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    Une campagne pour valoriser les produits biologiques québécois

    5 mars 2016 | Martine Letarte - Collaboratrice | Alimentation
    Les produits bio sont encore plus chers que les produits traditionnels, mais cet écart de prix s’amenuise avec le temps.
    Photo: Jacques Grenier Le Devoir Les produits bio sont encore plus chers que les produits traditionnels, mais cet écart de prix s’amenuise avec le temps.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Valoriser les produits biologiques québécois : c’est le grand mandat donné par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) à la Filière biologique du Québec. Une campagne pour sensibiliser le grand public se prépare pour l’automne et du travail est fait avec les producteurs pour s’assurer que l’offre suivra la demande.


    S’approvisionner en produits biologiques québécois : c’est une priorité pour Daniel Dubé, président de la Filière biologique du Québec et directeur général des épiceries santé Rachelle-Béry. Il sait que les consommateurs veulent acheter québécois. Mais, malgré sa volonté et ses efforts, il n’y arrive pas toujours et, dans bien des sections de ses épiceries, les producteurs de l’Ouest canadien, des États-Unis et du Mexique prédominent.

     

    « Plusieurs types d’aliments biologiques ne sont pratiquement pas produits au Québec encore, explique-t-il. Les produits secs sur les tablettes, comme les céréales, se font encore beaucoup dans l’Ouest, où la tendance du bio a été lancée et où les producteurs sont engagés dans ce secteur depuis longtemps. »

     

    La campagne de valorisation signalera aux producteurs québécois que l’intérêt est réel pour les produits biologiques dans la province et qu’on travaille à stimuler la demande.

     

    « Les producteurs ont besoin du signal qu’on travaille à valoriser ces produits, affirme Daniel Dubé. On demande beaucoup de temps et d’efforts à un producteur qui entreprend une transition vers le bio. Il doit être convaincu que ça en vaut la peine. »

     

    La campagne, qui devrait démarrer cet automne, comprendra des publicités, ainsi qu’un site Web où on donnera beaucoup d’informations et démystifiera différents concepts liés au bio.

     

    C’est le fruit d’un long travail de collaboration. « À la Filière, on a des producteurs, des transformateurs, des distributeurs, des détaillants, des certificateurs, énumère M. Dubé. Il faut être rassembleur, s’assurer que toutes les parties y adhèrent. C’est un défi, mais c’est important d’y arriver. »

     

    Dans un sondage réalisé auprès des membres de la Filière il y a quelques années, la valorisation des produits biologiques québécois trônait au sommet des priorités.

     

    Le directeur général de Rachelle-Béry s’est justement proposé comme président de la Filière parce que cet enjeu lui tenait particulièrement à coeur.

     

    Offre insuffisante

     

    Une autre priorité de la Filière : s’assurer d’une cohérence entre l’offre en produits biologiques et la demande.

     

    « Pour plusieurs produits en ce moment, la demande est plus grande que l’offre », affirme Daniel Dubé. C’est le cas de la viande. « Ça ne sert à rien de valoriser le boeuf bio québécois si on n’a pas assez de producteurs qui en font et qu’on en manque sur les tablettes des épiceries », dit-il.

     

    La Filière travaille sur cet enjeu avec la Table de développement de la production biologique, chapeautée par l’Union des producteurs agricoles (UPA). « Leur rôle est de convaincre les producteurs d’aller vers le bio, affirme M. Dubé. Il faut vraiment avancer en même temps. »

     

    Il remarque que les mentalités ont beaucoup évolué au Québec depuis cinq ans. « Le développement de l’agriculture biologique fait partie de la vision du président de l’UPA, Marcel Groleau. C’est une priorité également du MAPAQ. Les astres s’alignent. Tous comprennent maintenant que le développement du bio au Québec est bénéfique pour l’agriculture québécoise. »

     

    Certification stricte

     

    Le Québec est par ailleurs un chef de file au Canada dans le domaine de la certification biologique, d’après Daniel Dubé.

     

    « Le Québec est très strict et c’est essentiel, parce que le développement des produits biologiques se base énormément sur une question de crédibilité aux yeux des consommateurs », explique M. Dubé.

     

    Il existe plusieurs logos de certification biologique. Lorsqu’un détaillant décide de se procurer un produit, il doit s’assurer que son certificateur est reconnu par le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV).

     

    « CARTV régit à la fois les certifications étrangères et québécoises : il audite le travail d’audit qui a été fait, explique M. Dubé. Par exemple, il peut débarquer demain matin dans une épicerie Rachelle-Béry pour vérifier qu’Écocert a bien fait son travail de certification de mes mets préparés. »

     

    Pour passer le test, tous les processus doivent être écrits, informatisés. « La simple réception d’une boîte de patates en magasin est quelque chose de complexe : il faut s’assurer que les patates sont bien biologiques, qu’on ne nous a pas envoyé une boîte non biologique par erreur », dit-il.

     

    L’enjeu du prix

     

    Si la crédibilité du bio augmente, il en est de même pour le prix du panier d’épicerie. Alors que le chou-fleur traditionnel s’est vendu à 8 $ cet hiver, manger bio n’est pas à la portée de tous les ménages.

     

    « C’est vrai que le bio est plus cher, mais plus le temps passe, moins il y a de différences avec les produits traditionnels, remarque Daniel Dubé. Les gens ne passent pas non plus d’aucun produit bio dans leur panier à uniquement du bio. Ils y vont par étapes. Ils achètent trois ou quatre produits biologiques, puis l’année suivante, on aimerait que ce soit 10, puis 15. »

     

    Le président constate que les consommateurs de produits biologiques ne sont pas tous riches. « Ils le font par conviction, dit-il. Ils font des choix. Au lieu de manger quatre repas de boeuf dans la semaine, ils en mangent deux, mais bio, pour la même dépense à la fin de la semaine. »

     

    La viande est le produit où l’écart de prix entre le bio et le traditionnel est le plus grand.

     

    « Par contre, de plus en plus de consommateurs sont prêts à payer le prix parce qu’ils s’inquiètent des hormones de croissance, des antibiotiques et du colorant qu’on retrouve dans la viande traditionnelle, affirme M. Dubé. L’écart de prix pourrait toutefois être réduit si on arrive à une production de masse et à une consommation de masse des produits biologiques. »













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