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    Étiquetage des OGM

    Les consommateurs ont le droit de savoir

    18 mars 2017 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Alimentation
    «Lors de l’élection de Jean Charest, en 2003, celui-ci avait promis l’étiquetage obligatoire des OGM mais, depuis ce temps, on attend toujours», résume Thibault Rehn, coordinateur de Vigilance OGM.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Lors de l’élection de Jean Charest, en 2003, celui-ci avait promis l’étiquetage obligatoire des OGM mais, depuis ce temps, on attend toujours», résume Thibault Rehn, coordinateur de Vigilance OGM.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Depuis des années, Vigilance OGM milite en faveur d’un projet de loi sur l’étiquetage obligatoire des organismes génétiquement modifiés (OGM). « Lors de l’élection de Jean Charest, en 2003, celui-ci avait promis l’étiquetage obligatoire des OGM mais, depuis ce temps, on attend toujours, résume Thibault Rehn, coordinateur de Vigilance OGM. Cela fait plus de treize ans que le gouvernement promet un tel projet de loi. »

     

    Le Québec deviendrait ainsi le premier gouvernement en Amérique du Nord à imposer un tel étiquetage, précise-t-il. Il y a bien eu le Vermont qui, l’été dernier, a promulgué une telle obligation mais, un mois plus tard, le gouvernement fédéral (américain) a voté une loi qui permet aux entreprises de passer outre à cette obligation. « La loi du Vermont n’a eu d’effet que durant un mois, puis est tombée à l’eau », déplore M. Rehn.

     

    Par contre, le Québec rejoindrait 64 pays où un tel étiquetage est imposé, ajoute-t-il.

     

    Nous, le laboratoire des OGM

     

    Vigilance OGM aimerait qu’on puisse savoir clairement, grâce à un pictogramme apposé sur les produits alimentaires, quels sont ceux qui contiennent des OGM. « Cela pourrait se faire sur le modèle de l’étiquetage des produits biologiques », suggère le coordinateur de Vigilance OGM.

     

    Cependant, il existe relativement peu d’aliments qui contiennent des OGM en eux-mêmes. Comme l’explique Thibault Rehn, ce sont essentiellement le coton, le canola, le soja et le maïs qui ont été génétiquement modifiés. « On ne parle pas de fraises, comme on l’entend souvent dire, précise-t-il, alors que la tomate OGM — l’un des premiers aliments OGM vendus — n’existe plus. Elle a été retirée de la consommation tellement elle était mauvaise ! »

     

    C’est dire que, dans la vie de tous les jours, on consomme directement très peu de produits OGM : « pas de fruits ni de légumes », souligne M. Rehn. Par contre, quantité d’aliments transformés contiennent des traces de maïs ou de soja OGM. « Il y a en fait une grande probabilité pour qu’ici, en Amérique du Nord, ceux-ci reposent sur des cultures OGM », ajoute-t-il.

     

    Il faut en effet savoir que nous sommes le grand producteur de cultures OGM puisque les États-Unis et le Canada génèrent à eux seuls 50 % des OGM du monde. « Le Canada et les États-Unis sont les premiers pays au monde à avoir planté des OGM, en 1995 », rappelle Thibault Rehn. Nous sommes, en quelque sorte, le laboratoire du monde.

     

    Le problème vient surtout de ce que les cultures d’OGM servent à l’alimentation animale. « On ne possède pas de chiffres, mais les trois quarts des aliments que nous consommons proviennent sûrement d’animaux nourris à partir de céréales OGM », explique M. Rehn. On pense alors aux oeufs, à la viande, au lait, etc., conçus à partir de nourriture OGM.

     

    On estime par conséquent qu’il y aurait entre 70 à 80 % des produits transformés qui pourraient contenir des traces d’OGM.

     

    Soyons vigilants !

     

    Thibault Rehn s’est installé au Québec il y a onze ans, ce Français d’origine ayant entendu « de belles choses » à notre sujet. « Il y a ici un beau mélange entre l’Europe et l’Amérique du Nord, un bel équilibre… », nous confie cet ingénieur en génie des matériaux qui possède également une maîtrise en économie et gestion de l’environnement.

     

    « Au départ, précise-t-il, je croyais que les OGM présentaient un certain nombre de bénéfices pour les agriculteurs et qu’ils étaient moins chers, par exemple. Mais je me suis aperçu avec le recul — puisque la culture des OGM se fait depuis vingt ans — que les avantages ne se sont pas concrétisés. Au contraire même, il y a plein de conséquences néfastes sur l’environnement et pour ceux qui les utilisent. »

     

    Au début des années 2000 existait le Réseau québécois contre les OGM, une coalition informelle rassemblant Greenpeace, l’Union paysanne, des associations de consommateurs, Option consommateurs, l’ACEF du Québec et la CSN de Montréal, rappelle Thibault Rehn.

     

    En 2009, Greenpeace Canada a toutefois décidé de suspendre ses activités reliées à l’agriculture et aux OGM. « C’est alors qu’on s’est décidés à relancer le réseau puis à créer, en 2012, Vigilance OGM », raconte le militant.

     

    « Il nous semble que les conséquences du fait de cultiver des plantes OGM sont rarement connues des consommateurs, ajoute-t-il, et c’est ce que nous essayons de faire à Vigilance OGM. »

     

    Un risque pour notre santé ?

     

    Vigilance OGM rapporte que, d’après un sondage réalisé par la firme SOM pour le compte du MAPAQ et publié en janvier 2016, 58,7 % des répondants croient que les OGM présentent un risque pour la santé des consommateurs.

     

    Or, comme le reconnaît lui-même Thibault Rehn, la nocivité des aliments OGM n’a jamais été démontrée.

     

    « Il faut beaucoup d’études pour déterminer qu’un produit est nocif pour la santé humaine, explique-t-il, et malheureusement, dans le cas des OGM, on a très peu testé, de façon indépendante, s’ils ont un impact sur la santé. Donc, aujourd’hui, il n’y a pas un consensus pour dire que les OGM sont bons ou mauvais pour notre santé. »

     

    De fait, ajoute-t-il, si les OGM étaient réputés dangereux pour notre santé, « il ne faudrait pas les étiqueter, mais bien les bannir  »!

     

    « L’étiquetage est là pour dire aux consommateurs : si, vous, vous ne voulez pas avantager ce type de culture — que ce soit pour des enjeux environnementaux, des raisons éthiques ou des questions de santé —, vous avez le droit de ne pas en consommer. »

     

    « On ne réclame pas un étiquetage parce qu’on considère que les OGM sont mauvais pour la santé, mais parce que c’est un droit fondamental qu’ont les consommateurs de 64 pays du monde », dit-il.

     

    C’est ainsi que Thibault Rehn donnera une conférence à Expo manger santé et vivre vert. « Nous allons d’abord expliquer ce que sont les OGM et où ils se trouvent, dit-il, puisque beaucoup de gens pensent que tous les fruits et les légumes sont OGM. On parlera aussi des problèmes des pesticides qui découlent de la concentration des entreprises OGM. Et on expliquera qu’en tant que citoyens, les gens peuvent avoir de l’influence sur le système alimentaire et donc sur ce qu’ils retrouvent dans leur assiette ! »













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