Pour en finir avec les trous noirs de l’assurance-emploi

Le plus rapidement possible, le gouvernement doit mettre en place les mesures d’urgence réclamées par les chômeuses et chômeurs, dont moins de 40% ont accès à des prestations d'assurance-emploi, souligne l'auteur. 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le plus rapidement possible, le gouvernement doit mettre en place les mesures d’urgence réclamées par les chômeuses et chômeurs, dont moins de 40% ont accès à des prestations d'assurance-emploi, souligne l'auteur. 

L’expression « trou noir » fait référence à une période où les personnes occupant des emplois saisonniers ont épuisé l’ensemble de leurs prestations d’assurance-emploi avant même que leur travail ait recommencé. Étant donné que ces prestations varient en fonction des heures travaillées annuellement et du taux de chômage régional, elles durent moins longtemps et sont plus difficiles à obtenir dans le contexte actuel de bas taux de chômage. Pour les économies régionales qui dépendent du travail saisonnier, l’impact du trou noir est immense. Cette période se caractérise par une absence totale de revenus ou par une obligation de recourir à l’aide sociale pour ceux qui y sont admissibles.

 

Frappés durement par cette réalité, les chômeuses et chômeurs du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie, de la Côte-Nord, de Charlevoix et de Restigouche-Albert se sont mobilisés au cours des dernières semaines. Le gouvernement doit agir rapidement pour mettre en place des mesures d’urgence pour leur venir en aide. Au-delà de ces mesures, le régime d’assurance-emploi doit être modifié afin d’enrayer ce fléau qui touche des travailleurs dans l’ensemble du Canada.

 

Il importe également de souligner que les problèmes d’accessibilité à des prestations d’assurance-emploi ne s’arrêtent pas aux réalités du travail saisonnier. Plusieurs personnes occupant un emploi non saisonnier ont épuisé leurs prestations avant d’avoir trouvé un nouvel emploi. Le « trou noir » n’est que la pointe de l’iceberg d’un problème structurel. Actuellement, moins de 40 % des personnes au chômage ont accès à des prestations. En 1989, avant les réformes successives des gouvernements libéraux et conservateurs, le ratio prestataires-chômeurs s’élevait à 83 %. Avec l’augmentation des emplois précaires, à temps partiel et de courte durée, le régime actuel d’assurance-emploi ne répond plus aux réalités du marché du travail. Ce sont les femmes et les jeunes qui ont le plus durement subi la baisse de moitié de ce ratio.

 

Par ailleurs, le fait que le taux de chômage d’une région soit bas ne veut pas dire qu’une personne aura automatiquement plus de facilité à trouver un emploi que dans une région où le taux de chômage est plus élevé, et ce, parce que le taux de chômage ne mesure pas l’emploi disponible. Et même s’il y avait de l’emploi disponible, rien n’indique qu’il correspondrait aux secteurs ou qualifications des personnes au chômage. À part dans les cas extrêmes de régions à très haut taux de chômage, il ne nous apparaît pas légitime de déterminer le nombre de semaines de prestations en fonction du taux de chômage de la région dans laquelle le chômeur ou la chômeuse réside.

 

Le plus rapidement possible, le gouvernement doit mettre en place les mesures d’urgence réclamées par les chômeuses et chômeurs qu’il a rencontrés ces dernières semaines. Également, pour régler le problème du trou noir pour l’ensemble des personnes occupant des emplois saisonniers et garantir un réel accès au chômage, le gouvernement doit permettre aux personnes qui ont travaillé 350 heures ou 13 semaines d’avoir droit à un minimum de 35 semaines de prestations. En moyenne, les chômeurs utilisent moins de 20 semaines de leurs prestations, et seulement 31 % se rendent jusqu’à la fin de celles-ci. Augmenter le nombre de semaines de prestations minimales ne veut donc pas dire que tout le monde les utiliserait, mais cela permettrait aux personnes qui en ont besoin d’en bénéficier. Ce plancher est un filet de sécurité essentiel pour surmonter les difficultés liées à toute période de chômage. C’est la durée raisonnable pour permettre aux gens de rechercher un emploi sans subir le stress incessant de ne plus, un jour, pouvoir subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

 

* La lettre est aussi signée par les personnes suivantes :
Gaetan Cousineau, Mouvement Action Chômage Pabok;
Alain Lagacé, Action Chômage Kamouraska;
Sylvain Bergeron, Lieu d’actions et de services travaillant dans l’Unité avec les sans-emploi (L.A.S.T.U.S.E) du Saguenay;
Kim Bouchard et Martin Richard, Mouvement Action Chômage de Montréal;
Joan Salvail, Regroupement de défense des droits sociaux de Drummond;
Denis Poudrier, Mouvement des chômeurs et chômeuses de l’Estrie;
Jean Ayotte, Comité Chômage de l’est de Montréal;
Pierre Blanchet, Mouvement d’action solidaire des sans-emploi des Chenaux;
France Simard, Mouvement Action Chômage Lac-Saint-Jean Est;
Catherine Gendron, Mouvement Action-Chômage de Trois-Rivières;
Marie-Josée Lapointe, Droit Devant Érable

3 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 2 février 2018 05 h 40

    UN REVENU DE CITOYENNETÉ

    Je suis déçue.
    Pour des personnes qui travaillent auprès des individus mal-traités par l'assurance-emploi et qui souhaitent entre autres plus de bien-être et de justice sociale, je vous trouve très « conservateurs » dans vos revendications.
    Merci.
    M.P.

  • Martin Richard Mouvement Action Chômage Montréal - Abonné 2 février 2018 09 h 25

    En passant...

    Rappel : le taux de chômage de Statistique Canada est une blague. Tout intervenant sérieux le sait. Si on veut une réelle idée du taux de chômage, c’est-à-dire le pourcentage de gens apte au travail et sans emploi, on multiplie la blague de S-T par deux. Là , on aurait quelque chose de sérieux.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 2 février 2018 20 h 15

      StatCan, c'est d'abord politique. Et le politique a beaucoup intérêt à ce que le chiffre pour désigner le chômage soit le plus petit possible. Ils ne sont pas vraiment concernés par le ''sérieux".