Retour vers le futur avec le Parti québécois

«Si certains voient par le retour de Pierre Karl Péladeau une chance pour le Parti québécois de former un gouvernement, pour ma part, je ne peux que voir un boulet renforçant l’image de vieux parti usé et divisé», écrit l'auteur.
Photo: Francois Laplante Delagrave Agence France-Presse «Si certains voient par le retour de Pierre Karl Péladeau une chance pour le Parti québécois de former un gouvernement, pour ma part, je ne peux que voir un boulet renforçant l’image de vieux parti usé et divisé», écrit l'auteur.

Depuis quelques jours, une ombre plane sur le Parti québécois. Après de mauvais sondages qui placent le parti à un creux historique à moins d’un an des élections, le parti semble imploser. Trois têtes d’affiche ont quitté le bateau, qui semblait déjà vivoter dans des eaux troubles, puis un ancien chef a décidé de revenir dans l’arène en se déclarant « en réserve de la République », remettant en question le leadership de Jean-François Lisée. Si certains voient par le retour de PKP une chance pour le PQ de former un gouvernement, ou du moins de sauver les meubles, pour ma part, je ne peux que voir un boulet renforçant l’image de vieux parti usé et divisé dont le PQ a tant de mal à se défaire et qui éloigne les jeunes qui lui sont pourtant vitaux.

En tant qu’étudiant au cégep, lieu historiquement si fertile pour la gauche et les souverainistes, je ne peux que constater à quel point le Parti québécois semble morbide et ennuyant pour les jeunes. Pourtant, n’est-ce pas ce que le parti est censé représenter ? Une force unie pour la souveraineté et le progressisme ? Malgré tout ce qu’on peut entendre sur l’essoufflement du nationalisme, les étudiants en sont friands et ne cherchent qu’un parti pour les représenter et les sensibiliser. En ce moment, c’est Québec solidaire qui réussit à aller chercher ces appuis progressistes si importants, notamment par sa récente « Opération Campus » visant à aller rencontrer des jeunes de toute la province par l’entremise de leurs associations étudiantes et de l’engagement de leurs pairs. C’est le genre d’initiative qui allume les jeunes sur un campus, qui les amène à voter et à s’impliquer. C’est le genre de fraîcheur qui intéresse. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi et de nombreux autres cégépiens que je côtoie, autant à droite qu’à gauche, le retour de PKP ne représente pas du tout un vent de fraîcheur, mais plutôt une odeur nauséabonde de vieille politique inintéressante.

Si, pour certains ténors du PQ, PKP représente un futur (re-)chef pouvant amener un discours à saveur économique à l’avant-plan afin d’aller chercher des votes à la CAQ et au Parti libéral, il est clair que, pour ma génération, ce géant des médias ne représente rien de bon ou de nouveau. Peut-être que ce nouveau sauveur du PQ irait chercher quelques points à droite, mais il est évident qu’il ne ferait qu’éloigner davantage les jeunes du parti et de la cause indépendantiste. Pour plusieurs millénariaux, moi y compris, PKP ne représente pas un prochain premier ministre, mais plutôt un riche p.-d.g. d’un empire d’infodivertissement avec des positions très à droite qui s’est lancé en politique de façon très maladroite, coulant du même coup le parti qui le voit aujourd’hui comme un sauveur.

Un exode à gauche

Advenant un retour de PKP à la suite d’une amère défaite le 1er octobre prochain, je ne peux que prévoir un exode encore pire à gauche pour les jeunes de ma génération. Ce ténor de la droite tirerait le parti, qui représentait il y a de ça quelques années la gauche progressiste, vers la droite, ramenant son discours politique encore plus loin des valeurs qui sont chères aux millénariaux. Cela serait une excellente nouvelle pour Québec solidaire, qui consoliderait ses appuis dans cette tranche si importante de la population, mais un drame pour le Parti québécois, qui voit ses appuis fondre avec le vieillissement des baby-boomers, une génération qui lui a toujours été fidèle.

