Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Bien manger à l’hôpital, c’est possible?

    Philippe Mollé
    27 septembre 2014 |Philippe Mollé | Alimentation | Chroniques
    À l’hôpital, les repas aux malades sont avant tout un service que l’on offre en se disant que personne n’est là pour bien manger.
    Photo: Fred Dufour Agence France-Presse À l’hôpital, les repas aux malades sont avant tout un service que l’on offre en se disant que personne n’est là pour bien manger.

    Certes, il est rare que l’on séjourne à l’hôpital pour bien manger. Plusieurs diront que la cafétéria d’un hôpital n’est pas un restaurant étoilé, et encore moins pour ce qu’on peut servir aux malades. Pourtant, il s’avère que bon nombre de patients sondés seraient prêts à payer pour un service additionnel à la carte.

     

    Tous les cuisiniers du monde vous le diront : une soupe peut être délicieuse autant que tout simplement immangeable, ce dont le premier coupable demeure le chef lui-même, puis viennent les produits que l’on daigne mettre dans ce cache-misère.

     

    Comme à bord des avions, à l’hôpital, c’est avant tout un service que l’on offre aux malades en se disant que de toute façon, ils ne sont pas là pour bien manger. Ainsi, dans bien des cas, le résultat est catastrophique. Non seulement la soupe est rarement bonne, mais souvent, elle est servie froide ou, au mieux, tiède. Et la soupe n’est qu’un exemple de ce qui est proposé aux malades.

     

    Il est vrai qu’il faut respecter certains critères reliés aux problèmes du patient, comme les aliments sans sel, qui, pour bien des gens, sont synonymes de sans goût, alors qu’une purée d’ail rôti, des herbes ou encore des aromates peuvent en ajouter. Quant au sans gras, cela ne veut pas dire sans huile d’olive.

     

    Bref, on se rend bien compte, chez nous comme ailleurs en général, que les malades ne représentent guère une priorité. Les gestionnaires diront que la première cause de cette situation concerne les coûts des matières premières et de la main-d’oeuvre. Pourtant, nous savons mieux aujourd’hui comment faire des plats goûteux et à meilleur prix, avec la technologie disponible dans les hôpitaux et des cuisines centrales qui peuvent produire à grande échelle.

     

    Autre constat : les centrales de fabrication achètent sur la base de contrats annuels et fonctionnent donc très peu selon la saisonnalité. Les fruits sont hélas ! absents durant la période où ils sont les moins chers. Certains chefs, contraints à la confidentialité, avouent discrètement ne travailler qu’avec du surgelé ou de la conserve.

     

    Grâce aux techniques du sous vide et du prêt-à-manger, que l’on retrouve d’ailleurs dans les grandes surfaces, il serait possible de proposer un surplus à la carte, comme cela se fait dans de nombreux restaurants.

     

    Tout comme pour les compagnies aériennes, le budget relié à l’alimentation des malades varie d’un établissement à l’autre et dépend de l’endroit où est situé l’hôpital. En général, la prestation alimentaire, tant pour le choix que pour la qualité des produits servis, semble meilleure en clinique privée.

     

    Produits simples, bons et accessibles

     

    Il suffirait de presque rien, dans les écoles comme les maisons de retraite ou les hôpitaux, pour faire du bon manger. Lire ici : appétissant, goûteux et nutritif.

     

    N’importe quel potage bien concocté peut s’avérer un plat digne des grands restaurants. Aussi, les tomates douces et jaunes, par exemple, n’offrent que très peu d’acidité. Plus encore, en y retirant la peau et les pépins, il est très facilement envisageable de réaliser une bonne sauce accompagnant des macaronis et des poitrines de poulet pochées.

     

    Les idées et les recettes ne manquent pas. Avec la technique du sous vide, qu’exploitent fort bien les compagnies aériennes, on pourrait, si on le voulait, offrir un choix varié de menus suivant les conseils des nutritionnistes et des médecins, et que l’on pourrait réchauffer en quelques instants dans des cellules autocuisantes performantes.

     

    Alors pourquoi, sauf en de rares cas, cela n’est-il pas proposé ? Les pouvoirs publics ou les institutions visées vont répondre qu’ils manquent déjà de main-d’oeuvre et qu’une telle décision doit passer par le conseil d’établissement, la commission scolaire ou les syndiqués eux-mêmes.

     

    D’autres argueront que le contrôle est plus facile avec des fruits et des légumes surgelés, déjà calibrés. Ainsi, suivant philosophie, il y a bien peu de chances que les choses évoluent. La sauce restera le même gravy autour d’une dinde trop sèche et de petits pois à l’eau.

     

    Le choix des aliments et des méthodes s’est beaucoup amélioré ces dernières décennies. Dommage qu’on ne s’y attarde pas, tant dans les hôpitaux que dans les maisons de retraite.

     

    Bref, en plus de rentrer malade à l’hôpital, dans bien des cas, on en sortira encore plus malade d’avoir mal mangé.


    Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l’entendre toutes les semaines à l’émission Samedi et rien d’autre à ICI Radio-Canada Première.

    À l’hôpital, les repas aux malades sont avant tout un service que l’on offre en se disant que personne n’est là pour bien manger. Un plateau typique de repas d’hôpital












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.