Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous

    Herboristerie - La «trippeuse» est devenue présidente

    11 mars 2011 |Claude Lafleur | Alimentation
    La Clef des champs est ainsi une entreprise certifiée 100 % biologique.
    Photo: Manger Santé La Clef des champs est ainsi une entreprise certifiée 100 % biologique.
    La Clef des champs fabrique 125 produits naturels à base de plantes médicinales qu'elle cultiveMarie Provost est une «trippeuse» des années 1970 qui dirige à présent l'un des plus importants fabricants de produits d'herboristerie: La Clef des champs. Elle applique ainsi concrètement, et peut-être mieux que quiconque, les principes du respect de l'environnement, de la culture biologique et des personnes.

    C'est au milieu des années 1970, sur les routes de l'Amérique du Sud et de l'Ouest américain, que Marie Provost découvre «le monde de l'alternatif»: produits naturels, thérapies alternatives, médecines douces et Nouvel Âge. «J'étais alors dans la jeune vingtaine et j'étais convaincue que je n'avais nul besoin de gagner ma vie, raconte-t-elle en souriant. J'irai même plus loin: j'avais fait le choix — très consciemment — de vivre en marge de la société. Je vivais dans une maison où il n'y avait ni électricité ni eau courante. Pourtant, je vivais bien, en autarcie, en marge du monde...»

    C'est dans ce contexte que naît sa passion pour l'herboristerie. «En voyageant, je me suis rendu compte que, au Québec, on n'avait pas accès à tout un monde de connaissances et de produits nord-américains à cause de la barrière de la langue, dit-elle. Je me suis donc mise à étudier les plantes et je suis devenue herboriste. Puis, les hasards de la vie m'ont fait mettre au point un onguent aux herbes douces.» Durant les années 1980, elle vend ainsi son onguent par le biais de son réseau de connaissances et par correspondance.

    «Durant les dix premières années, j'ai surtout développé mes connaissances, résume-t-elle. Puis, à trente ans, j'en suis venue à comprendre que je pourrais avoir un apport social significatif, ce qui m'a donné l'impulsion pour lancer mon entreprise.»

    Bien que Montréalaise «pure laine», Marie Provost a toujours baigné dans la culture bio. «Mes parents avaient une petite ferme dans les Cantons-de-l'Est et un potager en ville, dit-elle. On a donc toujours tout fait en culture biologique.»

    «En bio, ce qui est intéressant, poursuit-elle, c'est que ce qui survit, c'est ce qui est bien adapté à son environnement.» C'est ainsi que, curieusement, elle installe son entreprise à Val-David, une région pourtant pas particulièrement propice à l'agriculture.

    «Justement!, lance-t-elle, c'est là que ça devient intéressant car, voyez-vous, une plante médicinale, c'est une plante qui développe des principes actifs en luttant... Ces principes actifs sont justement les éléments qu'une plante développe pour s'adapter aux conditions difficiles. Or, ici, à Val-David, l'été est court, les conditions de culture, les sols, etc., sont moins favorables que si nous étions dans la terre noire de la vallée du Richelieu. Mais c'est là un avantage; nous avons choisi de cultiver des plantes qui luttent pour leur survie dans des conditions difficiles.»

    La Clef des champs est ainsi une entreprise certifiée 100 % biologique. «Nous avons toujours été certifiés bio et tout ce que nous faisons dans l'entreprise est bio», insiste Mme Provost. L'entreprise cherche ainsi à toujours tout recycler et même à devenir parfaitement carboneutre.

    En outre, elle se fait un point d'honneur de favoriser le développement sain et la santé de la terre, de ses producteurs ainsi que de ses travailleurs, clients et consommateurs. La Clef des champs cherche en outre à offrir des conditions de travail agréables et propices à l'épanouissement de ses employés.

    Médecine parallèle? Non!

    L'entreprise fabrique 125 produits naturels à base de plantes médicinales qu'elle cultive. «À titre d'exemple, relate la présidente, nous cultivons du millepertuis, dont nous faisons macérer les fleurs dans l'alcool. Nous filtrons la matière pour ne garder que l'alcool, qui est alors devenu une teinture de millepertuis. Notre produit se présente sous la forme d'un contenant de 50 millilitres avec un compte-gouttes.»

    Marie Provost insiste sur le fait que ses produits ne guérissent pas mais qu'ils offrent plutôt une aide à la santé. «La dernière chose que je désire concernant quelqu'un qui souffre, disons, de dépression, c'est qu'il cesse de prendre ses médicaments! Je ne conteste nullement la médecine. Cependant, quelqu'un qui traverse une déprime passagère — qui ressent un certain vague à l'âme — devrait prendre du millepertuis, ce qui l'aidera à traverser la grisaille de novembre et de décembre...»

    «C'est là où les produits naturels entrent en jeu, poursuit-elle. De même pour un rhume ou une grippe; l'échinacée réduit les risques que cette infection se transforme en bronchite ou en pneumonie. Mais on s'entend que quelqu'un qui souffre d'une pneumonie doit prendre des antibiotiques.»

    L'herboriste considère que ce que La Clef des champs produit se situe «entre le bouillon de poulet et la salle d'urgence. Parfois, un peu d'amour maternel ou un bon bouillon de poulet fait l'affaire, lance-t-elle en riant. Mais, d'autres fois, ce n'est pas suffisant. Que fait-on alors? Il y a les produits naturels.»

    De tout temps, affirme Mme Provost, elle ne s'est jamais opposée aux soins médicaux. «Je ne suis pas dans la mouvance de la conspiration, dit-elle en faisant allusion à ceux et celles qui redoutent les médecins et les pharmaceutiques. J'ai donc toujours cru que la médecine a une place, puisqu'elle sauve incontestablement des vies. Mais, d'un autre côté, il y a aussi de la place pour les remèdes naturels.»

    Par conséquent, ce que La Clef des champs propose ne relève pas de la médecine parallèle, «puisqu'on m'a appris à l'école que deux droites parallèles ne se rencontrent jamais! Nous faisons plutôt de la médecine complémentaire», nuance Mme Provost.

    La belle «trippeuse» des années 1970 ne peut s'empêcher d'insister: «Je n'ai jamais cessé d'être passionnée par l'objet avec lequel je travaille — les plantes médicinales — même si aujourd'hui je suis la présidente et la directrice générale d'une entreprise de 40 employés. Je trouve cela vraiment passionnant!»














    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.