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    La mégapoubelle planétaire

    Selon l’ONU, le gaspillage atteint près de 1,3 milliard de tonnes par an malgré de petits pas encourageants qui sont faits

    14 janvier 2017 |Jacky Durand - Libération | Alimentation
    Après avoir longtemps fermé les yeux sur le gâchis mondialisé du gaspillage alimentaire, des acteurs de la grande bouffe ont décidé de mettre le nez dans cette poubelle sans fond.
    Photo: iStock Après avoir longtemps fermé les yeux sur le gâchis mondialisé du gaspillage alimentaire, des acteurs de la grande bouffe ont décidé de mettre le nez dans cette poubelle sans fond.

    Piqûre de rappel dans votre cuisine au début de 2017 : chaque année, en France, 10 millions de tonnes de produits alimentaires, d’une valeur commerciale de 16 milliards d’euros (22,4 milliards $ CAN), sont perdues ou gaspillées, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Ramené à votre assiette, cela représente 29 kilos de nourriture par an et par consommateur, soit 34  grammes par repas.

     

    Dans les rayons de votre supermarché, ce n’est pas mieux : avec près de 1,4 million de tonnes de produits — l’équivalent de 2,8 milliards de repas de 500 grammes —, la distribution produit 14 % des pertes et gaspillages alimentaires. Coupable, aussi, la restauration collective, qui balance chaque année à la poubelle 540 000 tonnes de nourriture.

     

    La grande distribution gaspillage

     

    Après avoir longtemps fermé les yeux sur ce gâchis mondialisé (près de 1,3 milliard de tonnes par an, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO), des acteurs de la grande bouffe planétaire ont décidé de mettre le nez dans cette poubelle sans fond. Oh, certes, ce n’est pas encore le Grand Soir de la chasse au gaspillage, mais il y a des petits pas encourageants.

     

    Ainsi, l’ADEME a testé dix actions dans dix supermarchés et hypermarchés, volontaires, de cinq enseignes nationales (Carrefour, Intermarché, Système U, E. Leclerc, Auchan). Un exemple concret : à Boulogne-sur-Mer, le magasin Auchan a embauché deux vendeurs pour servir certains produits fragiles, comme les pêches, souvent abîmés par la manipulation des clients, des salariés, et par les bacs trop remplis.

     

    « Sur deux mois, nous avons réalisé 15 000 euros d’économies », a assuré le directeur de l’établissement, Frédéric Vaccaro. Résultat global des courses pour l’ADEME : la distribution, avec quelques gestes souvent peu coûteux, pourrait réduire son gaspillage alimentaire de 300 000 tonnes par an et économiser 700 millions d’euros.

     

    Pommes disgracieuses

     

    Réduire sa poubelle, c’est bien, recycler son contenu potentiel, c’est encore mieux. En Grande-Bretagne, Ben Whitehead a créé SpareFruit. Son créneau : fabriquer des chips à partir de pommes et de poires disgracieuses que les producteurs ne parviennent pas à vendre aux supermarchés. Il affirme avoir sauvé de la poubelle près de 15 tonnes de fruits à lui seul en l’espace de cinq ans.

     

    Snact, une entreprise cousine, fabrique, elle, des pâtes de fruits. Elle s’est lancée après avoir levé 14 000 livres (23 000 $CAN) grâce à une campagne de crowdfunding en 2014. Les deux sociétés prévoient de s’agrandir en 2017 et ambitionnent même de se faire une place dans les rayons de la chaîne britannique de grands magasins Selfridges.

     

    En Grande-Bretagne, toujours, le premier supermarché d’invendus a ouvert ses portes près de Leeds en septembre : les clients sont invités à payer le montant qu’ils souhaitent, l’accent étant mis sur la lutte contre la pauvreté.

     

    Date de péremption

     

    Au Danemark, la chaîne WeFood propose des produits délaissés par la clientèle des supermarchés : après une première boutique à Amager, une île de la capitale Copenhague, l’association Wefood a ouvert une succursale dans le quartier branché de Nørrebro, haut lieu du melting-pot culturel à la danoise. S’y vendent exclusivement des produits dont la date de péremption est dépassée ou dont l’emballage est abîmé.