Si le Parti québécois regorge de membres et de députés inspirants, il donne ces temps-ci l’impression d’usure qui ne peut que lui nuire, surtout quant au renouvellement de sa base électorale. Le parti devrait se tourner vers ce qui a marché dans les derniers mois, ce qui a inspiré et amené du nouveau sur la politique internationale. Comment ont fait Bernie Sanders, Jean-Luc Mélenchon et Valérie Plante pour attirer des jeunes et créer un engouement lors de leurs campagnes respectives ? Ils ont amené quelque chose de frais, de positif et d’ambitieux aux électeurs et c’est exactement ce que devra faire le PQ s’il veut survivre à travers les générations.

Si le Parti québécois réussit à sauver les meubles aux élections en octobre prochain, il devra sérieusement se remettre en question et, la prochaine fois, à la place de sortir des représentants de l’establishment, comme un Lisée, un Péladeau ou une Ouellet, pourquoi ne pas surprendre avec un Paul St-Pierre-Plamondon ou encore même une Catherine Fournier ? Ne sont-ils pas la fraîcheur, la fougue et la nouveauté que tout le monde attend avec impatience ?

24 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 février 2018 01 h 21

    Superficiel

    Si on enlève la partie qui concerne le retour hypothétique (pour l’instant) de PKP en politique, ce texte est un plaidoyer en faveur de la fraîcheur, de la fougue et de la nouveauté en politique. Le mot ‘fraîcheur’ et l’adjectif ‘frais’ sont utilisés quatre fois dans ce texte.

    Comme la longueur de la jupe des robes, sujette aux caprices des grands couturiers, l’exercice du droit de vote se résumerait à choisir les personnes dont les traits de personnalité répondent à la mode du jour.

    Hélas, M. Carmichael représente bien une certaine tendance de l’électorat qui, aux États-Unis, a abouti à l’élection de Trump, un candidat qui répond idéalement aux critères de l’auteur puisque frais, fougueux et nouveau.

    J’inviterais M. Carmichael à s’intéresser davantage à ce que les diverses formations politiques se proposent d’accomplir si elles sont élues.

    Dans une démocratie, c’est le choix du peuple qui détermine la légitimité d’un parti à mettre en œuvre ce qu’il avait promis de faire durant la campagne électorale.

    La politique, c’est sérieux. Des centaines de millions de personnes à travers le mode aimeraient avoir le pouvoir de choisir leurs dirigeants comme nous pouvons le faire. Mais comme tout pouvoir, il s’accompagne de responsabilités. Or ces responsabilités vont au-delà des apparences.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 février 2018 21 h 17

      M. Martel,

      L'école gratuite du Cégep nous pond toujours des discours détachés de la réalité ambiante. Évidemment, lorsqu'on n'a pas encore travaillé, payé des impôts, des tarifs et des taxes à la hauteur du 25% de la population qui paie tout sans se plaindre, on peut se permettre de philosopher sur la philosophie. La génération de l’hyper-individualisme, de « Fassebook », de l’iPad et des téléphones dit intelligents, se porte toujours à adorer le dieu de la gratification instantanée. Ce n’est plus ce que je peux faire pour la société, mais ce que la société peut faire pour moi.

      Lorsqu’on est jeune, on peut rêver à transformer la société jusqu’à ce que les responsabilités des adultes nous rattrapent, famille et travail obligent. N’en déplaise à nos milléniaux de la gauche « toute », il y a un vent de droite qui souffle partout sur la planète. Les idéaux de la gauche se sont avérés plus néfastes que ceux de la droite. Alors, pour reprendre l’expression de M. Naud, « Québec suicidaire » ne va nulle part, à part au mur de l’assimilation et du génocide linguistique et culturel.

      L’auteur de cette missive se trompe tout simplement. Les jeunes ne sont pas dupes, surtout ceux qui commencent à travailler dans un environnement de plus en plus informatisé, automatisé, robotisé avec l’intelligence artificielle qui les guette d’un air menaçant. Seulement 15% favorise un parti à tendance communiste de deux siècles passés. L’autre 85% favorise les vieux partis tels que catégorisés par M. Carmichael.

