Racisme, Haïti et exploitation minière

Haïti est un des pays au monde les plus vulnérables au changement climatique et les risques environnementaux qui découleraient de l’exploitation minière sont extrêmement importants, souligne l'auteur. 
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse Haïti est un des pays au monde les plus vulnérables au changement climatique et les risques environnementaux qui découleraient de l’exploitation minière sont extrêmement importants, souligne l'auteur. 

Selon la définition proposée par Albert Memmi, «… le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression ». L’agression peut prendre plusieurs formes ; au niveau d’un pays, elle renvoie généralement à une exploitation économique.

 

La République d’Haïti a été récemment la cible d’une odieuse attaque raciste venant du président des États-Unis d’Amérique. Les réactions n’ont pas tardé et sont venues de partout. Elles se poursuivent encore au moment où ces lignes sont écrites, mais le moment est venu de se poser la question de la forme que prend ou que pourrait prendre l’agression qu’annoncent ou que révèlent ces insultes, proférées par quelqu’un reconnu comme un grand stratège de la diversion.

 

Haïti est un pays exsangue, quasiment sous tutelle, dévasté par des catastrophes naturelles, incapable de produire de quoi nourrir sa population et qui se retrouve régulièrement aux derniers rangs de tous les indicateurs économiques. On peut faire l’hypothèse que ce qui est annoncé, c’est l’exploitation de ses ressources minières, un secteur relativement intouché jusqu’ici. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que le Salvador, l’autre pays nommé par le président des États-Unis lors de sa sortie scatologique, a interdit l’an dernier l’exploitation de mines métalliques sur son territoire.

 

Le président américain avait également cité les pays africains de façon générale. Plusieurs ouvrages dénoncent le pillage des ressources minières de l’Afrique, notamment au sud du Sahara. Le cas du Congo-Kinshasa pour qui les richesses minières semblent constituer une véritable calamité est particulièrement tragique. Cependant, d’aucuns estiment que certains pays devraient être reconnaissants de se faire exploiter et ne devraient surtout pas s’aviser de refuser ou même de négocier quoi que ce soit.

 

Projet de loi

 

En juillet 2017, quelques mois après l’arrivée au pouvoir de l’actuel président d’Haïti, un projet de loi sur l’exploitation des mines a été soumis au sénat de la république. Ce projet de loi devrait être étudié au cours de la session législative qui a débuté le 8 janvier 2018. L’opacité de l’information sur les ressources minières du pays et sur le texte de ce projet de loi est telle que le Congrès des États-Unis a adressé une lettre au président du Sénat haïtien le 20 novembre 2017 pour encourager un débat public sur cette question « compte tenu des risques importants de l’exploitation minière pour les droits humains et environnementaux ».

 

Depuis le milieu des années 70, différentes études ont fait état de l’intéressant potentiel du sous-sol haïtien : pétrole et gaz, or, iridium, etc. L’exploitation de ce potentiel soulève cependant d’importantes questions :

 

Haïti est un des pays au monde les plus vulnérables au changement climatique. Il est traversé par deux importantes failles sismiques et est situé en plein sur la route des ouragans de la Caraïbe. De plus, c’est un pays densément peuplé, montagneux et fortement érodé. Les risques environnementaux qui découleraient de l’exploitation minière sont extrêmement importants. Par exemple, les principales réserves d’or sont situées sur des bassins versants densément peuplés par des agriculteurs, le long de la faille septentrionale.

 

L’État haïtien est reconnu comme un État faible (et affaibli). Il a eu l’appui de la Banque mondiale pour la rédaction du projet de loi sur les mines, mais l’analyse d’une version préliminaire obtenue en 2014 a révélé de très grandes faiblesses dans ce document, qui se situerait en dessous des standards internationaux, notamment au niveau de la transparence, de l’évaluation et de la protection environnementales, de la gestion de l’eau, du niveau des redevances, de la remise en état des sites.

 

De l’avis général, la corruption et la non-transparence sont deux défis majeurs que doit relever l’État haïtien. On peut aussi se demander si cet État a les moyens de défendre valablement les intérêts de sa population actuellement ? Par ailleurs, la quasi-exclusion des institutions étatiques dans le dossier humanitaire de la reconstruction d’Haïti après le séisme de 2010 a donné le signal d’une véritable course au trésor entre de grandes compagnies, parfois avec la complicité de certains organismes dits de bienfaisance. Qu’en sera-t-il (ou qu’en est-il) dans un dossier purement économique, dominé seulement par la logique du profit ?

 

La grossièreté des déclarations du président américain cache sûrement un enjeu important. Cette hypothèse permet également de jeter un éclairage différent sur la politique haïtienne des dernières années, notamment sur la fabrication d’un consensus au sein de la classe politique et les efforts pour museler la presse. Une chose est certaine : le traitement de ce dossier définira le visage d’Haïti au moins pour ce XXIe siècle.

  • Serge Pelletier - Abonné 12 février 2018 07 h 29

    Franchement, tant qu'en mettre mettons-en!

    Tout, absolument tout devient du racisme appliqué à la vitesse grand V. Ce racisme est de plus accompagné de pillages, vols, et autres moyens dolosifs... Du moins, pour certains bien-pensants, et c'est toujours les méchants blancs qui sont les exploiteurs.
    Ouais!

    Certains pays sont passés maîtres en pleurnichages en tous genres et accusations de racismes pour tout et rien.

    Le Québec (qui n'est pas un pays) n'échappe pas à cette mode. L'exemple des minières de la Côte-Nord... qui sont décriées depuis que Duplessis a ouvert la région aux consortiums miniers (à l'époque généralement américains, et maintenant anglo-australiens/anglo-indiens).

    Mais, et le mais est énorme, on oublie trop vite que ces mêmes entreprises (du moins généralement) ont créé et continuent de créer de la richesse pour les populations locales... À cet effet, regarder les photographies de Sept-Îles d'avant les années 1950 (vous y constaterez la misère - pour ne pas dire l'extrême misère noire), et celles d'aujourd'hui. Deux mondes...

    Or, au Québec, comme en Haïti, certains n'en ont que contre n'importe qui, n'importe quoi et développent des discours victimaires qui sont généralement doublés d'accusations de racisme... Ouais. Mais jamais, au grand jamais, ils ne pointent leurs appareils d'État et les personnes qui les composent.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 février 2018 18 h 58

      D'accord avec vous M. Pelletier.

      Si seulement la République d’Haïti existait vraiment. Combien de temps faudra-t-il avant qu’elle se tienne sur des pattes, 1803 oblige? La corruption et la non-transparence ont été créées par qui? Tout cette lamentation serait plus crédible si seulement un pays stable, la République dominicaine, ne vivait pas sur la même petite île.

      Les changements climatiques et les risques environnementaux sont le moindre de leur souci présentement.

      C’est « ben » pour dire.