     

    Quant aux profits, ils sont versés à une organisation caritative. La législation danoise permet la vente de produits après leur date de péremption tant qu’ils ne présentent pas de risque immédiat pour la santé et que l’emballage l’indique. En cinq ans, le Danemark a réduit de 25 % ses déchets alimentaires, selon le gouvernement.

     

    On le sait, vous allez dire : c’est bien joli tout ça, mais qu’est-ce que j’y peux, moi, face à cette mégapoubelle planétaire ? Vous pouvez faire beaucoup, en commençant par prendre soin de la laitue qui fane dans votre bac à légumes, de la clémentine qui mollit dans votre panier à fruits et en bannissant l’amnésie de votre frigo où le jambon et les yaourts jouent les prolongations.

     

    Et puis, dans le cadre des bonnes résolutions pour l’année 2017, procurez-vous Les épluchures. Tout ce que vous pouvez en faire, de Marie Cochard. Voici un livre aussi optimiste que bienfaisant qui va vous prendre par la main sur le sentier de la guerre au gaspillage alimentaire.

     

    Noyau d’abricot

     

    C’est peu dire qu’on est tombé de la poubelle en découvrant tout ce qu’on peut faire (cuisine, jardin, beauté, soins…) avec un noyau d’abricot, les fanes de navets, du pain rassis ou encore les épluchures de pommes de terre.

     

    Un exemple ? La pomme : avec les pelures, l’auteure propose de faire des chips croustillantes, tandis que les trognons et les pépins, riches en pectine, permettront de réaliser une gelée. Vous pourrez également fabriquer un masque revitalisant avec la peau de la pomme, un peu de jus de citron et de miel.

     

    Séchées, les pelures permettront de concocter des infusions digestives. Il va de soi, explique Marie Cochard, que toutes ces recettes ne peuvent être réalisées qu’à partir de légumes issus de l’agriculture biologique. « Il est hors de question de manger, de faire bouillir, tremper dans de l’alcool ou d’appliquer sur sa peau des végétaux gorgés de produits chimiques et d’OGM ! » explique-t-elle.

     

    Entre deux pages d’astuces pour recycler noyaux d’avocats et troncs d’artichauts, ce livre tire le portrait de femmes et d’hommes engagés dans la lutte contre le gaspillage alimentaire en fabriquant de la bière à partir de pain recyclé, ou des confitures à base de fruits écartés des circuits de distribution.

    Muffins aux peaux de banane Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici la recette des « muffins aux peaux de banane » de Marie Cochard. Il vous faut :

    3 peaux de bananes biologiques

    2 oeufs

    1 yaourt

    40 ml de lait d’amande

    70 g de sucre de coco

    90 grammes de farine d’épeautre

    90 g d’amidon de maïs

    50 g de beurre

    2 cuillères à soupe de bicarbonate de soude

    1 verre d’eau de source

    Prenez les épluchures des bananes lavées et sans leurs extrémités. Préchauffez le four à 220 degrés. Mixez les peaux avec de l’eau de source. Séparez les blancs d’oeufs des jaunes afin de les monter en neige. Mélangez jaunes, beurre, yaourt, lait d’amande et sucre de coco aux épluchures mixées, puis incorporez farine, amidon de maïs et bicarbonate de soude. In fine, incorporez délicatement vos blancs montés. Beurrez les moules à muffins, puis versez-y votre préparation à mi-hauteur. Introduisez une grosse rondelle de banane au centre de chacun, ainsi que quelques pépites de chocolat noir. Recouvrez d’un peu de pâte afin d’optimiser l’effet de surprise ! Enfournez pour 25 minutes à 220 degrés. C’est prêt !
    Les épluchures, tout ce que vous pouvez en faire
    Marie Cochard, Éditions Eyrolles












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