      C’est « ben » pour dire.

  • Jacques Lamarche - Abonné 5 février 2018 02 h 13

    Les jeunes votent surtout PLQ!!!

    Il aurait fallu d'abord expliquer pourquoi les jeunes sont plus attirés par le ¨vieux ¨ parti libéral que tout autre parti! Ou pourquoi ils appuient fortement le conservatrisme d'un vieux routier comme François Legault! Les arguments invoqués auraient alors volé en éclats!

    Si le PQ est vieux, que dire de la popularité du PLC! Ce serait l'âge du chef qui déterminerait celle du parti! Enfin un brin de sérieux, je vous en prie!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 5 février 2018 20 h 18

      SI vraiment les 18-34 ans votent pour le PLQ,c'est ils manquent d'informations historiques et d'informations actuelles.C'est inconcevable d'etre
      d'accord avec ces fossoyeurs de la langue,la culture et l'histoire de ce pays du Québec.Connaissent-ils Lord Durham et jean Chrétien ?J'en
      doute fortement.

  • Léonce Naud - Abonné 5 février 2018 05 h 56

    Québec solidaire ou le suicidaire esprit de Parti

    Il n'est pas dans l'intérêt des modestes débris de l'Empire français d'Amérique de s'étriper mutuellement dans leur réserve québécoise de l'Est du continent pour des questions de Gauche ou de Droite comme Québec solidaire y prend un suicidaire plaisir. Vu de loin, hors de la Province, de telles querelles offrent le curieux spectacle d'une ethnie régionale dont le déclin s'accélère mais qui persiste à se diviser en factions politiques irréductibles dont l'existence même va contribuer à son éventuelle disparition.

  • Diane Charest - Abonnée 5 février 2018 06 h 58

    Merci de votre encouragement

  • Jean Duchesneau - Abonné 5 février 2018 07 h 33

    Au delà de l’image, que veulent les jeunes.... pour vrai?

    Vous faites référence à Jean-Luc Mélenchon et à QS à propos de ce qui a marché auprès des jeunes. Toutefois, au premier tour des dernières législatives les résultats indiquent que La France insoumise de Mélenchon obtient 11,02% des voix (13,74% avec les voix du Parti communiste). Pour ce qui est de QS, ce parti a recuilli 7,63% du vote aux dernières élections et le dernier sondage Léger/le Devoir indique que l’intention de vote est de l’ordre de 9%. Le 27 janvier 2018, Stéphane Baillargeons commentant ce sondage écrrit: « La jeunesse. Les 18-34 ans continuent de favoriser le PLQ (34 %) par rapport à la CAQ (21 %), au PQ (22 %) et à QS (15 %). ». Sur quelle base affirmez-vous: « Un exode à gauche: Advenant un retour de PKP à la suite d’une amère défaite le 1er octobre prochain, je ne peux que prévoir un exode encore pire à gauche pour les jeunes de ma génération. »

    C’est dans l’air du temps de parler de ce qui marche, de l’image qui séduit. Mais, qu’en est-il du contenu, des programmes des divers partis? Je crois ici qu’il est important que le leader politique incarne, l’idéologie, les valeurs, le projet fondant le programme politique. On devrait alors se poser la question: pourquoi le PLQ recueille-t-il l’adhésion d’une si grande proportion de jeunes (34%) alors que QS un si faible pourcentage (15%) même substentiellement inférieur au PQ (22%)?

    J’aimerais poser une hypothèse qui pourrait expliquer ce portrait statistique des jeunes. L’indice entreprenarial de la Caisse de dépot et de placements de novembre 2017 indique « Le taux d’intention d’entreprendre chez les jeunes de 18 à 34 ans se situe à 40,9 %. D’ailleurs, depuis 2009, les taux d’intention de ce groupe d’âge ont plus que triplé. La grande volonté d’entreprendre chez les jeunes Québécois est une tendance qui se confirme année après année dans l’Indice. »