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    Privilégier les aliments frais et peu transformés

    11 novembre 2017 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Alimentation
    Le quatrième groupe alimentaire concerne les aliments ultratransformés. Ce ne sont plus des produits alimentaires, mais des produits de consommation, très riches en sucre, gras et sel, donc très savoureux.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le quatrième groupe alimentaire concerne les aliments ultratransformés. Ce ne sont plus des produits alimentaires, mais des produits de consommation, très riches en sucre, gras et sel, donc très savoureux.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Santé Canada procède à la révision de son guide alimentaire dont les premiers morceaux seront présentés au début de l’année prochaine. Grande révolution au menu : aux côtés de la classification selon les quatre groupes alimentaires traditionnels – fruits et légumes, produits céréaliers, lait et substituts, viandes et substituts – devraient se retrouver des principes directeurs préconisant de consommer le plus souvent possible des aliments frais et peu transformés. Des principes inspirés d’autres guides mis au point à l’étranger, comme nous le confirme Jean-Claude Moubarac, professeur en nutrition internationale à l’Université de Montréal.


    Pourquoi délaisser les quatre grands groupes alimentaires ?

     

    Quand une classification fait en sorte que 30 % des calories journalières ne se retrouvent dans aucune des catégories, c’est qu’elle n’est plus pertinente. La typologie traditionnelle ne correspond plus à la façon dont nous préparons les aliments aujourd’hui. L’industrie ne fait plus seulement transformer les produits, elle en crée de nouveaux, qui sont loin d’être les plus nutritifs et qui mélangent des aliments des différents groupes. Il faut en tenir compte.

     

    Comment ?

     

    En classant les aliments selon leur degré de transformation. Le premier groupe, ce sont les aliments les plus nutritifs, les produits frais pas transformés, ou alors seulement dans le but de mieux les conserver. Le deuxième, ce sont les ingrédients culinaires, huile, beurre, sel, sucre, qui permettent de cuisiner ceux du premier groupe. À utiliser modérément. Le troisième, les aliments transformés comme le pain ou le fromage. Ceux-là peuvent accompagner les aliments de base. Enfin, la dernière catégorie concerne les aliments ultratransformés. Ce ne sont plus des produits alimentaires, mais des produits de consommation, très riches en sucre, en gras et en sel, donc très savoureux. Et fortement publicisés.

     

    Qu’y retrouve-t-on ?

     

    Typiquement, les boissons gazeuses, jus sucrés, friandises, biscuits industriels, beaucoup de plats surgelés, craquelins, céréales de déjeuner, le lait au chocolat. Certaines crèmes peuvent se retrouver dedans, certains yogourts. Il faut regarder la liste des ingrédients à la recherche de tout de qui n’est pas culinaire, comme les colorants, le glucose, les saveurs ajoutées, etc.

     

    D’où nous vient cette classification ?

     

    Certains pays l’ont déjà adoptée. Le guide alimentaire brésilien en tient notamment compte, et c’est un modèle pour beaucoup de nutritionnistes. Les Brésiliens ont mené une analyse fine des habitudes alimentaires de la population pour se rendre compte que ceux qui ont la meilleure qualité nutritionnelle et sont en meilleure santé sont ceux qui cuisinent le plus et qui consomment le moins de produits transformés. Or, les Canadiens se sont éloignés de leur cuisine. Plusieurs raisons à cela, mais c’est surtout l’industrie, qui s’est attelée à convaincre les gens de délaisser cette activité sous prétexte qu’elle pouvait le faire pour eux.

     

    Faut-il complètement éviter les produits de la quatrième catégorie, les ultratransformés ?

     

    Le scientifique en moi dirait que oui. Mais il faut tenir compte des habitudes de vie. Le guide brésilien recommande de les éviter parce qu’ils ne sont pas encore trop ancrés. Au Canada, c’est 50 % de l’assiette quotidienne, et pour 20 % de la population, ils représentent 80 % des calories journalières. Il est probable donc que Santé Canada ne recommandera que de les limiter, pour ne pas brusquer la population. Ce qui va être intéressant dans la nouvelle version du guide alimentaire, c’est qu’il sera moins prescriptif que les précédents. Il donnera plutôt des orientations. Il y aura également des recommandations sur le comment manger, pas seulement sur le quoi manger.

     

    Qu’entendez-vous par « comment manger » ?

     

    Le fait de manger en famille et de cuisiner. Le guide semble vouloir adopter une démarche plus holistique de la nutrition. Choisir des restaurants dont les aliments sont cuisinés sur place. Retour de la cuisine aussi dans les écoles, les hôpitaux, les résidences pour aînés, etc. Lorsque je regarde les principes directeurs qui ont été dévoilés au printemps, il est aussi question d’environnement. Santé Canada tente de réduire le fardeau de l’alimentation sur l’environnement en recommandant d’aller plutôt vers des protéines végétales. En cela, il s’inspire du modèle suédois.

     

    Santé Canada s’engage donc sur la bonne voie ?

     

    Je ne sais pas ce qui restera dans la version définitive parce qu’il y a de fortes pressions de certaines filières. Mais ce qui me satisfait, c’est que l’on interpelle le citoyen sur sa façon de se nourrir. À terme, influencer le consommateur a forcément un impact sur l’offre. L’idée, ce n’est pas que chaque Canadien mange trois repas par jour qu’il aura cuisinés de A à Z, mais qu’il ait conscience de l’importance de cuisiner. Et que lorsqu’il n’a pas le temps de le faire, il puisse trouver à l’épicerie des aliments qui aient les mêmes qualités nutritives que ce qu’il aurait préparé à la maison.
     













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