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    Tendances

    Un tourisme de plus en plus gourmand

    3 septembre 2016 | Sophie Suraniti - Collaboration spéciale | Alimentation
    Même si le touriste s’est toujours nourri au cours d’un séjour, la propension à ce que cette activité devienne gourmande est plutôt récente. Ci-dessus : une dégustation de vin de cassis dans la cave de Cassis Monna Filles à Saint-Pierre-de-l’Île-d’Orléans.
    Photo: Cassis Monna Filles Certifié Terroir et Saveursmd du Québec Même si le touriste s’est toujours nourri au cours d’un séjour, la propension à ce que cette activité devienne gourmande est plutôt récente. Ci-dessus : une dégustation de vin de cassis dans la cave de Cassis Monna Filles à Saint-Pierre-de-l’Île-d’Orléans.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial. 

    Même si le touriste s’est toujours nourri au cours d’un séjour, la propension à ce que cette activité devienne gourmande est plutôt récente. Une quinzaine d’années. Depuis, sa vigueur déteint sur toutes les sphères touristiques. On carbure à l’expérience culinaire. Mais pas n’importe laquelle.


    Le filon santé a essaimé dans tous les secteurs d’activité économiques ; et le secteur touristique n’y a guère échappé. Ainsi, les tendances en saines habitudes de vie se sont-elles infiltrées dans les voyages gourmands. Face à l’obésité galopante, aux problèmes de surpoids, aux maladies cardiovasculaires et autres charmantes “faims” de vie qui nous guettent, la malbouffe perd du terrain.

     

    Aujourd’hui, le touriste gourmand réclame des produits plus sains et plus santé ; et ses requêtes peuvent aller jusqu’à des aliments sans gluten, sans allergènes, biologiques ou végétariens. Les produits touristiques gourmands s’adaptent donc à ces demandes plus pointues. Par exemple, en Italie, le réseau de fermes agrotouristiques Agriturismiperceliaci.com pointe tous les restaurants et les hébergements offrant une nourriture sans gluten.

     

    Se faire plaisir

     

    Le principe du « gourmand », c’est aussi et surtout de savoir se faire plaisir, de se permettre quelques écarts de conduite alimentaire, de prendre son temps (le « slow » tourisme, avec ses formules de séjours écogastronomiques, s’inspire d’ailleurs du mouvement Slow Food). À une condition toutefois ! Que tous ces produits de découvertes culinaires proviennent d’une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement, de l’activité humaine qui se trouve derrière et du bien-être animal. On parle et on échange généralement beaucoup à la table touristico-gourmande. Se faire raconter une (jolie) histoire, on aime donc beaucoup ! Il y a la nourriture, qui demeure certes centrale dans l’expérience gourmande que l’on vit, mais aussi tout ce qui existe autour. Attributs culturels ou géographiques, savoir-faire, idéation… La petite histoire derrière le produit consommé est très recherchée et devient par la même occasion un bon tremplin pour des considérations et des discussions d’envergure : l’écologie, l’histoire, le patrimoine, etc.

     

    « Les tendances de consommation viennent appuyer celles qui se développent dans le secteur du tourisme gourmand. Les consommateurs d’aujourd’hui sont de plus en plus vigilants, éduqués. Ils sont concernés par les enjeux éthiques, de durabilité ; que ce soit pour les modes d’agriculture, les méthodes d’élevage, la responsabilité sociale des entreprises (agro)touristiques. Ces phénomènes que l’on observe partout ont un impact sur ce type de tourisme »,explique Maïthé Levasseur, directrice adjointe et analyste du Réseau de veille en tourisme de la Chaire de tourisme Transat ESG – UQAM.

     

    Des pique-niques gastronomiques au sommet d’une montagne, un dodo perché dans une sorte de bulle-hôtel, des virées dans le Grand Nord au milieu des animaux sauvages… le tourisme d’aventure et de plein air s’empare lui aussi du volet gastronomique ; ou bien est-ce le contraire ? Toujours est-il qu’après une journée de randonnée, grimpettes comprises, ou de plusieurs heures de canotage, un repas dans un chic refuge ou un centre de villégiature avec plusieurs services et choix de vins est plus qu’apprécié ! Cette expérience de table en solo peut aussi se partager en groupe. Mais attention ! Pas un bus. On aime se sentir un peu spécial, un touriste unique, une sorte de Very Important People…

     

    Le tourisme d’apprentisssage

     

    Le groupe, on l’aime lorsqu’il n’est pas trop gros et qu’il permet de vivre une expérience enrichissante. Comme le tourisme d’apprentissage culinaire ; en plein boom. Les visiteurs participent à des ateliers ou des cours de cuisine, pêchent, traquent les traces de gibier ou s’en vont cueillir tout guillerets des petits fruits, des champignons ou des plantes sauvages, accompagnés d’un guide qui leur en apprend plein sur la route. Anecdotes, petits trucs pour mieux savourer et déguster… le touriste gourmand adore cela ! Pour les plus jeunes, cela ira parfois même jusqu’à découvrir un site de manière ludique. La plate visite guidée avec papa et maman et la petite soeur toujours à la traîne se transformera alors en un parcours aventureux. Quant à ceux et celles qui se sentent une âme plus engagée, le séjour gourmand pourra se greffer à une cause humanitaire ou environnementale.

     

    D’ailleurs, à propos de rencontre… Lorsque celle-ci peut se faire avec des gens du cru, c’est encore mieux ! Parmi le nouvel arsenal du touriste gourmand, le partage de repas avec des résidants et chez l’habitant est en pleine croissance. Et si l’on se sent suffisamment alerte et à l’aise, certaines expériences se transforment même en copréparation de repas ! Des plateformes Web d’économie collaborative se sont mises en place comme l’américaine Get Gone(www.getgonetraveler.com) lancée en mars 2016. Ce site collaboratif met en relation les futurs visiteurs avec ceux qui participent à la gastronomie locale d’une région : chefs, bouchers, guides touristiques… Quelques mois plus tard, le site prévoit déjà de se déployer en dehors de son port d’attache, San Francisco et ses alentours, pour couvrir d’autres villes et régions américaines. Puis, sans doute, visera-t-il l’international, si le créneau n’est pas trop occupé !

     

    Car en matière de tourisme gourmand, comme le confirme Maïthé Levasseur, « il y a vraiment une intensification de la concurrence ; tout le monde s’y met ! » Effectivement, les choses semblaient plus simples avant que la machine ne s’emballe. Il y avait les classiques : la France, l’Italie… Aujourd’hui, à toute destination — que ce soit une ville, une région ou le pays au complet — se greffent des volets gourmands. Et comme le touriste gourmand voyage beaucoup, il acquiert un certain nombre d’expériences qui font poindre de nouvelles exigences*. Il est donc capable de faire la différence entre ce qui est un attrape-touriste et ce qui est vraiment bien ! En outre, il ne se gêne pas pour partager ses coups de coeur (ou de gueule) sur les réseaux sociaux. La clientèle acquiert davantage de pouvoir. « Au Québec, nous commençons à avoir une bonne masse critique de produits alimentaires intéressants. Mais il faut vraiment travailler la qualité : celle du service, de l’accueil et de l’expérience proposée, qui est devenue aussi importante que le produit lui-même »,constate Maïthé Levasseur. Finalement, développer et améliorer toute l’offre autour de ce qui se mange!

     

    * Il n’y a pas un profil de touriste gourmand, mais plusieurs. C’est d’ailleurs pour cette raison que le secteur connaît une telle effervescence. Les possibilités sont aussi vastes que les clientèles sont variées. Les préférences vont donc dépendre de la génération.













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