney.

    «Chaque fois qu'on se fait demander de mettre un peu de commerces dans la rue William et la rue Ottawa, on se bat contre ça. On dit: "Plutôt que de tout éparpiller, consolidez Notre-Dame. Amenez-y les services et il va y avoir des activités et de l'animation".» Une rue, une fois revitalisée, qui aura aussi l'avantage de mieux raccorder Griffintown au Vieux-Montréal, selon lui, s'il y a une bonne planification dans le démantèlement de l'autoroute Bonaventure, qui tranche actuellement Griffintown et le Vieux-Montréal à un jet de pierre du projet Lowney.

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    Collaborateur du Devoir












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