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    Saveurs

    Noël écomangeable

    Surconsommation et gaspillage alimentaire: deux travers de nos sociétés. Et si le vent était en train de tourner?

    Sophie Suraniti
    10 décembre 2016 |Sophie Suraniti | Alimentation | Chroniques
    Entre les conversations de salon sur la consommation et la réalité du terrain, il y a une vaste zone de contradictions.
    Photo: David Afriat Le Devoir Entre les conversations de salon sur la consommation et la réalité du terrain, il y a une vaste zone de contradictions.

    Décembre est un gros mois de dépenses d’ordre alimentaire. Cadeaux gourmands, repas de fête, ça déborde de partout. Y compris après… sur la balance ! Mais, cette année, il y a comme un changement dans l’air, certes encore discret et polarisé. De petites prises de conscience se font, des groupes de citoyens se créent. Noël se teinte d’une autre forme de consommation.

     

    C’est le cas avec le collectif Consommer autrement, apparu récemment sur les réseaux sociaux, comme beaucoup d’autres initiatives du genre. Rameuter les troupes virtuellement est l’une des grandes forces des Facebook de ce monde. L’initiative en question émane d’un réseau de consommation responsable zéro déchet et il agit-réagit, pour le moment, comme une pépinière à idées. L’étincelle de départ ? Deux blogueuses montréalaises zéro déchet, Laure Caillot et Mélissa de La Fontaine (dont le défi quotidien de consommer différemment a été relayé médiatiquement l’an passé), et ce même désir de pousser plus loin leurs actions individuelles.

     

    « C’est bien de faire quelque chose dans sa propre poubelle et dans sa vie de tous les jours, mais c’est bien aussi de contribuer à diffuser le message ! » explique Laure. D’où une première rencontre organisée fin octobre à Montréal, suivie d’une autre dimanche dernier, de ce qui est pour le moment un collectif balbutiant, mais débordant d’idées et de gens enthousiastes.

     

    « Nous nous sommes rendu compte que plusieurs personnes ont les mêmes envies, qu’elles souhaitent poser des actions plus concrètes dans leur milieu de vie. On veut être des facilitateurs pour que tous ces gens — ceux qui ont des projets, ceux qui ont des idées, ceux qui veulent simplement apporter leur soutien — puissent se rencontrer, échanger », confie Laure.

     

    Une plateforme de partage

     

    La jeune femme de 36 ans, conseillère en communications, compare son collectif à un hub, une sorte de plateforme de partage des ressources. Quant à l’appel, il semblerait qu’il ait été entendu. « Je suis vraiment surprise de l’engagement citoyen qui se manifeste. Il y a beaucoup de personnes de 25-35 ans et de jeunes familles qui se soucient de ce qu’ils vont laisser comme avenir à leurs enfants, de jeunes entrepreneurs et aussi des gens de 50 ans heureux de voir une relève. On veut faire de la contamination positive ! »

     

    De la contamination positive qui va déboucher sur de nouveaux comportements d’achat… Voilà le genre de sujet que suit de près le groupe de recherche affilié à l’École des sciences de gestion (ESG) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) pour établir son baromètre. Celui de 2016 vient de sortir*. Francine Rodier, chercheuse associée à cet Observatoire de la consommation responsable de l’ESG UQAM, s’est penchée sur la partie Alimentation, l’une de ses expertises.

     

    Elle aussi pense qu’une tendance de fond se dessine. « Souvent, dans les recherches, on regarde superficiellement, on va penser que le consommateur a telles préoccupations. Mais cela ne suffit pas, il faut aller plus loin, voir comment ça se passe entre les bottines et les babines, comment le consommateur achète réellement sur le terrain », explique celle qui est aussi professeure au Département de marketing ESG UQAM.

     

    Quant aux groupes de consommateurs, de grandes différences s’observent selon les âges. Ainsi, dans le baromètre 2016, la grande nouveauté est que le groupe des 18-24 ans apparaît plus actif. On le pensait amorphe, voilà qu’il s’agite, qu’il montre son intérêt à consommer de façon responsable. « Avant cette année, on se souciait surtout du fait que les jeunes sont ou se sentent peu impliqués. Là, c’est rassurant, car dans la boule de cristal de la consommation responsable, les observateurs se disent qu’arrive peut-être une nouvelle vague de personnes avec plein d’idées qui vont germer, des façons différentes d’agir et donc de consommer. »

     

    Ce groupe sera donc suivi de près pour voir comment il évolue et influence les autres dans les prochaines années.

     

    Tendances démographiques

     

    Par contre, il ne faut pas faire l’erreur de rattacher cette tendance de fond uniquement aux jeunes consommateurs, à ces fameux « milléniaux ». Lorsqu’on interroge de jeunes entreprises du secteur alimentaire qui innovent en (re)lançant de vieilles affaires, en remettant au goût du jour certaines pratiques ou en les revisitant, elles confirment que leur clientèle est formée surtout des 45 ans et plus, car le pouvoir d’achat est (encore) là.

     

    Il est donc intéressant de constater que les jeunes entreprennent alors que les plus vieux achètent… Pour Francine Rodier, il importe de coller au plus près du comportement des individus afin de comprendre les véritables raisons qui déclenchent l’acte de consommer. Que ce soit de la consommation locale ou collaborative, comme les trocs ou les achats groupés. Car, entre les conversations de salon et la réalité du terrain, il y a une vaste zone de contradictions. Mais bon, voilà tout de même une « faim » d’année qui augure bien.

     

    * L’enquête a été menée du 12 au 25 septembre 2016 sur le panel Web de 34 000 consommateurs représentatifs de la population du Québec de MBA Recherche. L’échantillon a été pondéré en fonction des données de Statistique Canada sur le sexe, l’âge et le lieu de résidence pour être conforme aux tendances démographiques. Au total, 1005 personnes ont répondu à l’enquête. Comme il s’agit d’un panel de consommateurs, le calcul de la marge d’erreur ne s’applique pas.

    Pour aller plus loin Baromètre de la consommation responsable au Québec 2016: une lecture vraiment facile, pas du tout universitaire. consommationresponsable.ca.

    À travers le monde, des mouvements citoyens s’activent et s’organisent. Place aux faiseux ! comme le clame haut et fort l’écrivain Alexandre Jardin qui, après avoir fondé en France la Maison des citoyens et le mouvement Bleu Blanc Zèbre, vient d’annoncer sa participation à l’élection présidentielle de 2017 en tant que candidat de L’Appel des mouvements citoyens.












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