La chute du bitcoin, une bonne nouvelle

Chaque dollar investi dans le bitcoin ne peut pas être utilisé pour investir dans l’économie locale ou internationale.
Photo: Geoffroy Van Der Hasselt Agence France-Presse Chaque dollar investi dans le bitcoin ne peut pas être utilisé pour investir dans l’économie locale ou internationale.

Après un sommet de 20 000 $US à la mi-décembre, la cryptomonnaie bitcoin a perdu depuis la moitié de sa valeur. À la suite des inquiétudes exprimées par plusieurs gouvernements et des sanctions et interdictions prévues à moyen terme, en Corée du Sud notamment, il s’avère que le bitcoin ne reposait que sur du vent. Entre autres, la monnaie sert uniquement de valeur spéculative, elle ne contribue en rien à l’économie et elle use d’énormes ressources énergétiques. Il faut se réjouir de cette chute spectaculaire.

 

Le bitcoin sous sa forme actuelle — en plus d’avoir l’apparence d’une bulle — ressemble étrangement à de la vente pyramidale. Il est vrai que le bitcoin a pour objectif de servir de monnaie d’échange, cependant cette utilisation n’a jamais pris racine en dehors des cercles du crime organisé du Web profond. La croissance de la valeur du bitcoin ne repose sur aucun fondamental autre que sa popularité. Outre son usage spéculatif, le bitcoin n’a pas d’utilité réelle. Qui a déjà payé son latte avec son porte-monnaie bitcoin virtuel ?

 

Comme toute vente pyramidale, la progression et la valeur du produit reposent uniquement sur l’ajout de nouveaux membres. À un moment ou à un autre, ce système deviendra insoutenable et va s’écrouler. Ceux qui se sont enrichis étaient au sommet de la pyramide et ceux qui en payeront le plus le prix seront ceux qui ont rejoint l’aventure à la fin et qui ont le plus déboursé pour en faire partie. Ils se retrouveront avec une monnaie qui ne vaut plus son pesant en octets.

 

De plus, la promesse de décentraliser la gestion monétaire ne s’est jamais concrétisée. Une grande partie de la propriété des bitcoins se retrouve entre les mains d’un nombre assez réduit d’individus. Selon Bloomberg, 1000 personnes seraient propriétaires de 40 % de tous les bitcoins. On repassera pour ce qui est de la démocratisation du système monétaire national.

 

Une utilisation sous-optimale des ressources financières

 

Le bitcoin draine des ressources financières essentielles qui pourraient être investies dans l’économie réelle plutôt que dans la spéculation. Il est surprenant que, dans un environnement où les taux d’intérêt sont aussi bas et où la Bourse se porte si bien, le bitcoin soit devenu aussi populaire. Les spéculateurs assoiffés de rendement toujours plus grand ont trouvé dans celui-ci un instrument avec un retour sur investissement spectaculaire.

 

C’est justement le problème. Chaque dollar investi dans le bitcoin ne peut pas être utilisé pour investir dans l’économie locale ou internationale. Il est vrai que parfois on peut se demander si ce n’est pas là la nature même des marchés financiers, mais le bitcoin a poussé cette logique à sa conséquence extrême. Les énormes sommes qui sont investies dans cet instrument purement spéculatif ne servent en rien l’économie. Le bitcoin ne crée pas d’emplois, il ne développe pas d’infrastructures à long terme.

 

En dernier lieu, le système de minage pour autoriser et enregistrer les transactions en blockchain au coeur même de la monnaie est une véritable plaie pour l’environnement. L’énergie nécessaire à chaque transaction utilise une quantité phénoménale de temps de serveurs qui fonctionnent à l’électricité. Selon les estimations disponibles, la consommation quotidienne du réseau bitcoin est de 117 millions de kWh, soit l’équivalent de l’électricité nécessaire pour près de quatre millions de domiciles américains. Sur une année, c’est toute l’électricité consommée par le Pérou. On ne peut pas ignorer ce fait.

 

Selon la même source chez digiconomist, une seule transaction nécessite l’équivalent de l’électricité quotidienne pour près de 12 domiciles américains. Il est aussi bien entendu que l’achat de tous les serveurs nécessaires au minage de ces bitcoins et l’effet environnemental de leur vie utile ne sont même pas comptabilisés. Même si ces chiffres ont été remis en question par quelques spécialistes, ils demeurent la meilleure source disponible et, même si la consommation réelle était seulement la moitié de celle-ci, l’industrie du bitcoin aurait encore un effet préjudiciable sur l’environnement.

 

Enfin, au moment où les populations sont incapables de réduire leur consommation énergétique existante, l’ajout d’une nouvelle industrie aussi gourmande représente un réel risque à moyen et à long terme. Aussi, la chute spectaculaire du cours du bitcoin doit être reçue comme une bonne nouvelle.

1 commentaire
  • Pierre Robineault - Abonné 25 janvier 2018 11 h 52

    Déjà dit

    Je sais! Je l'ai déjà dit à l'anglaise et je le répète malgré tout!

    J'attends avec impatience ce jour où le "Bitcoin" sera tout simplement considéré comme un "Little Bit of Coin"!